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Détruire l’AIEQ serait une catastrophe pour les études québécoises

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Madame la Première Ministre, vous assumez vos fonctions depuis quelques semaines à peine, vous le faites avec une dignité que je salue, portée par un dynamisme et un esprit constructif qui vous honorent. Or, je viens vous parler aujourd’hui d’une destruction appréhendée, qui se concrétisera dans moins d’un mois et dont le maître d’œuvre est votre ministre des Relations internationales et de la Francophonie, Christopher Skeete.

Il s’agit de la destruction de l’Association internationale des études québécoises (AIEQ), prétendument devenue superflue pour le rayonnement des études québécoises à l’étranger, avons-nous appris dans Le Devoir.

Des pétitions vous ont été adressées depuis. Plusieurs personnalités, des artisans de ce rayonnement et cinq ex-ministres des Relations internationales vous ont alertée à ce sujet. Comme eux, c’est avec une immense tristesse et beaucoup d’incrédulité que je vois s’approcher la date fatidique de la mort de l’AIEQ, une institution au budget extrêmement modeste (environ 400 000 $) et qui se montre année après année indispensable comme foyer d’un réseau de chercheurs, de professeurs et d’étudiants qui ont en commun, sur les cinq continents, un intérêt profond, démontré, pour divers aspects de la société québécoise, notamment dans les domaines de la littérature, de la sociologie, de la science politique, de la linguistique, de l’histoire.

À titre de littéraire et en tant qu’officier de l’Ordre national du Québec pour ma contribution à la vie littéraire au Québec et à son rayonnement, je veux vous parler en quelques mots de mon expérience. Au cours de ma longue carrière, j’ai pu présenter des conférences ou participer à des colloques sur le Québec dans de nombreux pays : États-Unis, Irlande, Grande-Bretagne, France, Belgique, Italie, Allemagne, Pologne, Brésil, Japon. En 2025, c’est grâce à un financement partiel de l’AIEQ que j’ai pu me rendre à Paris parler à des étudiants de notre poète national, Gaston Miron, qui est au programme du grand concours de l’agrégation.

En 2017, grâce à un même soutien, j’ai pu faire un séjour de trois semaines au Japon : savez-vous que dans ce pays, dans des dizaines d’universités, plus d’une cinquantaine de chercheurs enseignent et font rayonner le Québec, sa culture, sa société, au sein de l’Association japonaise des études québécoises ? Ils aiment ce que nous sommes, ils ont très souvent fait des séjours ici pour mieux nous connaître et mieux se documenter. Très souvent, l’AIEQ est leur porte d’accueil, leur foyer d’information, et ils voient ensuite certains de leurs meilleurs étudiants séjourner à leur tour chez nous grâce à des bourses. Il ne s’agit là que d’un exemple.

Les réunions de l’AIEQ, auxquelles je participe, mettent en présence, directe ou virtuelle, des chercheurs de tous les pays que je viens de mentionner, et d’autres encore comme l’Inde ou la Corée du Sud. Ce réseau est riche et indispensable et, sans l’AIEQ, il serait singulièrement affaibli, voire perdu.

Mesurez-vous, Madame la Première Ministre, la valeur inestimable, en termes de connaissance et d’affection, qu’obtient ainsi le Québec grâce à un investissement presque dérisoire dans l’AIEQ ? Je ne peux croire qu’à peine en poste et visiblement motivée par le développement de notre société, de son économie et de sa culture, vous consentiez à un dommage grave et irréparable au rayonnement du Québec dans le monde. Oui, nos écrivains et nos artistes rayonnent, en France et ailleurs, mais le Québec demeure souvent peu connu : il faut que nous soyons étudiés, analysés, comparés, d’autant plus que notre histoire, nos institutions, notre démocratie apparaissent souvent exemplaires aux yeux des étrangers.

Je vous prie, Madame la Première Ministre, de revenir sur une décision malheureuse qui sème la consternation dans le milieu des études québécoises. Détruire l’AIEQ serait une catastrophe.

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