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Les tensions entre le Canada et les États-Unis ont encouragé des entrepreneurs à offrir davantage d’options locales aux consommateurs. Les réseaux sociaux EH! et Gander font partie de cette mouvance, et proposent des lieux d’échange destinés aux Canadiens.
L’an dernier, avec les menaces d’annexer le Canada de la part des États-Unis, nous avons vraiment vu qu’il y avait un besoin d’avoir notre propre réseau, notre propre trame narrative, explique Jessica Glowacki, fondatrice d’EH!, et résidente de Parksville, en Colombie-Britannique.
L'entreprise a été fondée en février 2025, et l’application EH! est devenue accessible en août 2025. Depuis, près de 32 000 personnes ont créé un compte sur l’application EH!.
L’application EH! a des fils avec des publications d'utilisateurs et de groupes, sur la plateforme ainsi qu’un fil pour les événements qui ont lieu au pays. Pour chaque fil, il est possible de délimiter les publications par localité, ou par ville, ou encore d’utiliser le mode « découverte », appelé Discover.

Jessica Glowacki, qui habite Parksville, en Colombie-Britannique, a créé avec une petite équipe l’application EH! pour avoir un réseau social complètement canadien.
Photo : EH!
Nous voulons vraiment offrir un espace où [les membres] peuvent échanger et faciliter les rencontres en personne, dit Mme Glowacki.
Ce que nous voulions faire, c’est d’avoir une place où non seulement les utilisateurs, mais aussi les entreprises canadiennes ont une voix qui n’est pas éclipsée et une voix qui puisse vraiment briller dans son propre écosystème.
Jessica Glowacki assure qu'EH! a une règle stricte sur les discours haineux, qui mène à l’exclusion de ceux qui diffusent de tels discours. La modération a lieu à l’aide d’un gestionnaire de communauté. Dans l’avenir, elle planifie faire davantage de modération à l’aide de l’intelligence artificielle.
Pour le moment, l’application EH! n’est pas offerte en français, mais c’est prévu dans notre feuille de route, assure Mme Glowacki, qui prévoit que ça se fera certainement cette année.
Assurer une souveraineté numérique
Avant de cofonder le réseau social Gander Social, Ben Waldman estimait qu’il y avait un problème, au Canada, de souveraineté [numérique]. De plus, sur les réseaux sociaux, ça faisait à peu près une décennie qu’on voyait de plus en plus de divisions, ajoute le président-directeur général (PDG) de l’application.
Dans ce contexte, M. Waldman considérait comme utile de créer un réseau social où les gens peuvent communiquer ensemble et créer des communautés où il ne serait pas permis de se battre de la même manière qu’on trouve sur les réseaux américains. Gander utilisé par environ 30 000 personnes, est devenu disponible le 1er juillet dernier.
Gander est incorporée en Colombie-Britannique comme société d’intérêt général, ce qui signifie qu’elle s'engage à mener ses activités de manière responsable et durable, indique le Service des registres de la province. D’ailleurs, notre code [éthique] pour Gander est inspiré de la charte canadienne des droits et libertés, affirme son PDG. La haine, le racisme, c’est interdit.

Selon le PDG de Gander Social, Ben Waldman, «de plus en plus, ça va être important pour les réseaux de donner plus de pouvoir aux utilisateurs et de ne pas essayer de tout concentrer le pouvoir dans la compagnie».
Photo : Mafer Reyes
En ce qui a trait à la souveraineté numérique, Gander Social assure que toutes les données de l’application sont hébergées au Canada, sur une infrastructure infonuagique canadienne.
On entend de plus en plus [parler] des tarifs des États-Unis. Ça fait longtemps que les Canadiens essaient d'acheter des produits canadiens, mais on manque vraiment le fait que tout ce qu'on fait, c'est sur des technologies américaines.
L’avenir de ces réseaux sociaux
À l’extérieur d'EH! et Gander, l’application North Social a vu le jour au printemps. Développée par une entreprise de Chiliwack, en Colombie-Britannique, elle est destinée précisément aux résidents canadiens qui s'engagent à utiliser l’application à partir du Canada.
Vous m'auriez parlé d'un projet comme Gander il y a quelques années, ou Northsocial, et je vous aurais dit [que] je ne suis pas certaine que les gens vont adhérer, quand ils ont déjà tout sur Facebook, sur X, sur YouTube, indique Nadia Seraiocco, professeure adjointe au Département d'information et de communication de l'Université Laval.

Nadia Seraiocco est professeure adjointe au Département d’information et de communication à l’Université Laval.
Photo : Gracieuseté / Nadia Seraiocco
Or, la spécialiste remarque maintenant un désir de se détacher de la collecte de données abusives rattachée aux applications américaines. Elle fait entre autres référence au Cloud Act, une loi américaine adoptée en 2018 qui permet au gouvernement américain de demander aux entreprises américaines de lui fournir les données d’utilisateurs partout dans le monde.
Pour Aurélie Petit, chercheuse postdoctorale à la Chaire de recherche du Québec sur l’intelligence artificielle et le numérique francophones, ça coupe de la réalité du monde, d'avoir une plateforme qui est nationale.
Est-ce que la réponse est de faire une plateforme en ligne dans laquelle on n'a que des Canadiens? Je ne sais pas si c'est exactement la réponse. Autant investir [dans] des façons d'être en ligne qui sont moins contrôlées par l'hégémonie américaine, comme les forums, mentionne-t-elle.
Mme Petit reconnaît toutefois que ces réseaux sociaux répondent à un besoin immédiat de se distancer des plateformes dominantes, et que les solutions locales, comme EH! et Gander, constituent souvent une réponse à la domination américaine.


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