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Des électeurs s’opposent à l’utilisation de l’IA en campagne électorale

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À quelques semaines des élections municipales en Ontario, de plus en plus d’affiches générées par l’intelligence artificielle font leur apparition dans les rues du Grand Sudbury. Même si certains électeurs n’en ont que faire, d’autres sont troublés. Ils vont même jusqu’à douter de l’intégrité des candidats qui utilisent l’IA pour battre campagne.

 Dès que je vois ça, je perds immédiatement tout intérêt , lance Rylee Peltier, une artiste de la région du Grand Sudbury, dans le Nord de l'Ontario.

Elle admet que les affiches générées par l’IA peuvent complètement changer ses intentions de vote à l’égard de la personne qui s’en sert.

Portrait de Rylee Peltier portant un pancho dans une rue du Grand Sudbury.

Rylee Peltier s’insurge de la montée de l’utilisation de l’intelligence artificielle au détriment des artistes comme elle.

Photo : Radio-Canada / Orphée Moussongo

Je trouve que c’est paresseux. Si vous n’arrivez pas à être créatif avec votre affiche, comment comptez-vous l’être pour trouver des solutions pour la ville ?

Nicolas Green, autre résident du Grand Sudbury, partage le même avis.

 Tu veux quelqu’un qui va faire l’effort, pas quelqu’un qui va utiliser un programme ou un quick workaround [solution de contournement] pour rendre les choses plus faciles , dit-il.

Portrait de Nicolas Green dans une rue du Grand Sudbury

Nicolas Green se dit plus enclin à soutenir un candidat qui n'utilise pas l'intelligence artificielle.

Photo : Radio-Canada / Orphée Moussongo

M. Green estime que cette pratique n’encourage pas les artistes, qui ont pris du temps pour maîtriser leur art.

 J’ai des amis qui ont fréquenté pendant des années pour être capables de faire ça. […] Si tu veux avoir des graphiques, quelque chose de beau, tu peux payer le monde pour ça, pas payer un programme artificiel pour être capable de faire tout ton travail , ajoute-t-il.

Pour Richard Grotek, qui réside également dans le Grand Sudbury, l’intelligence artificielle devrait être bannie dans tous les paliers de gouvernement,  que ce soit municipal, provincial ou fédéral .

 Les politiciens devraient être francs et dire la vérité, et en ce qui me concerne, l’IA n’est qu’un moyen de plus pour tromper les gens, et de nos jours, on ne sait plus ce qui est vrai , précise-t-il.

Portrait de Richard Grotek

Richard Grotek estime que tous les paliers de gouvernement devraient s'abstenir d'utiliser l'intelligence artificielle.

Photo : Radio-Canada / Orphée Moussongo

Les candidats s’expliquent

Le candidat à la mairie du Grand Sudbury, Bob Johnston, est plutôt fier de ses affiches, qu’il juge représentatives du changement.

 Les gens demandent du changement dans le Grand Sudbury et ça, c’est un vrai changement. Les enfants les adorent, tout le monde les adore. Ça donne le sourire aux gens , dit-il.

Une autre affiche de Bob Johnston générée par l'intelligence artificielle.

Bob Johnston rappelle qu’aucune des informations sur ses affiches n’est fausse, étant donné qu’il est réellement paraplégique.

Photo : Radio-Canada / Jimmy Chabot

Ils sont nombreux à admettre que les coûts ont beaucoup influencé leur choix.

Je dépense des milliers de dollars de ma propre poche pour me présenter à cette élection. J’ai eu tout ça gratuitement.

L'affiche de campagne électorale de Tay Butt

Tay Butt admet que les coûts élevés qui sont liés à la production de matériel promotionnel l'ont encouragé à utiliser des affiches générées par l'intelligence artificielle.

Photo : Tay Butt

Tay Butt, candidat dans le quartier 10, abonde dans le même sens.

 L’utilisation de ces outils nous permet de maintenir un standard professionnel de communication visuelle et de jouer à armes égales, sans pour autant détourner de précieux fonds de l’engagement direct auprès des électeurs , peut-on lire dans une de ses déclarations.

Les deux candidats tracent toutefois une ligne claire. L’intelligence artificielle reste pour eux un outil strictement visuel qui ne dicte aucune de leurs propositions électorales.

Un outil qui peut s’avérer utile

Dave Anctil, chercheur en éthique, en gouvernance et en démocratie affilié à l’Observatoire sur les impacts sociétaux de l’IA (OBVIA), ne conteste pas l’utilisation de l’intelligence artificielle pour du matériel promotionnel.

Selon lui, cette pratique  égalise un peu les chances entre les candidatures et les partis marginaux plus pauvres et les candidatures et les partis plus prestigieux, plus riches . Mais sa perception change en fonction des paliers de gouvernement.

 [En ce qui concerne] les grandes formations politiques, comme au niveau provincial, je ne suis pas en accord parce qu’ils ont les moyens de se payer des humains pour faire le travail , soutient-il.

portrait d'un homme en chandail bleu.

Pour Dave Anctil, l'IA peut s'avérer bénéfique pour la démocratie au palier municipal.

Photo : Magasin Général

M. Anctil reconnaît qu’il est impossible d’identifier si un candidat qui se sert de l’intelligence artificielle ne l’utilise pas pour générer des idées et promesses de campagne.

Toutefois, il estime que son utilisation  peut égaliser et ouvrir la voie politique à des gens qui n’ont pas nécessairement des connaissances qui sont particulièrement importantes en politique .

 Je veux qu’il y ait des gens de toutes les perspectives qui se disent : ­­’’je veux quand même embarquer en politique, même si je n’ai pas encore toutes les connaissances nécessaires''. L’IA peut aider à compenser ce manque de connaissances là , indique-t-il.

 Ces citoyennes et citoyens là vont amener de nouvelles idées qui vont nous permettre d’avoir des assemblées politiques qui sont beaucoup plus représentatives, plus réalistes et peut-être plus sensibles aussi à différentes réalités , renchérit-il.

M. Anctil précise toutefois que tout parti et candidat aux élections a le devoir de s’assurer que des humains compétents révisent tous les contenus qu’ils utilisent, surtout quand on parle de texte d’information.

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