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Lorsque l'on pense aux objets venus de l'espace, on imagine en général les météorites qui traversent le ciel dans une traînée lumineuse avant de s'écraser au sol. Elles ne représentent pourtant qu'une infime partie de la matière extraterrestre qui atteint notre Planète. Chaque jour, la Terre est impactée par plusieurs dizaines de tonnes de poussières cosmiques, principalement issues des collisions entre astéroïdes ou de l'activité des comètes.
La plupart de ces particules, qui mesurent moins d'un millimètre, pénètrent dans l'atmosphère à plusieurs kilomètres par seconde, et fondent brièvement avant de se solidifier en minuscules billes vitrifiées, qu'on appelle sphérules cosmiques. Ces micrométéorites peuvent ensuite être récupérées dans les glaces antarctiques, les sédiments marins, ou même sur les toits de nos maisons. Pour les planétologues, ces poussières constituent une véritable mine d'informations.
Contrairement aux météorites, qui proviennent essentiellement d'un nombre limité de corps capables de produire des fragments assez gros pour survivre à leur chute, les micrométéorites offrent un aperçu beaucoup plus représentatif de la poussière qui circule dans le Système solaire. Elles conservent ainsi la trace de populations d'astéroïdes qui échappent peut-être complètement aux collections de météorites.
Chaque année, une moyenne de 6 000 tonnes de poussière cosmique atteint la surface de la Terre. Ces microparticules, ou micrométéorites, peuvent être notamment retrouvées dans les glaces de l'Antarctique. © Institute of Natural Sciences Belgium, YouTubeDes sphérules cosmiques qui ne ressemblent à aucune autre
C'est justement l'une de ces populations discrètes qui a retenu l'attention d'une équipe internationale de chercheurs. Depuis une dizaine d'années, les scientifiques connaissaient déjà quelques sphérules cosmiques particulièrement intrigantes. Baptisées CumPo, elles présentent une texture inhabituelle : leurs cristaux d'olivine semblent s'être accumulés d'un seul côté de la sphérule pendant sa traversée de l'atmosphère. Un détail qui laisse penser que ces particules sont arrivées sur Terre à une vitesse plus élevée que la plupart des autres micrométéorites, mais il restait encore à comprendre d'où elles provenaient.
On a peut-être découvert des micrométéorites du nuage d'Oort
Elles viennent peut-être du nuage d’Oort, à moins que ce ne soit de la ceinture de Kuiper. En tout état de cause, les micrométéorites analysées récemment par des chercheurs français avec le synchrotron Soleil doivent probablement provenir d’au-delà de l’orbite de Neptune.... Lire la suite
Pour répondre à cette question, les chercheurs ont analysé dix de ces particules, collectées aussi bien dans les glaces de l'Antarctique que sur des toits urbains. Ils ont publié leurs résultats dans la revue Science Advances. Grâce à des analyses chimiques et isotopiques de très haute précision, ils ont montré que ces particules appartiennent en réalité à une nouvelle famille de micrométéorites, baptisée SCumPo.
Une sphérule cosmique SCumPo vue en coupe au microscope. Sa structure interne, marquée par des cristaux d’olivine de tailles différentes et des inclusions métalliques riches en fer, nickel et soufre, permet aux chercheurs d’identifier cette nouvelle famille de micrométéorites. © Van Ginneken et al., 2026
Leur composition s'est révélée particulièrement singulière. Ces sphérules renferment un verre très riche en soufre, des gouttelettes métalliques riches en fer, nickel et soufre, ainsi qu'une signature isotopique de l'oxygène qui ne correspond à aucune famille de météorites actuellement connue. Certaines particules renferment même des matériaux aux compositions isotopiques différentes, preuve que leur corps parent était déjà constitué d'un mélange de matériaux primitifs.
Pour affiner leurs résultats, les chercheurs ont ensuite modélisé leur traversée de l'atmosphère. Les simulations indiquent que ces poussières sont arrivées entre 14 et 17 kilomètres par seconde, une vitesse compatible avec une origine au sein d'un astéroïde géocroiseur évoluant sur une orbite relativement excentrique.
Les météorites ne racontent peut-être pas toute l'histoire du Système solaire
Le résultat le plus important de l'étude n'est pourtant pas la découverte d'une nouvelle catégorie de micrométéorites. Selon les auteurs, ces poussières proviendraient probablement d'un corps parent encore inconnu, proche des très rares chondrites carbonées de type CY, mais suffisamment différent pour représenter un type de météorite qui n'a encore jamais été retrouvé sur Terre. En d'autres termes, notre Planète reçoit régulièrement de la matière provenant de cet objet, sans qu'aucun fragment suffisamment gros n'ait été identifié dans les collections.
Cette hypothèse remet d'ailleurs en question une idée largement admise en planétologie : les météorites ne reflètent peut-être qu'une partie de la diversité des astéroïdes. Certaines familles pourraient produire essentiellement de fines poussières, tandis que leurs fragments plus massifs seraient trop friables pour survivre à la traversée de l'atmosphère ou simplement trop rares pour être découverts. Les auteurs estiment d'ailleurs que cette pluie de micrométéorites dure probablement depuis plus d'un million d'années, ce qui suggère une source stable plutôt qu'un événement exceptionnel comme la destruction récente d'un astéroïde.
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Cette étude montre ainsi que les micrométéorites ne sont pas de simples curiosités géologiques. Elles constituent un nouvel outil pour explorer les populations d'astéroïdes les plus discrètes du Système solaire. À mesure que les techniques d'analyse gagnent en précision, ces poussières pourraient révéler l'existence d'autres corps parents encore inconnus et aider les astronomes à retrouver ces « astéroïdes fantômes », dont nous ne connaissons aujourd'hui que les minuscules grains qui tombent silencieusement sur notre Planète. Une preuve supplémentaire qu'il est parfois possible d'explorer les astéroïdes sans envoyer de sonde : il suffit parfois d'attendre que leurs poussières arrivent jusqu'à nous.


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