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Des médecins de l’Alberta tirent la sonnette d’alarme concernant la surcharge dans les urgences de la province, après avoir recensé au moins six morts qui « auraient pu être évitées », dans un document obtenu par CBC/Radio-Canada.
Le document, qui compile bon nombre d’incidents observés par des urgentistes à l’échelle provinciale depuis décembre dernier, fait aussi état d’une trentaine de situations qui auraient pu se révéler fatales.
Ce n'est que la pointe de l'iceberg. Ces exemples de décès et d'accidents évités de justesse se produisent chaque jour dans les services d'urgence surpeuplés de nos grands hôpitaux, souligne Paul Parks, médecin et président de la section des urgences de l’Association médicale de l’Alberta (AMA).
Selon l’urgentiste, qui a compilé les événements, les témoignages de ses collègues ont commencé à affluer à la suite du décès de Prashant Sreekumar le 22 décembre dernier.
L’homme de 44 ans est mort à l’hôpital communautaire Grey Nuns d’Edmonton après avoir attendu huit heures aux urgences à la suite d’un malaise.
Initialement, le document a été envoyé aux ministres Matt Jones et Adriana LaGrange, respectivement responsables des Services hospitaliers et chirurgicaux et Soins de santé primaires et préventifs, pour dénoncer l’état du système de santé.
Il a également été envoyé à la première ministre Danielle Smith et aux dirigeants de Soins aigus Alberta.
Les couloirs de la mort
Parmi les incidents recensés dans le document, et dont le nom des patients est gardé anonyme, il est fait mention d'un patient qui serait mort à la suite d’un arrêt cardiaque dans les couloirs de l’hôpital, qui présentait des signes apparents de détérioration, mais qui n’aurait pas été en mesure de franchir l’unité de soins à temps.
Nos couloirs et nos salles d'attente sont devenus des zones de la mort, et nous nous demandons combien de "bombes à retardement" vont mourir, alors que ces patients devraient recevoir des soins vitaux dans un espace d'urgence fonctionnel.
D’autres cas rapportés dans la lettre incluent une patiente qui serait morte après huit heures d’attente, en raison d’une occlusion intestinale ayant entraîné une septicémie.
Un autre patient serait arrivé avec de la fièvre, des difficultés respiratoires et des signes de tachycardie, mais aurait quitté les urgences après huit heures d’attente, sans avoir été pris en charge par un médecin.
Quatre heures après son départ des urgences, le même patient y aurait été admis en raison d’un arrêt cardiaque et d’une infection du sang ayant mené à une défaillance multiviscérale, puis à sa mort.
Un cri du cœur des médecins
Selon Paul Parks, la situation dans les hôpitaux est pire que jamais. Il demande aujourd’hui au gouvernement de déclarer l’état d’urgence sanitaire.
Tous mes collègues en médecine d'urgence et en médecine interne m'ont dit qu'ils n'avaient jamais vu le système fonctionner ainsi, après y avoir travaillé de 25 à 35 ans, dit-il.
Et ce n’est pas une situation qui survient soudainement, dans les deux dernières semaines. Nous répétons depuis février dernier que la surcharge dans les hôpitaux en 2025 a atteint des niveaux inégalés.
Il explique que les hôpitaux, qui fonctionnent présentement à 102 % de leur capacité, devraient réduire leur capacité pour atteindre les 85 %, afin de conserver une marge de manœuvre et de pouvoir faire face aux catastrophes et aux pics saisonniers lors de la propagation des virus respiratoires.
En novembre dernier, la province annonçait ajouter 1000 lits d'hôpital pour aider à désengorger le système de santé.

Le ministre des Services hospitaliers et chirurgicaux, Matt Jones, promet l'ajout de lits d'hôpitaux d'ici trois ans. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Kevin Sabiston
Or, selon James Gault, vice-président du Syndicat des employés provinciaux de l'Alberta, cette mesure n’est pas suffisante.
Le gouvernement n'investit pas dans les ressources nécessaires. Et ces ressources, ce sont nos infirmières, nos infirmières auxiliaires, nos aides-soignants et nos services de soutien généraux, soutient-il.
Quand on a moins de personnel de manière générale, ça crée des délais plus longs. Certains de nos hôpitaux ont des délais d'attente de 5 à 6 heures, ajoute-t-il.
Dans un courriel, le ministère des Services hospitaliers et chirurgicaux a indiqué ne pas vouloir fournir de commentaires avant que le document soit vérifié. Le communiqué indique aussi que le ministre Matt Jones a contacté l’AMA et Soins aigus Alberta afin d’organiser une rencontre.
De son côté, Soins aigus Alberta affirme que les morts ne sont pas hors du commun dans le système de santé, et qu’il était erroné de suggérer qu’elles étaient toutes attribuables aux failles du système.
La province ajoute que son programme de médecins de triage, qui sera lancé en février, permettra de renforcer la sécurité des départements d’urgence de la province.
Avec des informations de Janet French et Julia Wong


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