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Sept ans après avoir remporté le prix de la mise en scène dans la section Un certain regard pour son drame de guerre Donbass, le cinéaste ukrainien Sergueï Loznitsa était de retour à Cannes en 2025, mais cette fois en compétition officielle, avec Deux procureurs (Dva prokourora, ou Two Prosecutors). On y suit la vaine quête de justice d’un jeune juriste idéaliste en Union soviétique en 1937, c’est-à-dire au faîte des Grandes Purges staliniennes, ou de la Grande Terreur, au choix. Avec un sens marqué de l’absurde, mais un sérieux de chaque instant, Sergueï Loznitsa s’en prend à la bureaucratie, au fonctionnariat et à la corruption politique à paliers multiples.
Il faut savoir que Deux procureurs est inspiré d’un roman de Gueorgui Demidov (1908-1987), un scientifique et un écrivain qui a connu le goulag. D’ailleurs, il n’est pas étonnant que Sergueï Loznitsa ait souhaité l’adapter. De fait, en 2017, le cinéaste a réalisé le documentaire Le procès, qui revient sur un procès stalinien fomenté en 1930 contre des scientifiques. Qui plus est, Loznitsa a lui-même un passé de scientifique. Bref, par-delà les époques, ces deux-là étaient faits pour se rencontrer.
L’une des premières séquences montre comment, dans une prison, un détenu est mandaté pour brûler les milliers de lettres écrites par les prisonniers. L’homme en lit quelques-unes : toutes évoquent de fausses accusations et en appellent à Staline.
Par miracle, une des missives parvient jusqu’au procureur Kornev, diplômé en droit depuis à peine trois mois. Le voici donc à la prison, réclamant un entretien avec ledit détenu, au grand dam des geôliers. Kornev tient bon.
S’ensuit une longue séquence à la fois cocasse et anxiogène dans un dédale de couloirs et de portes. Devant chacune de celles-ci se tient un garde, et chaque garde détient la bonne clé. Par cumul, la vision de ces portes successives qu’on déverrouille, ouvre, referme et verrouille de nouveau derrière Kornev devient écrasante.
Ce n’est qu’après s’être entretenu avec le mystérieux prisonnier, dont les révélations choquent Kornev, que ce dernier partira pour Moscou afin d’alerter le fameux procureur en chef.
Satire sans rire
Tout du long, Kornev paraît lancé sur un parcours à obstacles, et pas qu’administratifs : il faut le voir, tombant de sommeil, subir l’interminable anecdote d’un vieux bolchevique décidé à le garder éveillé. À cet égard, à chaque personnage croisé son monologue. Là encore, Loznitsa imprime à son film un effet répétitif. Effet répétitif qu’on retrouve également dans tous ces escaliers que gravit Kornev, et qui parfois semblent ne mener nulle part.
Comme si des forces extérieures complotaient pour freiner le jeune homme dans son élan… On pourra évidemment voir là une manifestation du régime.
À noter que des « forces » semblables se déchaînaient contre l’héroïne d’un précédent long métrage de Loznitsa : Une femme douce (2017), d’après Dostoïevski. L’héroïne de cet autre film sélectionné à Cannes tente de faire parvenir un colis à son mari injustement incarcéré. Le contexte est moderne, mais les thèmes et les motifs sont semblables à ceux de Deux procureurs.
Même s’il ne s’est pas faufilé au palmarès à Cannes, Deux procureurs impressionne par sa maîtrise et son côté « satire sans rire » très particulier.
Ce texte est une version remaniée de la critique originale parue pendant le Festival de Cannes


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