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Les besoins sont encore bien présents entre les murs du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec (CIUSSS MCQ). Le taux d’invalidité des membres du personnel de soin s’élevait à 11,2 %, en décembre 2025. D’anciens infirmiers, qui ont quitté pour travailler ailleurs, mais toujours en soins infirmiers, ont levé la main pour venir prêter main-forte. Ils se sont toutefois buttés à un refus.
Pierre Dumont a 15 ans de métier derrière la cravate, dont 8 ans à l’hôpital du Centre-de-la-Mauricie de Shawinigan, dans le département des soins intensifs. Depuis bientôt 3 ans, il soigne en aéromédical. Je suis spécialisé en soins critiques, en urgence et en soins intensifs, et surspécialisé en aéromédical, en évacuation médicale par avion et hélicoptère, m’explique-t-il.
En aéromédical, l’horaire est atypique. Pierre Dumont travaille 14 jours de garde dans le nord de la province et a, ensuite, 14 jours de congé. C’est pendant cette période qu’il voulait apporter son soutien à ses anciens collègues de Shawinigan. J’avais offert d’aller couvrir les TSO [temps supplémentaires obligatoires] dans le département des soins intensifs.

Pierre Dumont a travaillé aux soins intensifs de l'hôpital de Shawinigan pendant 8 ans. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Yoann Dénécé
L’histoire de Pierre n’est pas unique. Ils sont plusieurs à s’être confiés à Radio-Canada. Deux autres infirmières, qui ont demandé à rester anonymes, ont vécu une expérience similaire dans d’autres établissements de santé de la région. Ensemble, elles cumulent 40 ans d’expérience en soins infirmiers, notamment dans le nord du Québec. Elles ont, elles aussi, approché à plusieurs reprises le CIUSSS MCQ pour offrir des heures et combler des quarts de travail.
Pierre, comme les deux autres, a vu sa proposition être déclinée en raison de la convention collective nationale de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), applicable au personnel infirmier dans l’ensemble des CISSS et des CIUSSS du Québec, qui stipule que pour le personnel en soins infirmiers, la règle générale prévoit qu’une personne salariée doit détenir un poste officiel et offrir une disponibilité minimale de 14 quarts de travail sur une période de 28 jours. Les travailleurs doivent aussi être disponibles une fin de semaine sur deux.
C’est trop engageant. Je voulais le faire de façon sporadique, travailler une fois de temps en temps, mais je ne voulais pas me réengager de façon formelle à long terme, explique Pierre Dumont.

Louis-Alex Nadeau est le vice-président aux relations de travail de la FIQ. (Photo : 3 mars 2026)
Photo : Radio-Canada
Pour le syndicat, la situation demeure délicate, bien que l’enjeu de main-d'œuvre demeure. Je comprends le mécontentement et je comprends l’enjeu de personnel. Il y a des enjeux de personnel, mais il y a un contrat de travail à respecter. Si on décidait d’aller chercher des gens qui font moins que 7 jours sur 14, alors qu'il y a des gens qui respectent le contrat de travail, mais qui voudraient peut-être plutôt avoir des 4 [jours] sur 14, à ce moment-là, on va peut-être avoir du mécontentement au niveau des membres et ça risque de faire boule de neige, explique Louis-Alex Nadeau, vice-président aux relations de travail de la FIQ.
C’est très rigide. Je comprends que le syndicat veut faire travailler ses employés, c’est normal, mais ma perception, c’est que je n'enlève rien à personne. C’est un quart de travail que personne ne voulait, mais là, ils ont été obligés de maintenir une infirmière à son poste [en temps supplémentaire obligatoire], répond Pierre Dumont.
D’ailleurs, le point de vue des infirmiers diffère de celui du syndicat. Selon eux, leur expérience professionnelle pourrait plutôt être bénéfique pour les équipes. Quand tu travailles dans le Nord, en aéromédical ou dans ces milieux-là, ça prend un peu plus d’expertise. On la refuse au nom de quoi? Je ne sais pas…, se désole Pierre Dumont.
Les deux autres infirmières vont dans le même sens. L’une a une expertise en urgence, en vaccination et en santé sexuelle. Devant le refus du CIUSSS MCQ, l’autre s’est plutôt tournée vers une maison de soins palliatifs et un CHSLD. Mais avant cela, elles proposaient, toutes deux, d’offrir de nombreux quarts de travail, de jour, de nuit, de soir et de fin de semaine.
J’avais de l’intérêt pour le faire. J’aime mon métier, j’aime mon travail. Ça m’aurait occupé, c’est sûr, mais ça aurait aussi permis à mes collègues de retourner souper à la maison, de dormir avec leur [famille], se désole Pierre Dumont.
Le temps supplémentaire est chose courante pour les équipes en santé. Le taux d’heures supplémentaires du personnel en soins infirmiers et cardiorespiratoires du CIUSSS MCQ atteint 8,79 % en février 2026. En octobre 2025, il s’élevait à plus du double, soit 17,34 %.
Une solution possible?
Il existe certaines exceptions à cette règle de disponibilités. Le CIUSSS MCQ rappelle que l’annexe 1 de la convention collective stipule que certaines personnes peuvent avoir une disponibilité réduite si elles travaillent déjà dans un autre établissement du réseau de la santé, occupent une charge d’enseignement reconnue, sont âgées de 55 ans et plus ou poursuivent des études à temps plein dans le même domaine ou un domaine connexe.
Dans ces situations particulières, l’entente conclue entre l’organisation et les syndicats exige une disponibilité minimale de 10 jours par année.
Pierre Dumont ne cadre pas dans ces conditions. Il estime que d’autres cas devraient être ajoutés à cette annexe, notamment pour que les personnes hors réseau puissent venir donner un coup de main de manière sporadique pendant les vacances, les absences et les TSO pour soulager les équipes.
Le syndicat affirme que cette proposition pourrait faire partie de discussions lors de la prochaine négociation de la convention collective.


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