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Pour se rendre à l’île Campobello, au Nouveau-Brunswick, pendant la majeure partie de l’année, mieux vaut parler anglais. Le poste frontalier canadien qui relie l’île aux États-Unis est désigné unilingue anglophone, au grand dam de résidents et de la communauté acadienne.
Pour les insulaires francophones, le problème est quotidien. Une fois le traversier rangé pour l’hiver, le seul lien avec le continent est un pont d’acier menant à Lubec, dans le Maine. Aller faire l’épicerie devient alors une activité internationale : douane américaine à l’aller, douane canadienne au retour.
C’est l’accès à cette deuxième douane qui irrite Ulysse Robichaud, fier acadien et résident de l’île Campobello. « On est une province bilingue », rappelle-t-il au téléphone. Or, il est presque impossible pour lui de traverser la frontière canadienne dans sa langue.
Dans les derniers mois, seuls quelques douaniers lui ont passé le téléphone pour qu’il discute avec un douanier bilingue ailleurs dans la province. Les autres ne lui ont répondu qu’en anglais. « On m’a même dit le mois passé : “You’ve been warned not to speak French here [vous avez été avertis de ne pas parler français ici]” », rapporte M. Robichaud au téléphone.
« C’est une très belle île, mais même les Québécois qui viennent la visiter doivent eux aussi parler anglais pour rentrer », souligne-t-il.
La douane vers l’île Campobello, ainsi que 13 autres des 22 postes frontaliers au Nouveau-Brunswick, est désignée comme un point d’entrée unilingue anglophone, ce qui signifie que les agents n’ont « aucune obligation légale » de parler français avec les citoyens et visiteurs, et ce, même si la province est officiellement bilingue.
« Un point de service peut être désigné [comme] bilingue s’il connaît un volume de circulation important ou s’il existe une demande importante pour la langue minoritaire dans la région et qu’il dessert une communauté de langue officielle en situation minoritaire », souligne le relationniste médias de l’Agence des services frontaliers du Canada Guillaume Bérubé.
« Dans un point d’entrée unilingue, les services au public sont offerts uniquement dans la langue majoritaire, soit, dans ce cas, l’anglais », a-t-il ajouté. Effectivement, les francophones de la petite île de 14 kilomètres ne représentent que 2,8 % de la population insulaire totale.
Quand on lui a demandé si les obligations linguistiques que Patrimoine Canada entend imposer aux entreprises privées à compétence fédérale (les banques, par exemple) dans tout le Nouveau-Brunswick allaient aussi s’appliquer aux agences fédérales comme l’Agence des services frontaliers, le ministère a indiqué continuer de « surveiller la situation avec le Secrétariat du Conseil du Trésor, qui est responsable de l’application de la norme de la demande importante pour ce qui est des services gouvernementaux ».
Nicole Arseneau Sluyter, présidente de la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick, était choquée et étonnée d’apprendre que certains postes frontaliers de sa province n’étaient pas tenus d’offrir des services en français. « Moi, je suis une fière Acadienne qui est née au Nouveau-Brunswick, qui a payé des impôts de l’État, qui a contribué. Je suis dans une province bilingue, je devrais avoir des services en français. »
« C’est la responsabilité du gouvernement tant fédéral que provincial de protéger le français », a-t-elle ajouté en soulignant que la protection de la langue vient aussi de la création de postes « bien payés » où il est possible de travailler en français, comme au sein d’agences fédérales.
Ailleurs au pays
Sur les 124 points d’entrée au Canada (terrestres, aéroportuaires ou situés dans une gare de traversiers) près des deux tiers offrent des services bilingues et 38 sont désignés comme unilingues anglophones, comme celui qui dessert l’île Campobello. À l’inverse, seuls 3 points d’entrée sont unilingues francophones, dont 2 au Québec et 1 au Nouveau-Brunswick.
Ce reportage bénéficie du soutien de l’Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.


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