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Au Canada, des suprémacistes blancs et des néonazis migrent de plus en plus vers des activités hors ligne, par l’entremise d’un réseau de soi-disant « active clubs ». Ce réseau mondial et décentralisé fait la promotion de la camaraderie masculine, de la remise en forme et des arts martiaux comme porte d’entrée vers l’activisme suprémaciste et la violence. Il véhicule aussi des appels à expulser les Canadiens non blancs du pays — par la force, s’il le faut.
Rachel Gilmore écoutait son copain musicien jouer dans l’arrière-salle d’un bar montréalais plus tôt ce mois-ci lorsque deux hommes habillés de noir — « les nazis » — ont fait leur entrée, ont bloqué la sortie et l’ont fixée du regard. Gilmore a compris immédiatement ce qui se passait. Ce n’était pas bon.
Quelques jours plus tôt, elle avait publié une enquête sur un gymnase où des membres du Frontenac Active Club — un groupe suprémaciste blanc basé au Québec — se rassemblaient et s’entraînaient. Les propriétaires de l’établissement ignoraient que le groupe utilisait leurs installations et en ont banni les membres aussitôt après que Gilmore les eut contactés.
Journaliste indépendante forte de plusieurs années de reportage sur l’extrême droite canadienne, Gilmore savait que le Frontenac Active Club pourrait riposter et elle avait engagé un garde du corps pour le spectacle. Mais voir les deux hommes entrer dans le bar et en bloquer la sortie en la fixant en silence était « vraiment inquiétant », dit-elle.
« Évidemment, j’ai pris acte de leur présence, dit-elle. Ensuite, ils ont immédiatement commencé à m’interroger sur mes reportages, puis ils sont partis en trombe quand ils en ont eu terminé… C’était très clair, ce qu’ils faisaient. »
« Active clubs »
L’incident est survenu à un moment où des chercheurs avertissent que les suprémacistes blancs et néonazis du Canada transfèrent de plus en plus leur recrutement et leurs activités hors ligne, par l’entremise d’un réseau de soi-disant « active clubs ». Ce réseau mondial et décentralisé fait la promotion de la camaraderie masculine, de la remise en forme et des arts martiaux comme porte d’entrée vers l’activisme suprémaciste blanc et la violence.
Il lance aussi des appels à expulser les Canadiens non blancs du pays — par la force, s’il le faut.
« Les active clubs constituent un phénomène important à surveiller sur le front de la haine et de l’extrémisme au Canada, en raison de la rapidité avec laquelle ils ont crû au cours des dernières années », dit Steven Rai, directeur principal de la recherche à la nouvelle filiale canadienne de l’Institute for Strategic Dialogue.
Rai est l’auteur d’une nouvelle étude sur ces groupes qui examine comment les active clubs du Canada ont connu une expansion fulgurante en taille et en visibilité au cours des deux dernières années — en partie parce qu’ils revendiquent des valeurs en apparence anodines, comme la célébration du patrimoine canadien, la solidarité masculine et la remise en forme. Par ailleurs, les active clubs les plus virulents cherchent généralement à « vraiment minimiser » à quel point leurs convictions réelles sont extrêmes, souligne Gilmore.
Ce changement d’approche a « ouvert les vannes à des gens qui, autrement, n’auraient peut-être pas adhéré à des groupes suprémacistes blancs », dit Steven Rai, qui estime que le nombre de membres d’active clubs au Canada se compte par centaines.
Bien que les active clubs ne rendent pas publics leurs effectifs, les photos de groupe montrent généralement une douzaine d’hommes environ dans chaque cellule locale. Dans une publication sur les réseaux sociaux en janvier, Jeremy MacKenzie, un activiste d’extrême droite lié au mouvement Diagolon et fondateur de l’active club « Second Sons », a affirmé que le groupe avait reçu des milliers de candidatures et que moins de 15 % d’entre elles avaient franchi l’étape de vérification.
Mais derrière ces messages, les groupes cherchent à « endoctriner » leurs membres dans des idéologies suprémacistes blanches, souligne Rai. Au cœur de leurs croyances se trouve la soi-disant « théorie du grand remplacement », une théorie du complot selon laquelle une nébuleuse élite utiliserait l’immigration pour remplacer les Blancs dans les pays occidentaux. Cela les amène à poursuivre un objectif politique de « remigration » : l’expulsion de tous les Canadiens non blancs du pays.
Une normalisation du discours
« L’une des choses qui m’ont le plus préoccupé dans ma surveillance de ces groupes suprémacistes blancs, ce n’est pas tant les groupes eux-mêmes, qui existent depuis longtemps au Canada, que la façon dont certaines de leurs idées vraiment haineuses sur l’immigration sont en train de se normaliser et d’entrer dans le courant dominant », dit Steven Rai.
À la fin de l’année dernière, des sondeurs ont rapporté que jusqu’aux trois quarts des Canadiens souhaitent des lois d’immigration plus strictes — un niveau qui n’avait pas été observé depuis des décennies.
« Lorsqu’on voit cette hostilité généralisée envers l’immigration progresser, lentement mais sûrement, dans l’ensemble de la société canadienne, c’est préoccupant », indique Rai.
C’est d’autant plus vrai que des millions de Canadiens peinent sous le poids du coût de la vie alors que les inégalités de richesse se creusent, laissant beaucoup de gens « vulnérables » ou aux prises avec un manque de liens communautaires, selon Gilmore. Les active clubs offrent communauté et résilience — « mais cela s’accompagne d’une bonne dose de racisme vraiment troublant et d’une idéologie qui pourrait vous valoir des ennuis avec la loi ».
Les jeunes hommes sont particulièrement à risque, selon Steven Rai. Ces groupes ont explicitement pris pour cible leurs doléances — comme l’incapacité à trouver un emploi ou une relation amoureuse — et présentent l’adhésion à leurs clubs comme un moyen de réorienter leur vie vers quelque chose de mieux.
« Mais, en réalité, ils s’engagent dans un monde de haine — ce qui ne fait qu’aggraver leurs problèmes », dit-il.
Pour Gilmore, l’incident au bar et la décision subséquente de changer de gymnase — après avoir reçu une information selon laquelle des membres d’active clubs pourraient la cibler dans son ancien établissement — marquent la dernière escalade en date dans les tentatives d’intimidation de l’extrême droite à son endroit. Elle fait l’objet d’un harcèlement virulent en ligne et a un dossier ouvert auprès de la police pour le suivi des menaces, mais les autorités lui ont indiqué qu’elles ne pouvaient pas faire grand-chose.
« Je constitue le dossier pour faciliter l’enquête et les poursuites si jamais je suis assassinée — ce qui est un peu déprimant », dit-elle. Mais elle n’a aucune intention d’arrêter.
« Je me demande parfois si ça en vaut la peine, mais ensuite je regarde l’état du monde et je me dis qu’on a besoin de gens pour exposer ces choses, dit-elle. Si je les laissais me faire suffisamment peur pour que j’abandonne, le monde compterait une personne de moins qui travaille à protéger les gens face à la montée de la haine. »
Cet article a été traduit par la rédaction du Devoir, à l’aide d’un outil d’intelligence artificielle, après avoir d’abord été publié en anglais dans le Canada’s National Observer.


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