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Quatre ans après avoir lancé ce projet, le village de Durfort voit renaître les passerelles du gouffre de Malamort. Elles sont sept à permettre aux promeneurs de le parcourir.
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Par Angélique Passebosc Publié le 11 juil. 2026 à 0h32
Il n’a aujourd’hui plus grand-chose à voir avec ce qu’il fut au début du siècle précédent. Pourtant, le gouffre de Malamort – ce site niché au cœur de la montagne Noire, ô combien touristique autrefois – renoue désormais quelque peu avec son histoire. Près d’un siècle et demi a passé depuis l’édification, à flanc de falaise, des premières passerelles surplombant la rivière du Sor, au sud de la commune de Durfort. Des passerelles mises en place dans les années 1890 afin de permettre la construction et l’accès au minibarrage qui alimente encore aujourd’hui l’usine hydroélectrique gérée par l’Institut des eaux de la montagne Noire (IEMN). Faisant ainsi de ce site à la funeste réputation (lire par ailleurs) « un haut lieu touristique durant une bonne moitié du XXe siècle ».
Le maire Alain Malignon aime à le rappeler : c’est ici que les traditionnelles balades dominicales de l’époque conduisaient les familles durefortoises. Sur place, les promeneurs y trouvaient même une auberge vendant glaces et boissons. Peu de choses de ces fastes années subsistent à présent. La faute aux travaux de consolidation du barrage et au dynamitage des lieux vers 1990 qui ont « saccagé la vallée », se remémorent certains avec amertume. Mais voilà que ces infrastructures évoquées plus haut – toutes faites de bois, à l’époque, et dont certains piliers en pierre subsistent – renaissent à présent. Il aura cependant fallu plusieurs mois de travaux et de longues années de réflexion avant que Malamort ne retrouve ses passerelles. Un projet bel et bien abouti – le chantier a été livré lundi 29 juin et inauguré ce vendredi 3 juillet 2026 – qui invite, après la création de la via ferrata en 2019, à se lancer « dans de nouvelles aventures ». Vous nous suivez ?


« Rendre ses lettres de noblesse » à Malamort
Certains s’en souviennent encore comme si c’était hier. Il faut pourtant remonter quelques décennies en arrière pour retrouver la trace des passerelles de Malamort. « Nous y avions amené nos enfants peu de temps avant qu’elles ne soient détruites », raconte un habitant avant de se lancer avec nostalgie à l’assaut de ces nouvelles constructions, imaginées par la municipalité de Durfort.
À l’époque, les passerelles de bois occupent encore le site. Mais leur état de dégradation est déjà fortement avancé. Le bois est rongé par le temps et les intempéries, la solidité de l’ouvrage interroge. Jusqu’à ce que le site ne soit dynamité et les infrastructures construites à flanc de falaise un siècle plus tôt définitivement détruites.
Animée par la volonté de « redonner vie à cette zone » quelque peu tombée dans l’oubli, la municipalité inaugure en 2019 la via ferrata de Malamort – le tout premier itinéraire de ce genre, dans le Lauragais. Offrant ainsi aux amateurs de sensations et autres intrépides l’occasion d’arpenter le site à flanc de falaise, en surplomb de la rivière du Sor.
Mais l’équipe municipale conduite par Alain Malignon ne compte pas s’arrêter en si bon chemin et se met rapidement en tête de reconstruire les anciennes passerelles. « En 2022, le sort en est jeté : elles renaîtront. » L’édile entend alors « rendre ses lettres de noblesse » à Malamort en proposant une activité adaptée au plus grand nombre avec des constructions « modernisées ».
Sept passerelles dont une de 28 mètres
Sept passerelles sont ainsi progressivement (re)construites entre l’automne 2025 et l’été 2026 sur la rive droite du Sor (côté gauche en montant, en parallèle du chemin existant pratiqué par bien des promeneurs). Les piliers subsistant sont conservés, consolidés afin d’accueillir les nouvelles infrastructures – métalliques pour la plupart -, le chemin débroussaillé dans l’optique de permettre aux touristes comme aux locaux de déambuler du mieux possible – malgré quelques passages étroits – entre la conduite forcée, d’un côté, et le gouffre de l’autre.

La voie employée à l’époque est alors rendue à nouveau praticable par ces ouvrages fixes allant de 4 à 13 mètres de longueur (la première mesure 5,7 mètres ; la seconde 5 mètres ; la troisième 4 mètres ; la quatrième 8,8 mètres ; la cinquième 7,2 mètres et la sixième 13 mètres). Le plus grand restant bien entendu le pont himalayen de 28 mètres qui boucle le circuit et permet de regagner le départ de la via ferrata, le mini-barrage (à condition de marcher quelques mètres de plus) ou de continuer son chemin en direction de la tour Roquefort (aussi appelée Tour du Diable).
Une funeste légende
« Lorsque nous sommes arrivés dans le Tarn, le gouffre de Malamort a été l’un des premiers endroits que nous avons découvert », se souvient Marie-Lise Housseau. La sénatrice ne cache pas avoir été rapidement séduite par le côté « magique » du site. Magique, mais aussi mystique et tragique. « La légende raconte qu’une jeune femme, qui devait se marier à un homme qu’elle n’aimait pas, se serait jetée dans le gouffre afin d’échapper à son prétendant. Elle a ainsi péri noyée dans les eaux de la rivière », raconte-t-elle. Une funeste histoire qui colle parfaitement au nom conféré aux lieux, « malamort » signifiant « mauvaise mort » en occitan. Mais auxquels la municipalité de Durfort « redonne aujourd’hui un côté plus positif et attractif ».
Les équipes du Parc naturel régional (PNR) du Haut Languedoc viennent compléter la réalisation avec l’installation de panneaux thématiques sur la faune et la flore locale. Une balade en pleine nature où l’on se cultive donc, accessible gratuitement depuis ce début juillet. Et ce, tout au long de l’année.
Une calèche pour faire la navette
Mais comment on s’y rend à Malamort ? En voiture, à pied, à vélo ou… en calèche ! Deux fois dans l’été, Audrey Blanchard et ses chevaux de trait proposeront à ceux qui le souhaitent de les conduire, depuis la place de la Mairie de Durfort, vers l’usine électrique de Malamort. La calèche de Natura traction effectuera la navette à plusieurs reprises les dimanches 19 juillet et 16 août, entre 10 h et 12 h, puis entre 15 h et 19 h. Une façon de rendre cette escapade au cœur de la montagne Noire encore plus insolite.
Si le site reste accessible gratuitement, les passagers de la calèche – elle peut accueillir jusqu’à sept personnes – devront cependant chacun débourser 2 € pour pouvoir effectuer cette balade.
Une opération de mécénat… avec étoiles, comme à Hollywood
Pour ce qui est du budget, justement, l’opération de reconstruction des passerelles aura coûté 201 568 € hors taxes, financés par la Dotation d’équipement des territoires ruraux (60 466 €), le Département du Tarn (50 000 €), la Région Occitanie (33 232 €) et une opération de mécénat.
Une opération qui pourrait d’ailleurs permettre au gouffre de Malamort de venir concurrencer le « walk of fame » d’Hollywwod boulevard avec ses étoiles d’acier. « Ici, les plus petites étoiles ne coûtent que 50 € (elles seront gravées des noms des mécènes, dorées, puis apposées dès septembre sur les passerelles métalliques, NDLR), rappelle Alain Malignon qui ne manque pas d’humour. Mais on peut donner plus ! »
Pour l’heure, une cinquantaine de personnes devraient voir leur nom, celui de leur association ou de leur société apparaître sur ces nouveaux ouvrages.
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