Et si la solution à vos problèmes de vue se cachait dans votre bac à légumes ? Dans une étude avant-gardiste publiée dans la revue Cell, des scientifiques ont mis au point un collyre d’un nouveau genre capable de faire réaliser certaines étapes de la photosynthèse aux yeux des mammifères. Conçues à partir d’enzymes extraites de feuilles d’épinards, ces gouttes exploitent la lumière ambiante pour soigner la sécheresse oculaire chez la souris. Une prouesse de bio-ingénierie qui repousse les frontières de la médecine cellulaire.
Ce que vous allez apprendre
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Comment le système LEAF encapsule la machinerie des épinards pour soigner l’œil.
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Le rôle du NADPH, cet antioxydant végétal qui élimine l’inflammation.
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Pourquoi l’œil humain est l’organe idéal pour accueillir ce traitement lumineux.
Voler le superpouvoir des plantes
Dans la nature, la photosynthèse est le privilège des végétaux. Grâce à leurs chloroplastes, ils transforment la lumière du soleil en énergie (glucose). Si aucun animal ne réalise ce processus tout seul, certaines limaces de mer ont appris à « voler » les chloroplastes des algues qu’elles mangent pour s’approprier leur énergie solaire.
L’équipe de David Tai Leong, ingénieur chimiste à l’Université nationale de Singapour, s’est inspirée de cette symbiose pour traiter la sécheresse oculaire. Cette pathologie altère le film lacrymal de l’œil, générant une inflammation et des oxydants qui dégradent la vision. Pour y remédier, les chercheurs ont extrait des chloroplastes d’épinards les grana thylakoïdes, ces micro-compartiments riches en chlorophylle où se déroulent les premières phases de la photosynthèse. Ils les ont ensuite encapsulés dans une structure microscopique baptisée LEAF (Light-Reaction Enriched Thylakoid NADPH-foundry).
Crédit : tiripero/istockLe NADPH, l’antioxydant activé par la lumière
Une fois intégré dans un collyre et appliqué sur les yeux de souris malades, le système LEAF s’active dès qu’il reçoit de la lumière. Au cœur des thylakoïdes, la réaction photochimique produit une molécule hautement antioxydante : le NADPH. C’est elle qui fait office de médicament en éliminant les composés toxiques responsables de l’inflammation oculaire.
Les résultats après seulement cinq jours de test sont stupéfiants :
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Les souris traitées avec le collyre LEAF ont affiché une production de larmes nettement plus importante.
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Leurs lésions de la cornée ont été réduites de manière drastique.
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Les performances globales du traitement se sont révélées parfaitement comparables à celles des médicaments commerciaux actuels.
Une thérapie en harmonie avec notre quotidien
L’œil est le candidat parfait pour cette thérapie végétale, puisque la lumière fait déjà partie de son fonctionnement biologique normal. Comme le souligne le Dr Xianfeng Lin, chirurgien qui avait testé un procédé similaire en 2022 pour soigner l’arthrite du genou chez la souris : « Ces travaux élargissent le rôle de la lumière dans l’œil, qui n’est plus uniquement sensoriel, mais contribue potentiellement au soutien métabolique local et à la réparation des tissus. »
Que les technophobes se rassurent : ce collyre ne vous donnera pas le regard vert de Hulk. La concentration en chlorophylle est si faible que les gouttes restent parfaitement transparentes une fois appliquées. L’efficacité de la « machine photosynthétique » végétale est telle qu’une infime quantité de matière suffit à déclencher la production thérapeutique de NADPH.
Le traitement n’est pas encore disponible en pharmacie et l’équipe s’attelle à organiser les premiers essais cliniques pour valider son innocuité chez l’humain. Si le feu vert est accordé, cette thérapie proposera un confort inédit : il suffira d’ouvrir les yeux à la lumière du jour pour que le traitement s’active tout seul, en parfaite harmonie avec nos activités quotidiennes.


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