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La volonté du Regroupement de personnes expropriées de Forillon et leur descendance de conserver la collection historique du parc national Forillon dans la région se bute à des impératifs techniques. L'absence d'infrastructures de conservation adéquates et le manque de financement limitent les possibilités.
Cet automne, Parcs Canada prévoit le transfert d'artefacts de Québec vers ses entrepôts à Gatineau, ce qui suscite une levée de boucliers de familles expropriées. Les avenues possibles pour élargir l'accès à cette collection de plus de 12 500 artefacts, dont plus de 4000 sont directement liés aux familles expropriées, restent limitées.
Des coûts trop importants pour les institutions régionales
Selon le directeur général du Musée de la Gaspésie, Martin Roussy, les installations actuelles de la région ne peuvent pas garantir des conditions de conservation minimales requises pour recevoir une collection d’une telle ampleur.
Aux coûts de construction d’un entrepôt s’ajoutent des montants considérables pour en assurer l’opération et l’entretien. Il précise que ce projet aurait fait courir un énorme risque financier au Musée, qui n’aurait pas pu le supporter à l’époque. Pas encore aujourd’hui, ajoute-t-il, parce que l’on continue à se battre pour que le Musée garde sa structure en place, son équipe et tout ça.
Martin Roussy plaide néanmoins pour un retour de la collection dans la région. Il estime d’ailleurs que les musées ont de plus en plus tendance à rapprocher les collections des communautés desquelles elles sont issues.
C'est une vision assez partagée, même mondialement, de la part des institutions muséales : c’est que les patrimoines; d'objets, d’artefacts, de tout ça, soient le plus près possible de leur lieu d'origine.

Le directeur général du Musée de la Gaspésie, Martin Roussy (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Luc Manuel Soares
Selon lui, il est toutefois de la responsabilité du gouvernement canadien de s’assurer de conserver la collection en Gaspésie.
Maintenant, pour que ça arrive, il faut que le gouvernement fédéral construise cette réserve-là dont on a besoin sur le terrain pour les préserver. [...] La balle est dans le camp du fédéral.
Bien qu’il se désole que Parcs Canada ne mette en valeur qu’une mince proportion de l’ensemble de ce que c’est, ce trésor-là, il se console de savoir que les conditions de préservation de la collection sont optimales, que ce soit à Québec ou à Gatineau. Les normes muséales qui sont extrêmement élevées au niveau fédéral, ajoute-t-il.
Parcs Canada se dit ouvert aux compromis
Du côté de Parcs Canada, le directeur du parc national Forillon, Mathieu Côté, se veut rassurant. Selon lui, le transfert de la collection vers Gatineau ne démontre pas une fermeture de l’agence fédérale quant à un retour éventuel en région.

Le directeur du Parc national Forillon, Mathieu Côté (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Martin Toulgoat
Tout au contraire, selon lui, Parcs Canada explore de nouvelles avenues afin de rendre la collection plus accessible, malgré la distance. Mathieu Côté évoque notamment la possible création d’un catalogue électronique, qui permettrait au minimum de consulter la liste des artefacts et de voir les objets en ligne.
La façon de la rendre disponible peut varier. Ça peut être physique, ça peut être virtuel, mais effectivement, on est ouverts à travailler [...] pour ramener les objets vers la Gaspésie.
Le directeur du parc national Forillon confirme aussi l’ouverture de l'agence fédérale à organiser des retours de certains artefacts en région. Selon Mathieu Côté, Parcs Canada est tout à fait ouvert à discuter et à réfléchir à des options pour que les objets reviennent sur la pointe gaspésienne de manière durable.
Ça peut se faire, selon Michel Goudreau
Michel Goudreau se souvient des difficultés qu’il a rencontrées pour rapatrier des artefacts dans la région, au tournant des années 1980, lors de la création du Lieu historique national de la Bataille-de-la-Ristigouche, dans la Baie-des-Chaleurs.

Michel Goudreau est historien et citoyen de Pointe-à-la-Croix. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose
Impliqué lors des fouilles subaquatiques de l’épave du navire français Le Machault entre 1969 et 1972, l’historien de Pointe-à-la-Croix se rappelle que les artefacts avaient, eux aussi, d’abord été envoyés vers les grands centres. Il aura fallu une douzaine d’années de pressions politiques de la part de la communauté locale pour que Parcs Canada ouvre finalement un centre d’interprétation sur place.
C’est juste qu’il faut un abri pour ces objets-là, précise Michel Goudreau, qui ajoute que ça coûte très cher, l’entreposage d’artefacts, pendant des dizaines d’années.
Le directeur du Musée de la Gaspésie, Martin Roussy, rappelle aussi que, en général, c'est interdit dans les règles de donner accès au public aux réserves, afin de favoriser la préservation des collections.
Devrait-on se concentrer sur la mise en valeur des artefacts ?
L’idée de voir les 12 500 objets de la collection historique du parc national Forillon être conservés dans la région est attrayante pour le Regroupement, pour le Musée et pour Parcs Canada. Toutefois, même en considérant seulement les quelque 4100 artefacts directement liés aux familles expropriées, le projet se bute à l’épreuve de la réalité.

Le nouveau Centre des collections et conservations de Parcs Canada pourrait rassembler plus de 25 millions d’objets, dont la collection du parc national Forillon.
Photo : Partenariat architectural entre Moriyama & Teshima Architects et la firme d'architectes NFOE
Même si une infrastructure dédiée à l’exposition de la collection historique du parc national Forillon voyait le jour sur la pointe gaspésienne, Michel Goudreau soutient qu’une infime partie des artefacts seulement pourrait être mise en valeur.
L’historien cite en exemple la découverte de 200 paires de souliers de soldats français de 1760, retrouvées presque intactes dans l’épave du Machault. De ce nombre, une seule paire est exposée au centre d’interprétation de Pointe-à-la-Croix. Les autres ont été prêtées à quelques musées au Canada et à travers le monde.
Ils ont sorti des choses ici, mais à un moment donné, tu peux juste en exposer un ou deux exemplaires, puis le reste, ensuite, ça sert à d’autres musées.
La mise en valeur de la collection sur le territoire, peu importe son lieu de conservation, semble être la solution la plus facile à mettre en place. Martin Roussy ajoute que le fédéral devrait favoriser la promotion de la collection sur la pointe gaspésienne, que ce soit seul ou en partenariat.
Ça peut être nous, ça peut être d'autre monde qui décide de les mettre en valeur.
Martin Roussy présume que le Musée de la Gaspésie pourrait avoir accès à la collection dans le cadre d’un prêt d’artefacts entre institutions, mais ajoute que ce n’est pas dans les cartons présentement, et qu’il n’y a pas eu de demande, non plus, à cet effet-là.

La Maison Dolbel-Roberts, construite en 1915, est l'une des rares à avoir été épargnée de la démolition pour créer le parc national Forillon en 1970. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Martin Toulgoat
De son côté, Mathieu Côté rappelle que des artefacts sont déjà présentés au public dans divers lieux d’interprétation du parc national Forillon, dont la Maison Dolbel-Roberts et le Magasin général Hyman & Sons.
Le Regroupement de personnes expropriées de Forillon et leur descendance, quant à lui, a préféré ne pas accorder d’entrevue avant d’avoir pu parler avec le député de la Gaspésie–Les-Îles-de-la-Madeleine–Listuguj, Alexis Deschênes. Une rencontre est prévue à la mi-juillet.
Jusqu’à maintenant, toutefois, le Regroupement confirme ne pas avoir déposé de projet afin d’assurer la conservation ou la mise en valeur de la collection historique du parc national Forillon dans la région.


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