Au printemps 2017, un couple choisit de mourir ensemble dans son appartement genevois. Lui est gravement malade. Elle a 86 ans et est en bonne santé. Après plus de soixante ans de vie commune, elle ne veut pas survivre à son mari. Le médecin qui les accompagne s’appelle Pierre Beck, alors vice-président d’Exit Suisse romande. Ce qui aurait pu demeurer dans l’intimité du couple s’est transformé en affaire nationale. Pendant des années, magistrats, médecins et éthiciens s’interrogent sur cette femme qui n’était atteinte d’aucune maladie, mais qui estimait sa souffrance suffisamment profonde pour vouloir accompagner son mari dans la mort.
L’acquittement définitif de Pierre Beck en 2024 n’a pas clos le débat sur la fin de vie en Suisse. Il l’a déplacé. Car derrière cette affaire se cachait déjà une question plus vaste: jusqu’où une société est-elle prête à reconnaître le droit de chacun à décider de sa propre mort? Longtemps, la Suisse a pensé avoir trouvé un équilibre singulier, où l’euthanasie active directe demeure interdite et punissable, mais où l’assistance au suicide est admise sous certaines conditions. Les directives anticipées permettent de refuser des traitements ou de renoncer à des mesures destinées à prolonger la vie. Mais elles ne permettent pas aujourd’hui de demander qu’un tiers mette fin à ses jours lorsque l’on a perdu sa capacité de discernement. Or certaines situations échappent de plus en plus aux catégories prévues par l’aide au suicide.


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