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Comme pour la Sécurité civile, le gouvernement est accusé d’avoir tergiversé sur le front de la cybersécurité. Un texte est à l’abandon depuis 2025.

STEPHANIE LECOCQ / AFP
« On a préféré divertir les Français » : Des pompiers à la cybersécurité, l’exécutif attaqué sur ses priorités (photo de Macron et Lecornu prise en juin 2025)
Les crises s’accumulent. Les regrets aussi ? Sébastien Lecornu sort de ses vacances ce lundi 17 août pour incarner la réponse de l’exécutif aux deux crises récentes qui bouleversent son action. Après une virée en Gironde au chevet des pompiers et acteurs locaux mobilisés face aux feux de forêt, le Premier ministre est attendu à Paris pour diriger une cellule interministérielle consacrée au piratage informatique ayant visé le fisc.
L’administration fiscale a effectivement reconnu une intrusion dans ses systèmes, vendredi 14 août, et révélé que quelque 700 000 particuliers et professionnels en avaient été victimes. Pour les particuliers, les données dérobées concernent notamment les noms et prénoms, le quotient familial, le revenu fiscal de référence ou encore le taux de prélèvement à la source, selon les explications de la directrice générale des finances publiques Amélie Verdier, après cet incident majeur.
Une actualité qui met à nouveau le gouvernement sur la défensive. Le piratage relance effectivement le débat sur la sécurité des systèmes d’information de l’État, après plusieurs opérations ayant ciblé des organismes publics. Et il illustre en plus les manquements et les retards pris sur des sujets pourtant ultrasensibles.
Un texte voté en 2025 au Sénat, et en attente depuis
Depuis l’annonce de ce piratage d’ampleur, sans précédent selon plusieurs spécialistes du sujet, bon nombre d’élus reprochent au pouvoir de ne pas avoir mené à terme un projet de loi dédié à la cybersécurité. Ceci, alors qu’un texte sur-mesure, baptisé « résilience des infrastructures critiques et renforcement de la cybersécurité » est porté disparu dans le vortex du Parlement depuis le mois de mars 2025 et une première adoption au Sénat.
Outre le sénateur écologiste Thomas Dossus, qui accuse le gouvernement d’avoir « bloqué » le parcours du texte, ou le député macroniste Éric Bothorel pour qui cette dernière actualité doit « sonner l’alarme » et mener à un examen, c’est le député socialiste de l’Ardèche Hervé Saulignac qui mène la fronde, pointant un « attentisme irresponsable » de la part de l’exécutif.
« Force est de constater une négligence coupable de la part de la DGFIP (la Direction générale des finances publiques). Et on est en droit de se demander si l’attentisme du gouvernement pour se protéger n’a pas constitué une forme de provocation pour ceux qui se livrent à ces piratages. C’est clairement une opération d’opportunité pour un hacker. Le point de départ est quand même un simple vol d’identifiants », dénonce le député auprès du HuffPost, en évoquant une « fragilité organisationnelle et politique qui a permis cette opération ».
Concrètement, le texte adopté au Sénat est censé transposer trois directives européennes dans le droit national pour rehausser le niveau de cybersécurité au sein de l’UE. Le gouvernement français avait normalement jusqu’au 17 octobre 2024 pour le faire, à l’image des 20 États sur 27 qui s’y sont déjà pliés. Or, le projet de loi n’est toujours pas à l’ordre du jour au Palais Bourbon, malgré les alertes régulières.
« On a préféré divertir les Français… »
Cette transposition « aurait rendu obligatoires des mesures (MFA [l’authentification à plusieurs étapes pour se connecter à un service en ligne, ndlr], contrôle des accès, gouvernance du risque) qui auraient réduit la probabilité qu’un vol d’identifiants donne accès à des données fiscales et cadastrales », estime ainsi Hervé Saulignac. Qui souligne que « le hacker est quand même parvenu à utiliser semble-t-il un outil propre à la DGFIP pour faire son marché dans les données. C’est stupéfiant. »
En somme, pour cet élu spécialiste des enjeux du numérique, « le projet de loi cybersécurité, s’il avait été adopté, aurait au moins été dissuasif, et aurait en tout état de cause largement compliqué la tâche des pirates ». D’où les critiques en « négligence politique » qui affleurent. « On a préféré divertir les Français avec l’interdiction des réseaux sociaux aux ados ou par des textes mineurs mais bancals », plutôt que faire advenir un sujet essentiel qui « n’a pas d’écho dans le grand public », déplore le socialiste. Et de conclure : « La cybersécurité de l’argent publique n’a pas d’incidence sur la courbe de popularité de Macron. »
De fait, le gouvernement n’a pas une marge de manœuvre très large au Parlement, et il a été contraint d’ajouter à un agenda déjà chargé des textes rendus indispensables par l’actualité, à l’image des réponses apportées à l’affaire Lyhanna. Mais il a aussi fait le choix de pousser certains sujets, sur la pénalisation des rave parties par exemple, dont la portée réelle interroge par rapport à d’autres enjeux cruciaux (bien que moins populaires).
D’autant que d’autres projets sont en souffrance. Cette même critique émerge par exemple sur le front des incendies, au sujet de la protection des pompiers notamment. L’exécutif a ainsi attendu la semaine dernière, jeudi 13 août, et la menace de grève des soldats du feu, pour préciser le calendrier de sa réforme de la Sécurité civile, qui était pourtant dans les cartons depuis… le printemps 2024. Le rapport était prêt, mais sa traduction légale n’était manifestement pas prioritaire jusqu’à présent. Elle l’est finalement devenue, puisque le texte est désormais à l’ordre du jour de l’Assemblée pour l’automne prochain. La cybersécurité devrait suivre. Un peu tard.


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