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Un homme de Saint-Julien-de-Concelles a été condamné par le tribunal correctionnel de Nantes pour produire et vendre du cannabis, détenir des armes et avoir volé une caravane.
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Par Laurent Fortin Publié le 8 juil. 2026 à 23h03
Au palais de justice de Nantes, un individu de 35 ans de Saint-Julien-de-Concelles était jugé avec trois autres hommes, dont un membre de sa famille du même âge et vivant à Thouaré-sur-Loire. Ces deux membres de la communauté des gens du voyage avaient été incriminés après un mystérieux « appel » à la gendarmerie, le 29 mai 2022.
Dans son message, un homme disait qu’un Citroën Jumpy « chargé de plants de beuh » allait partir « dans dix minutes » pour faire un convoi « entre Saint-Julien et Thouaré », a résumé le président du tribunal à la lecture des pièces du dossier.
La « plantation » d’une « centaine » de plants allait avoir lieu « le même jour » dans un village de Saint-Etienne-de-Montluc. Les « personnes de la ferme » où était prévue la plantation n’étaient « pas au courant », avait alors précisé le mystérieux informateur au centre opérationnel de la gendarmerie. Des forces de l’ordre qui avaient décidé de suivre les protagonistes pendant quelque temps sans les interpeller.
Le couple de fermiers avait alors été « informé », bien plus tard, par les gendarmes de cette plantation et l’avait « découverte » dans un de ses « champs de maïs » grâce à une « photo satellite ». Ces agriculteurs avaient alors constaté que des « câbles de clôtures » avaient été sectionnés et avaient pu par la suite « transmettre des photos des individus » venant entretenir les plantations : leur fille les avait vus « d’assez loin ». Ils avaient aussi porté plainte pour le « vol » d’une caravane garée chez eux et appartenant à une autre personne.
Un utilitaire permet de mener au cultivateur
Les gendarmes s’étaient alors aperçus que l’utilitaire utilisé par l’un des cannabiculteurs était loué par une entreprise dirigée alors par la compagne d’un habitant de Nantes âgé de 32 ans. L’appel passé aux gendarmes provenait aussi d’une ligne téléphonique ouverte au nom de ce dernier. Et une « cinquantaine de pieds » sur « trois rangées » de « 40 mètres de long » avaient effectivement été retrouvés « en bordure de champ », près d’un an plus tard, en mars 2023, dans le village de Saint-Etienne-de-Montluc…
Pour sa défense, ce « gros fumeur de cannabis » a certifié lors de leur procès que « les propriétaires étaient au courant depuis le début » de cette plantation. « Celui qui tient la ferme » aurait reçu « 1 000 €» pour cela. D’ailleurs, la caravane aurait été, selon lui, « prise en pleine journée » pour les « débarrasser » et avec son accord, car elle était là « depuis cinq-six ans ».
L’appel aux gendarmes depuis son téléphone – qu’il « prête à tout le monde » – a donc été passé « par jalousie » par le mystérieux corbeau, en a déduit le Nantais.
Je ne vais tout de même pas appeler la police pour me faire prendre, alors que c’est moi qui viens arroser les plants avec le véhicule de mon entreprise.
La « famille » – sans que l’on ne sache s’il parle de la sienne, de celle des fermiers ou de ses complices – pourrait aussi être à l’origine de la dénonciation : elle « n’aimait pas cette histoire de beuh », a-t-il dit.
L’un des complices du Concellois a, pour sa part, reconnu être venu sur place, comme l’avait au demeurant déjà mis en évidence la géolocalisation de son téléphone portable : ce père de six enfants – pour qui « la vie est dure » et qui a du mal à payer « le prix d’un steak » – ne trouvait « vraiment pas chères » les « box » de viande en vente directe proposées par les fermiers. Il a aussi reconnu avoir offert en « cadeau » la caravane volée, à sa « petite belle-sœur de 13 ans » pour qu’elle ait son « indépendance » et son « intimité » car elle dormait jusqu’alors « avec ses parents » dans la même caravane. Selon lui, l’entrepreneur nantais de ce dossier l’avait d’abord proposée « à sa femme » mais cela ne lui avait « pas plu » car elle la trouvait « trop petite ».
Un prévenu impliqué dans une fusillade
Ce complice n’était, à vrai dire, pas inconnu de la justice : il faisait partie des cinq hommes qui avaient été condamnés le 29 juin 2021 pour avoir participé à une fusillade sur le terrain de sa famille, le 18 février 2021, à Saint-Julien-de-Concelles. Une « expédition punitive » avait été menée après que « la sœur » du prévenu ait eu « une embrouille avec [sa] cousine dans l’hypermarché de Basse-Goulaine », selon les éléments donnés au tribunal. La « liaison passée » du compagnon de l’une d’elles avec sa rivale aurait été à l’origine de ladite « embrouille ».
Le gérant de l’hypermarché avait dû intervenir et avait rapporté aux gendarmes avoir entendu « des propos qui laissaient penser que ça n’allait pas en rester là ». Effectivement, quelques heures plus tard, deux voitures avaient débarqué sur le terrain de la famille du complice afin d’avoir des « explications ».
Ils ont tiré à coups de fusils et de mitraillette. Du coup, nous, on a riposté.
En attendant, la plantation de cannabis à Saint-Etienne-de-Montluc relève d’une « procédure assez inédite », a recadré la procureure de la République. Elle a en fait expliqué que le propriétaire de l’utilitaire avait « appelé les gendarmes pour dire qu’il est dans une situation inconfortable » : alors qu’il avait été « appelé pour un déménagement » à Saint-Julien-de-Concelles, il avait « découvert » qu’il s’agissait de « plants de cannabis ». Il a donc « peut-être été pris dans une affaire dont il ne savait pas comment se dépatouiller », imagine-t-elle.
En tout état de cause, la magistrate ne croyait pas à la thèse d’un déplacement en Pays de Retz pour aller chercher « des colis de viande » à la ferme, et surtout « à trois » hommes… Les versions changeantes du complice sur la destination de la caravane – « d’abord pour des Roms, ensuite pour sa sœur puis enfin pour sa petite belle-sœur », a résumé la procureure – l’avaient aussi conduite à conclure que le prévenu « s’embourbe tout seul » dans ses explications.
Prison avec sursis et un an ferme
La caravane en question a en tout état de cause été « restituée » à sa propriétaire et le champ de cannabis défriché à la demande des agriculteurs, car ils allaient « devoir faire l’ensilage ». Elle avait donc requis 18 mois de prison avec sursis simple pour le principal accusé en dépit de ses neuf précédentes condamnations : il était « en stand-by à l’époque » car sa dernière condamnation remontait alors à « 2019 ». Mais la découverte chez lui, à la faveur de cette affaire, de « deux fusils », « 130 cartouches » et de « 607 grammes de résine » de cannabis l’inquiète.
La représentante du ministère public avait aussi requis dix-huit mois de prison ferme pour l’entrepreneur nantais, à la fois « informateur » des gendarmes et « dénonciateur », même si c’est intellectuellement « déstabilisant » admet-elle. Cet homme qui était avant « en CDI dans la serrurerie », selon son avocat, avait à l’époque six mentions sur son casier judiciaire.
Son avocat, Benoît Poquet, a ainsi commencé par rappeler que son client « assume ses responsabilités » dans cette « entreprise » de « dimension artisanale » et qui était « destinée à sa propre consommation » puisqu’il fumait à l’époque « dix à quinze joints par jour ».
Il est possible qu’il assume plus que sa part.
Il y a des choses qu' »on ne comprend pas très bien »… En tout état de cause, il connaissait les agriculteurs par le biais de sa compagne, qui les connaît elle-même « depuis des années », a-t-il relevé.
Ce cannabiculteur – qui avait expliqué lors du procès avoir eu « l’idée » de se lancer dans cette activité « en voyant des reportages sur internet » – a écopé de douze mois de prison ferme et d’un mandat de dépôt. Le complice a, lui, écopé de six mois de prison ferme et a vu deux autres mois, initialement prononcés avec sursis lors de l’une de ses précédentes peines, révoqués. Enfin, le gitan concellois a été condamné à dix-huit mois de prison avec sursis et à une interdiction du port d’arme pendant cinq ans.
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