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La Ferme la Caboche, à Rimouski, a dû relocaliser l’abattage d’une grande partie de ses 2000 poulets. Une situation qui a généré son lot de stress pour la petite entreprise, mais qui illustre aussi la fragilité de la production dans une filière où la problématique de la main-d'œuvre est généralisée.
Trois fois dans l’été, le copropriétaire de la Ferme la Caboche, Sylvain Henrie, parcourt avec ses 700 poulets de grain les 350 km qui séparent Rimouski de l'île d'Orléans, où se trouve l'abattoir le plus proche.
Il a fait l'acquisition d'une remorque réfrigérée pour ramener la viande à la ferme, où il en fait la commercialisation.

La Ferme la Caboche fait abattre trois lots de 700 poulets par année et planifie sa production au courant de l’hiver, depuis la date d'arrivée des poussins, jusqu'au nombre de jours que la volaille passera au champ.
Photo : Radio-Canada / Patrick Voyer
Une logistique bien rodée, planifiée plusieurs mois à l’avance, qui a été chamboulée cette année. La Ferme d’Orléans, chez qui il fait habituellement abattre ses poulets, a réduit ses activités, faute de main-d'œuvre.
Il a fallu quand même se relocaliser assez vite, raconte Sylvain Henrie, on a été bien accueilli dans notre nouvel abattoir, mais ça a demandé une gestion de temps d'élevage, qui est un petit peu plus long.
L'offre qui était disponible pour nos clients a été différente, puisqu’on pouvait pas faire de découpe, donc on a eu que du poulet entier, ajoute-t-il.
Dans une saison de production qui comporte déjà son lot d’imprévisibilité, ce revirement de situation, avec un très court préavis, a causé un stress supplémentaire au copropriétaire de l’entreprise familiale spécialisée dans la volaille biologique.

Sylvain Hernie, copropriétaire de la Ferme la Caboche, qui produit annuellement 2000 poulets de chair, 250 canards et 25 dindes, en plus d’élever près de 800 poules pondeuses en régie biologique, ainsi qu’un petit troupeau de bœufs et de porcs biologiques.
Photo : Radio-Canada / Patrick Voyer
Ce changement-là, c’est une semaine de plus, grosso modo d’élevage pour nos poulets, explique-t-il, ce qui a eu une incidence sur les coûts d’élevage. Ça reste sa dernière semaine de vie, ce n’est pas sa semaine où il mange le moins.

Comme les poulets de la Ferme la Caboche passent plusieurs semaines au pâturage, ils sont aussi plus vulnérables à la chaleur et aux intempéries.
Photo : Radio-Canada / Patrick Voyer
Un manque d’options pour les éleveurs
Le problème, c’est que le nombre d’abattoirs est très restreint sur le territoire et qu’il y a peu d’options à proximité pour ces producteurs de volaille qui ne peuvent envoyer leurs bêtes dans les grands abattoirs.
Ce revirement de situation, avec un très court préavis, a causé un stress supplémentaire à au moins trois producteurs bas-laurentiens.
Cette semaine, le propriétaire de la Ferme du Caneton polisson à L'Isle-Verte, René Grand’Maison, a dû relocaliser l’abattage de 250 canards à chair, ainsi que le désossage de la viande.
J’ai eu la chance de trouver un abattoir pour traiter mes canards, mais, vu qu'ils reprennent la majorité des abattages de canards de la Ferme Orléans, eux aussi, ils se retrouvent en surcharge de travail, et ne peuvent pas offrir la découpe des oiseaux une fois abattus, relate-t-il.
Un animal, on ne peut pas le garder indéfiniment non plus.
Les abattoirs s'arrangent pour pouvoir maximiser l'utilisation de leurs équipements, affirme René Grand’Maison, donc, s'il y en a un qui n'est pas capable d'opérer, la charge de travail retombe sur les autres abattoirs.
Une production qui dépend de la main-d'œuvre étrangère

La Ferme Orléans, une petite entreprise spécialisée en volailles fines, attend toujours l’arrivée des 11 travailleurs étrangers temporaires qui lui permettent de fonctionner durant la haute saison, qui débute habituellement à la mi-mai. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada / William Gagnon
De son côté, la copropriétaire de la Ferme Orléans, Pascale Lauzière, qui offre ses services à plusieurs petites fermes qui ne sont pas acceptées dans les grands abattoirs, se désole de ne pas avoir pu respecter ses engagements auprès des autres éleveurs.
Quand les oiseaux sont déjà dans leur champ, être obligés de leur dire "je ne pourrai pas les abattre, parce que j'ai pas de main-d'œuvre, je peux pas te servir", c'est très difficile.
Elle estime à plusieurs milliers de dollars les pertes pour son entreprise cette saison.
Selon le président des Éleveurs de volaille du Québec, Benoît Fontaine, le resserrement qu’impose Ottawa depuis 2024 à l’embauche de travailleurs étrangers temporaires affecte l’ensemble de l’industrie.

Benoît Fontaine est président des éleveurs de volailles du Québec ainsi que propriétaire et président de la ferme avicole.
Photo : Radio-Canada / Éric Carbonneau
La baisse du seuil de quotas, au niveau des engagements de travailleurs étrangers, a frappé tous les abattoirs, les grands comme les moyens et les petits, affirme-t-il.
Mais pour des abattoirs de petite taille, l’abaissement à 10 % du pourcentage de travailleurs étrangers temporaires à bas salaires qu’un employeur peut engager fait beaucoup plus mal, parce que la réorganisation du travail est beaucoup plus compliquée que dans une usine où il y a 1000 personnes, pointe-t-il.
La main-d'œuvre au niveau de la transformation et de l'abattage a été, est et sera toujours un problème. Toujours. Ce n'est pas des emplois recherchés.
Les travailleurs étrangers, c’est essentiel, renchérit Benoît Fontaine, d’autant plus que la population de la province est vieillissante et que le taux de chômage est bas, ajoute-t-il. On a besoin de bras pour transformer notre nourriture.
Produire et abattre localement?
Cette situation amène à réfléchir à la chaîne de transport, pense Sylvain Henrie, dans une perspective d’autonomie alimentaire et afin d’augmenter la capacité de production locale de volaille.
Si les installations du Groupe ADEL à Sainte-Luce font l’abattage et la transformation des bovins, des agneaux et des porcs, il n’y a aucune option d’abattage pour la volaille dans l’Est-du-Québec.
C'est sûr qu'un abattoir de volaille dans l'Est du Québec, ça serait le bienvenu, croit Sylvain Henrie, que ce soit pour les plus gros producteurs, les détenteurs de plus petits quotas, ou encore pour monsieur et madame Tout-le-monde qui veulent faire abattre leur volaille dans la basse-cour.
Tout en reconnaissant le problème, le président des Éleveurs de volaille du Québec avance qu’avec l’éloignement et le manque de volume, un abattoir, même de petite taille, serait difficilement rentable dans la région.
Dans les régions plus éloignées, on pratique souvent le pâturage au niveau de l'élevage de poulets ou de dindons. [...] Il y a un hiver au Québec, donc c'est plus compliqué au Bas-Saint-Laurent, d’élever des poulets 12 mois par année, ce qui vient fragiliser l'établissement d'un établissement d'abattage, par exemple, dans le Bas-du-Fleuve, où l’on opérerait seulement six mois.

La Ferme la Caboche vend sa volaille directement à la ferme et au marché public ou encore à des restaurateurs et dans certains supermarchés locaux.
Photo : Radio-Canada / Patrick Voyer
Sylvain Henrie s'attend tout de même à une bonne saison, d'autant plus que la demande pour la volaille locale, elle, ne dérougit pas. Malgré que les poulets sont peut-être un peu plus volumineux pour ce temps-ci de l'année, tout le monde est très content. Le prix au poids, lui, demeure le même.


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