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Depuis que Vincent Damphousse avait déjoué Sean Burke, le gardien des Whalers de Hartford, le 11 avril 1994, aucun joueur du Canadien de Montréal n’était parvenu à atteindre la marque des 40 buts.
Imaginez : l’organisation célèbre cette semaine les 30 ans du Centre Bell, mais jamais l’édifice n’avait été le théâtre d’un tel accomplissement.
Damphousse a finalement de la compagnie, car Cole Caufield a concrétisé la victoire du CH face aux Bruins de Boston, mardi, en enfilant en prolongation son 40e but de la campagne.
Je suis fier d’avoir vu ça de mes propres yeux derrière le banc, a dit l’entraîneur-chef Martin St-Louis. De la manière dont on a joué ce soir, d’aller chercher ce match-là, ça me donne des frissons. Ce sont des feelings que tu ne peux pas recréer. Il faut que tu les vives. Je suis bien content pour lui, pour les fans et pour l’organisation.
La LNH en entier sait que Caufield est un magicien du 3-contre-3, et qu’il est la sauce secrète du Canadien en prolongation. Il a récolté mardi son cinquième but de la saison à 3-contre-3, ce qui le place au premier rang de la ligue devant Dylan Larkin, des Red Wings de Detroit. Il est également au premier rang du circuit au chapitre des buts gagnants avec neuf, à égalité avec Steven Stamkos.
Ces 40 buts reflètent deux choses.
La première, c’est qu’en dépit de ce qu’a pu accomplir Max Pacioretty il y a une décennie, la saison de Caufield est l’expression d’une force de frappe qu’on n’a pas vue chez le Canadien depuis le milieu des années 90.
Il y a bien eu la saison 2007-2008, qui avait été un genre d’anomalie, mais depuis tellement longtemps, les amateurs du Canadien ont été habitués à du hockey assez conservateur où les espoirs de victoire passaient, d’abord et avant tout, par les prouesses du gardien.
Mais la jeune génération de joueurs, dont Caufield est l’un des principaux visages, propose au contraire du hockey dynamique et divertissant. D’ailleurs, sachant qu’il reste encore 15 matchs au calendrier du Canadien, on vous laisse rêver de quel genre de poussée Caufield est capable d’ici la fin de la saison pour atteindre une autre marque…
Le meilleur argument de vente
Mais l’autre chose que ce plateau met en valeur est encore plus solide et plus porteuse.
Il y a quelques années, St-Louis disait qu’il ne voulait pas aider Caufield à devenir un meilleur marqueur, mais faire de lui un joueur plus complet. La transformation s'est opérée. On l'a vu s'améliorer dans toutes les phases du jeu et émerger comme un nouveau papillon sortant de sa chrysalide.
Un papillon plus coloré encore que la recrue qui, autrefois, ne pensait qu’à dégainer de n’importe quel angle.
Ce faisant, Caufield est devenu, au plan individuel, l’exemple le plus probant que peut utiliser St-Louis pour démontrer à ses joueurs que ses enseignements méritent d’être suivis.
Caufield est son meilleur argument de vente!
Toute sa vie, avant qu’il arrive ici, il a beaucoup joué avec la rondelle. Mais dans la Ligue nationale, la game se joue sans la rondelle. Tu te défends en groupe, tu ne te défends pas à deux ou trois joueurs. Et il y a des actions [que tu dois faire] sur la glace pour que ton équipe ait davantage la rondelle. Et quand tu fais cela, si tu as davantage la rondelle, Cole aura plus de touches quand il est sur la glace. C’est un effet domino, analyse St-Louis.
C’est de convaincre ces jeunes joueurs-là, qui sont talentueux, qu’il y a un match de hockey à jouer qui va bien au-delà de scorer des buts.
St-Louis a plus tard ajouté que dans le hockey d’aujourd’hui, une production de 40 buts était le plus souvent liée à un temps d’utilisation assez élevé. Or, un joueur n’obtiendra pas tout ce temps de glace s’il ne gagne pas la confiance de son entraîneur dans les autres facettes du jeu.
Ça veut dire beaucoup d’avoir quelqu’un comme ça dans ton coin, et c’est assez spécial de l’avoir comme entraîneur et comme mentor, a confié Caufield à propos de St-Louis. Il est dur avec nous et il veut soutirer le maximum de nous. Tout le travail que mettent le personnel d’entraîneurs et lui nous guide dans la bonne direction et nous donne une chance de gagner tous les soirs.
Il a fait beaucoup pour mon jeu sur 200 pieds et sans cela, je n’obtiendrais pas autant de chances de marquer. On travaille là-dessus depuis longtemps. C’est une bonne sensation, mais il en reste beaucoup à faire.
Caufield s’est retrouvé à la bonne place au bon moment pour battre Jeremy Swayman, mais on ne saurait garder sous silence la passe magnifique que lui a servie Nick Suzuki à l’embouchure du filet.
Le capitaine s’est assuré de récupérer la rondelle en vue des célébrations d’après-match dans le vestiaire.
Les gars lui ont fait une belle ovation, a confié Suzuki. Ç’a été une soirée spéciale pour Gally (Brendan Gallagher) et pour Cole, de même que deux poids énormes pour notre équipe. Tout le monde était pas mal survolté.

La foule du Centre Bell a rendu hommage à Brendan Gallagher, qui disputait son 900e match dans la LNH, mardi.
Photo : Getty Images / Minas Panagiotakis
Un beau 900e
C'était en effet une soirée spéciale pour Gallagher, un autre joueur de plus petite taille, qui disputait son 900e match en carrière.
Bien souvent, les plateaux de matchs joués ne sont que des notes de bas de page et ne riment pas à grand-chose. Mais 900 rencontres, toutes disputées avec le Canadien? Voilà qui n’est pas banal. Gallagher est devenu le 13e joueur seulement dans l’histoire de l’équipe à jouer autant de matchs avec l’uniforme bleu-blanc-rouge sur le dos.
Quelques heures après que son entraîneur a déploré le récent manque de robustesse de son équipe, et que Kaiden Guhle a jugé que le Canadien traversait une période où il était un peu soft, Gallagher a mené l’équipe avec six mises en échec en plus de récolter une mention d’aide sur le but de Josh Anderson.
Les deux vétérans ont vraiment donné le ton face aux Bruins et ont passé la soirée à payer le prix tout en taxant l’adversaire.
Ce n’est un gars un gars de périphérie, c’est un gars qui va devant le filet, qui va prendre des grosses mises en échec, a rappelé St-Louis en saluant son énergie qui galvanise l’équipe.
C'est un guerrier. De la manière qu’il joue, ce n'est pas facile de se rendre à 900 matchs, alors je lui lève mon chapeau. Je suis bien fier de lui.
Qu’on le veuille ou non, cet impressionnant plateau est atteint à un moment où l’on se questionne sur l’avenir de Gallagher. Les années s’accumulent, son rôle et son efficacité diminuent, et il en sera l’an prochain à sa dernière année de contrat.
Il reste que Gallagher en est à sa 14e saison à Montréal et il ne veut pas que ça se termine.
Je voudrais pouvoir terminer ce que j’ai commencé, a dit Gallagher en matinée. Pour ma part, je me sens très chanceux de m’être retrouvé dans cette situation. Je pense avoir été entouré de personnes formidables – coéquipiers, entraîneurs, et, bien sûr, mon entourage, chez moi – et beaucoup de choses ont joué en ma faveur pour que j’en arrive là. Je suis donc très chanceux et je ne tiens rien pour acquis.
Gallagher a passé sa carrière à prouver aux autres – et à se prouver à lui-même – qu’il pouvait être utile et faire la différence. C’est plus que jamais son défi après avoir été laissé de côté pour la première fois de sa carrière, samedi dernier.
La blessure à Kirby Dach lui donne un genre de répit, mais on devine qu’il ne veut pas d’une présence par défaut. Tout se mérite.
Et face aux Bruins, il a mérité tout le beau qu'il a reçu. L’ovation que lui a servie la foule au terme d’une pause télé, en première période, a semblé lui faire chaud au cœur.
En fin de compte, cette victoire du Canadien – qui, selon Jake Evans, a constitué l’effort le plus complet de l’équipe depuis le retour de la pause olympique – a célébré deux joueurs de petite stature qui sont à des endroits très différents de leur carrière, mais dont l’accomplissement personnel résonne à travers tout le groupe.
Gallagher est devenu une inspiration, un leader spirituel en quelque sorte. Mais ce n’est plus celui qui va nécessairement changer le cours des matchs.
Caufield fait assurément partie de cette seconde catégorie. Et le Canadien aura besoin que les deux donnent tout ce qu’ils ont, ou tout ce qui leur reste, si l’équipe veut résister aux assauts de leurs rivaux et obtenir leur billet pour les séries.


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