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Emprunter l’autoroute fait probablement partie du quotidien de nombreux automobilistes au Canada. Cependant, en Ontario, les résidents des municipalités le long des routes 11 et 17 disent être pris d’angoisse, à la simple idée d’emprunter ces chemins, réputés être dangereux et même mortels.
Danny Brisson, résident du canton de Mattice-Val Côté, répare les frigidaires commerciaux de nombreux commerces le long de la route 11, ce qui lui demande d’être très souvent sur la route.
On a peur de ne pas rentrer le matin ou le soir. Entre les employés, on essaye de s’appeler tout le temps les fins de journée pour savoir si on est bien rentrés à la maison parce qu’on ne sait jamais ce qui peut se passer , révèle-t-il.

Danny Brisson juge que le gouvernement devrait avoir des punitions plus sévères pour les entreprises dont les chauffeurs de camion ne roulent pas de manière sécuritaire.
Photo : Gracieuseté de Danny Brisson
Pour les résidents du Nord, les routes 11 et 17 sont les seuls chemins possibles pour se rendre d’une ville à une autre, ou encore pour traverser le pays.
Entre 2020 et 2025, près de 20 000 collisions ont eu lieu sur les routes 11 et 17, ce qui a conduit à 242 décès, et environ 3 500 personnes blessées, selon la Police provinciale de l’Ontario (PPO).
La PPO précise cependant que ces données ne font état que des tronçons des autoroutes qui se trouvent dans les zones qu’elle couvre.

Les multiples collisions le long des routes 11 et 17 provoquent des fermetures fréquentes des tronçons, souvent pendant plusieurs heures. (Photo d’archives)
Photo : X/@OPP_CR
Compte tenu de la fréquence des collisions sur la route 11, M. Brisson se dit soulagé du fait que sa conjointe et ses enfants n’ont pas de permis de conduire.
C’est ça qui empêche ma blonde d’avoir sa licence. Elle n’a pas peur de sa conduite, mais elle a peur de la conduite des autres , admet-il.
M. Brisson a pris l’initiative d’installer une caméra de sécurité à bord de son camion, afin d’avoir des images fréquentes de ce qui peut arriver sur la route.
Au moins, si je meurs, vous aurez une vidéo de ce qui s’est passé.
On ne sait pas si on va revenir en vie
À Kapuskasing aussi des résidentes sont inquiètes.
C’est le cas de Linda Fortin, chauffeuse d’autobus scolaire, qui conduit fréquemment des enfants allant de la prématernelle au secondaire à l’école.
C’est notre precious cargo. Les parents nous les remettent le matin […] et mon but c’est de les ramener aux parents sains et saufs. C’est stressant !
Ce ne sont pas des boîtes qu’on a, c’est des vies, et tu peux en avoir 30 ou 50 dans ton autobus , renchérit-elle.

Linda Fortin craint de rentrer « dans une boîte » après avoir pris la route 11.
Photo : Gracieuseté de Linda Fortin
La chauffeuse d’autobus reconnaît qu’elle aime son travail, mais souligne qu’il devient de plus en plus difficile pour elle de se sentir en sécurité sur les routes.
Disons qu’il faut que j’aille à Sudbury pour un rendez-vous, j’y vais en [voiture], mais ça ne veut pas dire que je vais revenir en [voiture], je vais peut-être revenir dans une boîte , explique-t-elle.
On part en vie, mais on ne sait pas si on va revenir en vie.

Maryse D’Amours a l’intention de se rendre à Queen’s Park prochainement, afin de rencontrer la province et établir des stratégies concrètes pour améliorer la sécurité routière dans le Nord.
Photo : Gracieuseté de Maryse D'Amours
Maryse D’Amours, autre résidente de Kapuskasing, s’est résolue à ne plus prendre la route la nuit.
J’ai grandi ici, et on n’a jamais eu autant peur de conduire qu’en ce moment. […] C’est rendu inacceptable.
Elle raconte avoir déjà fait de nombreux cauchemars d’accidents.
Souvent [les camionneurs] conduisent sur la ligne jaune et donc, si on est trop proche d’eux, on va faire un accident et les chances de survie sont vraiment petites , explique Mme D’Amours.
Améliorer la sécurité routière
Danny Brisson, Linda Fortin et Maryse D'Amours jugent qu’il est important que la province améliore la sécurité routière sur les routes 11 et 17.
Depuis de nombreuses années d'ailleurs, des élus de la région proposent que la province interdise le dépassement sur les routes où il y a des lignes doubles, l’incorporation des voies de dépassement ainsi que davantage de postes de contrôle pour les camions — usagers majoritaires de ces routes.
À ce jour, aucune de ces propositions n’a réellement vu le jour.
Martin Thibault, agent de la PPO dans la région du Nord-Est de l’Ontario, soutient cependant qu’une amélioration des routes ne sera efficace que si les usagers font preuve de prudence.
On peut avoir toutes les conditions idéales pour s’assurer que les usagers sont en sécurité, mais si les gens ne prêtent pas attention et ne se déplacent pas prudemment, on va avoir des accidents qui se produisent , insiste-t-il.

Martin Thibault précise que la prudence au volant est primordiale pour que les routes soient plus sécuritaires.
Photo : Radio-Canada / Orphée Moussongo
Les routes pourraient être les meilleures de l'Amérique Nord, mais si les gens ne prêtent pas attention, il va malheureusement y avoir des accidents.
Dans une déclaration, le ministère des Transports de l’Ontario précise qu’il continue de prendre des mesures cruciales pour améliorer la sécurité routière dans toute la province, notamment en investissant près de 600 millions de dollars dans la construction et la réparation des autoroutes, des routes et des ponts du Nord.
De cette somme, plus de 350 millions de dollars serviront à améliorer la sécurité et la fiabilité des routes 11 et 17, et plus particulièrement du corridor 11/17.


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