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Des évacués autochtones « se sentent rejetés par leur communauté d’accueil »

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«  Rejetés » , c’est le mot qu’utilisent aujourd’hui les évacués de la Première Nation de Kashechewan pour décrire leur situation à Niagara Falls après plus de six mois d’exil. Cette communauté dénonce les récents commentaires de hauts responsables au sein de la municipalité qui assimilent les personnes autochtones aux sans-abri. Elle qualifie ces propos de « décevants » et d’« extrêmement blessants ».

Lors d’une présentation devant le conseil municipal de Niagara Falls, Ken Todd, responsable du Plan d’action de la Ville pour les sans-abri, a mentionné à plusieurs reprises, les évacués de la Première Nation de Kashechewan.

D’après lui, les personnes autochtones accueillies dans la municipalité sont souvent assimilées à des sans-abris, une mauvaise chose pour l’essor de la communauté.

 Ils ne sont pas des sans-abri. Mais la première perception des gens, c’est de se dire : “oh, voilà un sans-abri” , lance-t-il.

Ken Todd devant le conseil municipal de Niagara Falls

Ken Todd juge que la situation des personnes évacuées issues des communautés autochtones n’est pas gérée correctement par les gouvernements fédéral et provincial.

Photo : Radio-Canada / Capture d'écran

Niagara Falls est le refuge depuis janvier de plus de 1 000 membres de la Première Nation de Kashechewan, évacués d’urgence de leur communauté en raison de problèmes avec l’usine de traitement des eaux, mais aussi des risques d’inondation.

Durant sa présentation, M. Todd a fait référence aux personnes évacuées, les qualifiant de  fardeau supplémentaire  pour la ville et ses services d’urgence.

 Nous voulons être le joyau du tourisme en Ontario. Et malheureusement, beaucoup de résidents et de gens verront des Autochtones dans les rues, se promener, en pensant que ce sont des sans-abri de cette communauté, et ce n’est pas le cas , poursuit-il.

Portrait de Tony Baldinelli chauve, qui sourit à la caméra.

Le conseiller Tony Baldinelli estime que la ville de Niagara Falls devrait décider si elle accepte les évacués ou pas.

Photo : Ville de Niagara Falls

 Nous devons avoir notre mot à dire sur toutes ces personnes qui viennent à Niagara Falls et séjournent dans nos chambres. Je veux dire, ça ne peut tout simplement pas se passer ainsi, vous savez, il y a beaucoup de chambres en Ontario. Je ne suis pas sûr de comprendre pourquoi nous sommes spécifiquement ciblés , affirme pour sa part Tony Baldinelli, conseiller municipal.

Pour résoudre le problème, M. Todd suggère que la municipalité crée un centre qui réunira tous les services sociaux de la ville, dont les personnes sans-abris, mais également les évacués auront besoin.

 Je suis sûr qu’il y a un endroit quelque part, que ce soit un ancien campus ou autre, qui pourrait être utilisé comme centre de formation et centre d’évacuation, avec toutes les installations sur place de façon permanente, plutôt que de les loger dans des hôtels. […] Je pense simplement que ce n’est pas juste pour les résidents , explique-t-il.

Des gens se dirigent vers un avion.

La plupart des 2300 habitants de la communauté ont été évacués vers d’autres localités de l’Ontario, notamment Timmins, Kapuskasing, Kingston et Niagara Falls. (Photo d’archives)

Photo : Avec l’autorisation de Tyson Wesley

Une idée bien reçue au sein du conseil.

 C’est quelque chose que je trouve fabuleux, votre plan a du sens, mais le financement doit être à des niveaux [de gouvernements] plus élevés , lance la conseillère Ruth-Ann Nieuwesteeg.

Des commentaires  blessants 

Dans une déclaration, le chef de Kashechewan précise que les commentaires effectués lors de la réunion du conseil ont créé  un sentiment de rejet chez de nombreux évacués au sein de leur communauté d’accueil. 

Portrait du chef Hosea Welsey.

Le chef de Kashechewan, Hosea Wesley, croit qu'il faudrait plutôt s'assurer qu'aucune autre communauté des Premières Nations ne soit contrainte à une évacuation de plusieurs mois. (Photo d'archives)

Photo : Jonathan Migneault/CBC

 Notre peuple n’est pas sans abri. Nous sommes des déplacés. Il y a une différence importante. 

 Que ce soit intentionnel ou non, ces déclarations renforcent des stéréotypes préjudiciables à l’égard des peuples autochtones , affirme à son tour, Lyndsay Stephen-Joo, membre de la Première Nation de Kashechewan.

Selfie de Lyndsay Stephen-Joo, portant des lunettes, assise dans une voiture

Lyndsay Stephen-Joo quittera Toronto, où elle est réfugiée en ce moment, pour se rendre à Niagara Falls afin de manifester son indignation.

Photo : Gracieuseté de Lyndsay Stephen-Joo

 Niagara Falls accueille fièrement des millions de visiteurs du monde entier chaque année et se félicite d’être l’une des destinations touristiques phares de l’Ontario. Pourtant, lorsque des familles des Premières Nations sont déplacées indépendamment de leur volonté, elles sont présentées comme un problème , renchérit-elle.

 [Ces commentaires] sont extrêmement blessants. 

Les membres de la Première Nation de Kashechewan ont prévu une marche pour manifester leur indignation le 3 juillet.

Alvin Fiddler, grand chef de la Nation Nishnawbe Aski, a également réagi face à ces propos qu’il qualifie de  dénigrants .

 Il est révoltant que la principale préoccupation de la Ville soit son image publique, et non les soins et le bien-être de ces personnes déplacées qui ont été contraintes de chercher refuge loin de chez elles , souligne-t-il.

Un homme assis, réfléchit lors d'une conférence.

Alvin Fiddler trouve la situation révoltante. (Photo d'archives)

Photo : CBC / Michelle Allen

 Nous n’avons pas entendu ces préoccupations lorsque nos membres occupaient les chambres d’hôtel vacantes lors de l’évacuation de Kashechewan en janvier, mais il semble que ce soit une autre histoire maintenant que la saison touristique est arrivée , ajoute le grand chef.

 Si Niagara Falls estime que ses ressources municipales sont mises à rude épreuve en raison de l’afflux d’évacués, c’est alors aux gouvernements fédéral et provincial qu’il incombe d’apporter leur aide , précise de son côté Leo Friday, le grand chef du conseil de Mushkegowuk.

Sur la scène politique, le néo-démocrate provincial Sol Mamakwa s’est joint à la Première Nation de Kashechewan pour exprimer son indignation.

 Ces propos sont extrêmement préjudiciables. Il est extrêmement décevant de voir des élus locaux se servir des personnes évacuées comme boucs émissaires au lieu de s’atteler à trouver de véritables solutions, indique-t-il.

Ni l’Ontario ni Ottawa n’ont offert de commentaires.

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