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À exactement un mois de l’implantation du Dossier santé numérique (DSN) en Mauricie et au Centre-du-Québec, Radio-Canada a obtenu les détails des impacts sur l’accès aux services. Ces impacts seront importants : des réductions de 25 à 50 % de la capacité de plusieurs départements et des fermetures de lits pendant des semaines. Au plus fort de la réduction, 104 lits dans les unités de soins seront fermés dans la région, dont 45 à Trois-Rivières.
Dans la nuit du 8 au 9 mai, l’implantation du DSN se fera dans tous les établissements du CIUSSS MCQ ainsi qu’au CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal. Il s’agit d’un projet pilote, la première implantation du système au Québec.
Le Dossier santé numérique vise à informatiser les données médicales des patients. Québec souhaite regrouper toutes les données des patients en un seul endroit et optimiser le travail du personnel de soins.
Radio-Canada a déjà révélé que le DSN rencontre de nombreux problèmes. Les médecins qui nous ont parlé sont convaincus que le projet n’est pas prêt et redoutent les impacts sur la santé des patients. Nous avons accepté de conserver l’anonymat de ces médecins, puisqu’ils craignent des conséquences s’ils prennent la parole publiquement.
Santé Québec et la direction du CIUSSS MCQ demandent au personnel de ne pas parler publiquement de l’implantation du DSN.
Nous avons obtenu un document de travail du CIUSSS, daté de la fin de février, qui détaille les diminutions de services en lien avec l’implantation.
Fermeture de lits en Mauricie-Centre-du-Québec
| Unités de soin | CHAUR : 25 à 30 lits Hôtel-Dieu d'Arthabaska : 15 lits Hôpital Sainte-Croix : 15 lits Hôpital du Centre-de-la-Mauricie : 10 à 15 lits | CHAUR : 45 lits Hôtel-Dieu d'Arthabaska : 24 lits Hôpital Sainte-Croix : 20 lits Hôpital du Centre-de-la-Mauricie : 15 lits | CHAUR : 25 à 30 lits Hôtel-Dieu d'Arthabaska : 15 lits Hôpital Sainte-Croix : 15 lits Hôpital du Centre-de-la-Mauricie : 10 à 15 lits |
| Soins intensifs | Maintien | CHAUR : 4 lits Hopital Sainte-Croix : 2 lits Hôtel-Dieu d'Arthabaska : 2 lits | Retour progressif |
Diminution des services en Mauricie-Centre-du-Québec
| Cliniques externes | Diminution 25 % | Diminution 50 % | Diminution 25 % |
| Endoscopie | Diminution 20 % | Diminution 60 % | Diminution 50 % les deux premières semaines et diminution 40 % les deux semaines subséquentes |
| Hémato-oncologie | Diminution 10 % | Diminution 20 % chimiothérapie Diminution 50 % des autres activités | Reprise graduelle |
| Imagerie | Diminution 50 % des externes | Diminution 50 % des externes | Diminution 50 % les deux premières semaines et diminution 25 % les deux semaines subséquentes |
Santé Québec répond que, si les chiffres peuvent sembler importants, les plans d'intervention sont en place. La population va être desservie sans aucun problème. Mais pour donner le loisir aux utilisateurs de s’approprier la solution, on s’est permis de réduire un petit peu les activités, explique Marie-Claude Beauchemin, directrice générale de la transformation numérique des pratiques cliniques à Santé Québec.
Une médecin spécialiste, qui a accepté de nous parler, craint plutôt que les réductions de services aient des effets dramatiques, entre autres, pour les patients atteints de cancer. Ce qu’on aurait pu faire en deux semaines, est-ce que ça va prendre six semaines? Ça peut être la différence entre un cancer curable ou non, déplore-t-elle.
Un patient qui a un cancer du poumon va avoir un retard, ça, c’est sûr.
Le CIUSSS assure aux médecins qu’une campagne de sensibilisation aura lieu avant le changement pour inciter la population à éviter les urgences. Les gens ne seront pas moins malades parce qu'on leur dit de ne pas aller à l'urgence, nous indique un autre médecin.
On va frapper un mur

Des médecins avouent être très inquiets de l’impact de l’implantation du DSN sur la qualité des soins et l’accès aux patients.
Photo : La Presse canadienne / Jeff McIntosh
Nos sources sont convaincues que le CIUSSS MCQ n’est pas prêt pour l’implantation dans un mois. Moi, je pense qu’on va perdre la face. Moi, je pense qu’on va frapper un mur, nous a confié une médecin.
On nous dit : “Ça va être de la merde pendant deux, trois, quatre, peut-être huit semaines, mais à un moment donné, ça va mieux fonctionner.“ Oui, mais on ne peut pas jouer dans de la merde avec des patients.
Je pense qu'il faut que ça soit très clair qu’on souhaite avoir un système plus fonctionnel, rappelle une autre médecin. Elle croit cependant que le système qu'on implante n’améliorera pas les choses, au contraire.
Une source nous indique avoir eu une douzaine d’heures de formation et avoir passé huit autres heures à tenter de comprendre le système, le tout bénévolement. Malgré ses efforts, elle n’est toujours pas en mesure de l’utiliser.
Des médecins se font des groupes Facebook pour tenter de communiquer l’information le plus possible. L’une de ces médecins donne l’exemple d’une gastroscopie. Il faut plutôt inscrire préintervention endoscopie digestive pour ensuite sélectionner la gastroscopie. Les médecins affirment qu’ils perdent énormément de temps à essayer de comprendre la terminologie et qu’ils verront nécessairement moins de patients.
C’est un logiciel qui est censé me faire économiser du temps, mais jusqu'à maintenant, il fait juste m’en manger.
Le CIUSSS a sollicité l’aide des médecins, leur demandant d’aller bénévolement, trois jours avant l’implantation, compléter la liste de médicaments dans le système. Malgré les ressources déjà affectées à l’entrée des données, le basculement des données de médicaments nécessite des ressources additionnelles, est-il écrit dans la demande.
Santé Québec répond que le système est prêt. Toute la portion informatique du système est terminée. On raffine les dernières configurations. Cette partie-là est toute faite. Maintenant, on est dans un plan de formation, explique Marie-Claude Beauchemin.
Une implantation massive

Des médecins affirment qu’ils trouvent encore de nombreux bogues et problèmes lorsqu’ils se familiarisent avec le nouveau système.
Photo : iStock
Nos sources se demandent pourquoi le CIUSSS MCQ a décidé d’implanter le DSN sur tout le territoire en même temps. Elles auraient préféré une implantation graduelle. Les autres centres hospitaliers de la région auraient ainsi pu venir en renfort en cas de débordement.
Par exemple, huit lits aux soins intensifs seront fermés dans la région. Ces lits ne sont pas toujours occupés, mais il arrive qu’ils soient complets. Normalement, ces patients sont transférés vers un autre hôpital de la région. Au moment de l’implantation, la capacité de tous les hôpitaux sera réduite en même temps. Aucun corridor de service urgent n’a été prévu, déplore une médecin spécialiste.
Là, on n’a plus d'hôpitaux, tout le monde est dans le même bateau, indique un autre médecin.
La présidente et cheffe de la direction de Santé Québec, Geneviève Biron, s'attend à ce qu'il y ait de petits problèmes techniques les premières semaines après le déploiement, qui est toujours prévu pour le 9 mai. Initialement, le système devait être implanté l'automne dernier.
Santé Québec explique que c’est une solution intégrée. C’est une solution qui couvre toute la trajectoire du patient, donc on ne peut pas le faire de façon morcelée pour en avoir le bénéfice. C’est toute la circulation de l’information qui est disponible dans tous les établissements; c’est le grand bénéfice de cette solution, indique Marie-Claude Beauchemin.
Des professionnels de la santé craignent aussi qu’il manque de soutien informatique, puisque tous les établissements vivront la transition en même temps.
Les coûts d’implantation du DSN au Québec sont évalués à 402 millions de dollars jusqu’à maintenant.


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