NE LAISSER PAS LE 5G DETRUIRE VOTRE ADN Protéger toute votre famille avec les appareils Quantiques Orgo-Life® Publicité par Adpathway
La convention du Bureau international des poids et mesures (BIPM) a décidé de revoir la définition de la seconde d'ici à 2030. Avec de vrais effets sur la science.
Article réservé aux abonnés S'abonner

Par Léa Giandomenico Publié le 15 oct. 2026 à 21h27 ; mis à jour le 15 oct. 2026 à 22h07
Il en faut 9,58 à Usain Bolt pour faire 100 mètres le plus rapidement possible, une seule pour claquer des doigts, et puis 86 400 pour faire une journée… La seconde, l’unité de mesure de temps la plus facile à se représenter pour l’homme, est au centre de l’attention de centaines de scientifiques du monde entier, en ce moment même. Ce jeudi 15 octobre 2026, la convention du Bureau international des poids et mesures (BIPM), qui se tient à Versailles depuis ce mardi, a voté pour la redéfinition de la seconde. Car avec les progrès constants de la science, et notamment des horloges, les scientifiques font le constat que l’on peut être encore plus précis qu’actuellement pour mesurer le temps. Alors d’ici 2030, la seconde devrait évoluer pour faire face à ces avancées. actu.fr a posé cinq questions à Frédéric Meynadier, physicien au département temps du BIPM, pour comprendre ce que cela pourrait changer pour nous.
C’est quoi une seconde exactement ?
Avant de parler RE-définition de la seconde, arrêtons-nous sur la définition de la seconde, tout bonnement. « Les origines remontent à très loin… Les premiers garde-temps étaient des cadrans solaires : on observait que le soleil passe à intervalle régulier au sud. Au temps des Égyptiens, on s’est donc mis à découper la nuit et le jour en 12 heures, quelle que soit la saison », commence Frédéric Meynadier, spécialiste de la mesure et du temps.
Les heures régulières sont apparues au XIII ou XIVᵉ siècle, quand on s’est mis à avoir des horloges mécaniques, dont le mouvement régulier n'était pas adapté aux heures inégales pour découper la journée. Journée de 24 heures que l'on a ensuite subdivisé en minutes. 60, c'était un nombre facile à couper en deux, en trois ou en cinq. Une fois qu’on a eu des horloges plus précises que la minute, on a fait le deuxième niveau de division de l'heure, qui était la seconde. Finalement on a coupé une journée en 24 heures, ou 1440 minutes ou 86400 secondes dans une journée. Et ça a été la base pendant très longtemps.
Puis, avec les progrès de la science, les physiciens se sont rendu compte qu’ils pouvaient ajuster leurs mesures encore plus précisément.
« Quand on a commencé à mettre des quartz (ce composant électronique qui permet d’avoir une fréquence) dans les horloges, on a pu subdiviser les secondes, en les découpant en un millier, voire plusieurs dizaines de millions de battements, et donc avoir une meilleure précision de la mesure. C’est comme pour une règle qui est d’autant plus précise qu’elle a des graduations fines et rapprochées », poursuit Frédéric Meynadier.
Et ils ont réalisé qu’il était même nécessaire d’aller plus loin, car ces horloges ont permis de voir que la rotation de la Terre n’était pas suffisamment stable pour leur servir de base ( (concrètement la durée du jour peut varier de quelques millisecondes par
rapport aux 24 heures conventionnelles).
Parallèlement, le développement des horloges s’est poursuivi et a abouti au concept d’horloge atomique. « Cela veut dire qu’on prend un atome de césium, on l’éclaire avec une certaine lumière micro-onde, puis on se sert de cet atome comme d’un petit balancier qui bat très vite. On compte alors les oscillations du césium, et on a ainsi une horloge ultra-précise », éclaire le physicien du BIPM.
Pourquoi la seconde a-t-elle été redéfinie en 1967 ?
En 1967, lors de la 13ᵉ Conférence générale des poids et mesures, pour se libérer des
incertitudes liées à la définition « astronomique » de la seconde, la décision a été prise de
compter les secondes avec ces horloges atomiques. Lors de cet évènement métrologique
majeur, les scientifiques fixent la durée de la seconde à 9 192 631 770 oscillations du
rayonnement émis par un atome de césium 133 quand il change de niveau d’énergie. On se
base alors sur les propriétés d’un atome, et donc de la matière, pour diviser une journée. C’est bien plus stable et précis ainsi. Le nombre d’oscillations a été choisi pour donner une durée de la seconde aussi proche que possible de l’ancienne définition.
Un changement qui a toutefois créé… un décalage entre la rotation de la Terre, et le temps
indiquée par les horloges atomiques, l’ancienne définition de la seconde et celle utilisée
aujourd’hui.
« En effet, au fil des années, les systèmes modernes de mesure du temps peuvent se décaler de quelques secondes par rapport au mouvement de la Terre. Pour corriger cet écart, les spécialistes de la mesure du temps ont recours à ce qu’on appelle une « seconde intercalaire ». De la même manière que les années bissextiles maintiennent nos calendriers en phase avec la révolution de la Terre autour du Soleil, les secondes intercalaires maintiennent nos horloges en phase avec sa rotation quotidienne », explique Vahe Peroomian, professeur de physique et d’astronomie à l’université de Californie du Sud, dans un article publié dans The Conversation.
Depuis 1972, nos horloges atomiques sont plus régulières que la rotation de la Terre : il a fallu leur ajouter 27 secondes pour suivre l’irrégularité de la rotation terrestre", poursuit le professeur dans un article.
Pourquoi redéfinir à nouveau la seconde maintenant ?
Bref, vous l’aurez compris, toutes ces découvertes vont dans le sens d’un besoin croissant de précision extrême, pour les scientifiques.
Les horloges atomiques ont fait des progrès considérables, on a gagné six ordres de grandeur par rapport à 1967. Elles atteignent même leurs limites théoriques. Depuis on a inventé les horloges optiques, qui sont actuellement cent fois meilleures que les horloges au césium. Elles sont capables d'avoir 18 chiffres après la virgule, c'est très précis. Donc on est obligés de se poser la question : on a des horloges meilleures, que fait-on ? Le consensus s'est donc imposé : il faut redéfinir.
Concrètement, à quoi ressemblerait la seconde d’ici 2030 alors ? Attention, on ne parle pas de changer d’unité, mais bien de définition de cette unité.
« On a plusieurs types d’horloges qui sont en concurrence, avec des avantages et des inconvénients, poussées par plusieurs équipes de par le monde. Il faudrait donc en choisir une, en espérant ne pas en découvrir une autre juste après, plus performante ! », explique encore Frédéric Meynadier.
L’autre solution, c’est de ne pas choisir un seul type d’horloge, mais plutôt de faire une sorte de moyenne entre plusieurs références pour cette nouvelle définition de la seconde.
Pour autant, les scientifiques ont encore du temps : « On n’est pas prêt à redéfinir la seconde maintenant, c’est en 2030 qu’on décidera si on a, par exemple, suffisamment de groupes dans le monde capables de faire des horloges à ce niveau de performance, pour disséminer cette nouvelle définition, et là ça changera réellement. »
Qu’est-ce que cela changerait sur notre quotidien ?
Frédéric Meynadier parle de « changement réel ». Mais concrètement, qu’est-ce que cela changerait sur notre quotidien ? « Dans les faits, cela serait imperceptible pour l’homme. Car on travaille pour que personne ne s’aperçoive de ce que l’on fait. Dans la vie de tous les jours, cela n’aurait aucune conséquence de changer la définition des unités car on s’arrange toujours pour que ce soit à l’intérieur de l’incertitude précédente. On choisit une nouvelle valeur, mais la durée en elle-même est indiscernable », explique encore Frédéric Meynadier.
Pour autant, la seconde a une place essentielle dans notre quotidien. « Il n’y aura pas de gros bouleversements en soi, mais il faut savoir que c’est une unité très importante, qui sous-tend tout le système international d’unités. Le mètre est défini à partir de la seconde, par exemple. Le kilogramme est basé sur la seconde aussi. C’est pour cela qu’on ne peut pas la laisser à la traîne, on doit suivre les progrès de la technologie », poursuit le scientifique.
Concrètement, le GPS marche avec le temps. Il y a des horloges atomiques dans les satellites GPS, qui envoient des signaux horaires dans les récepteurs, et en fonction du décalage avec les satellites qui sont plus ou moins loin dans l'espace, cela définit la position.
Ainsi, les journées feront toujours 24 heures, et les trotteuses de nos montres ne battront pas plus vite. Mais les instruments scientifiques pourront être plus précis par exemple. « Chaque fois qu’on améliore notre définition, on trouve de nouvelles choses, on a une meilleure connaissance de notre univers de manière générale. »
Car « des réseaux de communication ou d’énergie à la physique fondamentale, en passant par les géosciences et l’astronomie, de nombreux domaines gagneraient à voir la mise en place d’une définition offrant une réalisation encore plus précise de l’unité de temps », rappelle le Laboratoire national de métrologie et d’essais.
Et dans le futur ?
Actuellement, les scientifiques ne prennent en compte que des horloges optiques, même si certains groupes travaillent sur des horloges nucléaires. « Les horloges optiques, c’est lié aux propriétés quantiques des couches d’électrons des atomes. En utilisant les noyaux atomiques eux-mêmes, on peut atteindre des fréquences plus élevées, et plus on va vite, plus on découpe bien la seconde, donc c’est dans cette direction qu’on va aller. Mais on est encore aux balbutiements pour ce type d’horloges, donc il n’est pas question de baser une définition dessus pour l’instant », conclut le scientifique.
Pour autant, à l’horizon de plusieurs décennies, le temps devrait être mesuré via des horloges nucléaires. Mais pour l’heure, les scientifiques continuent de plancher.
Personnalisez votre actualité en ajoutant vos villes et médias en favori avec Mon Actu.


1 day_ago
51


























.jpg)






French (CA)