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Après avoir demandé en mai 2025 aux promoteurs du projet éolien Des Neiges « secteur Ouest » de réviser leurs plans pour « éviter complètement » la construction d’éoliennes et de routes dans l’aire de répartition des caribous de Charlevoix, les experts du ministère de l’Environnement du Québec ont révisé leur position en octobre. Ils appuient maintenant la construction d’infrastructures dans « une section » de ce territoire.
Le « secteur Ouest » est la seule phase du mégaprojet éolien Des Neiges, évalué à trois milliards de dollars, qui n’a pas encore été autorisée par le gouvernement Legault. Ce dernier a donné le feu vert au « secteur Sud », qui empiète sur l’« habitat essentiel » d’une espèce d’oiseau en « situation critique », et au « secteur Charlevoix », qui pourrait menacer le rétablissement des derniers caribous de la région.
Dans le cas du « secteur Ouest », le projet implique la construction d’un maximum de 68 éoliennes, dont 23 pourraient être implantées dans l’aire de répartition des caribous de Charlevoix. Cette « aire » représente le territoire où il serait nécessaire de réduire les perturbations afin de favoriser la régénération de l’habitat forestier essentiel à leur survie.
Avant de pouvoir aller de l’avant, les promoteurs Hydro-Québec, Énergir et Boralex doivent suivre la procédure d’évaluation environnementale, qui impliquera un examen du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE).
Secteur à « éviter »
Dans le cadre de ce processus, des experts de la Direction de la gestion de la faune (DGF) du ministère de l’Environnement du Québec ont signé en mai 2025 un « avis » qui insiste sur la « grande importance » de la protection de l’habitat des cervidés au seuil de la disparition. « Malgré les arguments du promoteur voulant que la zone qui sera perturbée par le projet ait un taux de perturbation élevé, la DGF désire rectifier quelques faits. Un taux élevé de la dégradation de l’habitat du caribou ne justifie pas l’ajout d’une perturbation permanente dans cet habitat », y soulignent-ils.
« L’aire de répartition du caribou forestier de Charlevoix ayant atteint un taux de perturbation de plus de 90 %, la volonté du gouvernement du Québec est donc de restaurer cet habitat en y limitant l’ajout de perturbations temporaires et permanentes, telle que la mise en place d’éoliennes, mais aussi en y faisant des efforts de restaurations actives. Ce faisant, il serait contradictoire de justifier la mise en place de nouvelles perturbations en fonction de la qualité de l’habitat », expliquent les scientifiques.
« Considérant l’impact élevé de la construction et de l’exploitation d’un tel projet sur les caribous, la DGF demande que le projet soit revu afin d’éviter complètement la mise en place d’infrastructures à l’intérieur de l’aire de répartition de cette espèce. C’est-à-dire en évitant l’aire de répartition du caribou forestier », ajoutent-ils, en rappelant que « l’application des mesures d’atténuation et de compensation n’est pas l’avenue priorisée dans le cas de l’habitat du caribou forestier ».
« Compromis »
Cinq mois plus tard, dans un deuxième « avis » signé en octobre 2025, les experts du ministère réitèrent que la « protection intégrale de l’aire de répartition » exigerait d’éviter cette « aire », mais aussi de déplacer les éoliennes situées à moins de 4 km de ce territoire. Dans le cas du projet Des Neiges, ces structures devraient atteindre 200 mètres de hauteur, avec des pales de 80 mètres.
Dans un rayon de 4 km, les « répercussions » des éoliennes, dont leur bruit et leur mouvement, peuvent en effet provoquer « un abandon d’habitats optimaux ». Les scientifiques proposent toutefois « un compromis » en n’exigeant pas le déplacement des éoliennes situées dans cette « zone tampon » de 4 km.
Les scientifiques révisent aussi leur position en ouvrant la porte à la construction d’éoliennes dans l’aire de répartition des caribous. Cette option était pourtant à éviter dans l’« avis » de mai 2025, mais aussi dans les « avis » produits par le ministère dans le cadre de l’évaluation du « secteur Charlevoix » du projet Des Neiges.
« Grâce à la connaissance fine de cet habitat, la DGF est d’accord à ce qu’une section de cette aire de répartition soit occupée par des éoliennes », écrivent-ils, en présentant une carte qui « représente un habitat moins propice aux caribous compte tenu des peuplements forestiers présents (peuplement avec une abondance de feuillus). En plus d’être constitué de peuplements moins propices, ce secteur est en périphérie de l’aire de répartition ».
« Bénéfices globaux »
Ces « facteurs » ont conduit le ministère à « être plus souple dans la protection de ce secteur de l’aire de répartition de la population de caribous de Charlevoix ». Boralex dit ne pas avoir encore statué « sur le nombre final d’éoliennes potentiellement présentes dans les aires identifiées ».
Le Devoir a demandé au ministère si cette option est compatible avec le projet pilote promis par le gouvernement Legault pour tenter de sauver cette population aujourd’hui réduite à la captivité en raison de la destruction de son habitat par l’activité humaine. « En tenant compte des bénéfices globaux du projet de parc éolien Des Neiges, il pourrait être acceptable d’autoriser l’implantation d’éoliennes dans ce secteur, bien qu’il puisse y avoir des effets sur l’habitat potentiel du caribou de Charlevoix », a-t-on répondu par courriel.
Expert reconnu du caribou forestier et professeur au Département de biologie de l’Université du Québec à Rimouski, Martin-Hugues St-Laurent estime que les experts du ministère insistent néanmoins dans leurs avis sur la nécessité d’éviter toute construction de routes et d’éoliennes dans les habitats les plus propices de l’aire de répartition. Selon lui, tout ajout de perturbations dans ce territoire nuirait à l’objectif de réduire les « perturbations », qui est incontournable pour espérer un jour pouvoir remettre en liberté les caribous, dont la population captive augmente chaque année.
« Tant que nous n’avons pas de plan clair et officiel de la part du gouvernement pour restaurer l’habitat de la population de caribous de Charlevoix, il faut mettre la pédale douce sur les projets éoliens dans cette zone », souligne pour sa part la Société pour la nature et les parcs du Québec.


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