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Des dizaines d’anciens étudiants étrangers d’un collège privé montréalais sous la loupe de Québec affirment que leur dossier de résidence permanente a été mis sur pause en raison d’allégations de possibles fraudes concernant des stages. Devant le silence radio des autorités qu’ils ont contactées sans relâche pendant des mois, ils sont en proie à une grande détresse alors qu’ils craignent de perdre leur statut.
Dans les derniers mois, le ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration (MIFI) a convoqué en entrevue 93 diplômés du Collège supérieur de Montréal (CSM) pour vérifier la validité des informations relatives à leurs études et à leurs stages fournies dans leur demande de certificat de sélection du Québec. L’Unité permanente anticorruption a elle aussi rencontré et interrogé ces dernières semaines plusieurs étudiants et des membres de l’administration du collège dans le cadre d’une enquête entourant ce collège, a appris Le Devoir (voir autre texte).
Problèmes de santé mentale, crise d’anxiété, prise de somnifères et d’antidépresseurs. Qu’ils aient été rencontrés par le MIFI ou pas, la quinzaine de diplômés qui se sont confiés au Devoir ont témoigné de leur détresse, voyant que leur dossier de résidence permanente stagne et que leur permis de séjour temporaire va expirer. Certains craignent de ne pas être en mesure de subvenir aux besoins de leurs enfants, d’autres ont mis sur pause leur projet d’en avoir.
Diplômé du CSM en secrétariat médical, Zakaria El Khadiri a déposé sa demande de résidence permanente à l’automne 2024, il y a un an et demi. Il s’en souvient, c’était en même temps que son coloc. Sauf que ce dernier, qui a étudié dans un autre collège privé, a déjà obtenu sa résidence permanente. « Moi, je n’ai même pas reçu l’accusé de réception », déplore M. El Khadiri.
Ce qui choque toutefois le plus ce jeune homme diplômé en 2023, c’est le silence radio des autorités qu’il a tenté de joindre à maintes reprises. « Le plus dur, c’est qu’on n’a pas de retours, on n’a pas d’explications. Ils nous laissent juste comme ça. C’est vraiment stressant. » Le Marocain d’origine estime ne pas avoir été traité avec équité, notamment parce qu’il n’a pas été convoqué par le MIFI pour avoir la chance de s’expliquer. « Parce que je sais qu’il y a des gens qui ont passé l’entrevue et, ensuite, leur dossier a avancé », dit-il. « Donc, pourquoi, eux, ils ont eu l’opportunité de passer [en entrevue], alors que nous, on n’a pas eu l’opportunité de le faire ? »
Un silence radio qui inquiète
Au Québec depuis six ans, Hicham El Masfioui, diplômé en 2023, est particulièrement stressé : il n’a aucune nouvelle de son dossier de résidence permanente, alors que son permis de travail expire en juillet prochain. « On ne peut pas voyager. On ne peut rien faire. On est comme dans une prison ici. Je ne sais pas ce que je vais faire de ma vie maintenant. »
Sans accusé de réception pour un dossier déposé en octobre 2024, Isabel Cristina Santibanez dit, à l’instar de la quinzaine d’anciens étudiants interviewés par Le Devoir, avoir frappé à toutes les portes pour demander des explications. « J’ai essayé avec les députés, j’ai essayé avec IRCC, où j’ai appelé plus d’une fois, j’ai envoyé des webforms, j’ai eu un avocat qui a posé des questions pour moi. J’ai contacté le MIFI… rien. C’est comme si on n’a pas d’aide de personne », lance la Colombienne d’origine, qui a obtenu son diplôme du CSM en 2023.
Ni le MIFI, ni Immigration Canada ne rapportent de problèmes avec son dossier. « Le plus frustrant, c’est que quand vous appelez, personne dit qu’il y a un problème. Le gouvernement provincial dit “non, c’est un retard du gouvernement fédéral”. Mais le gouvernement fédéral, lui, ne dit rien », raconte l’ingénieure de formation.
Cette mère de famille, qui dit avoir déjà dépensé 30 000 $ pour son recrutement, ses études et ses démarches d’immigration, déplore que sa vie soit complètement bloquée. « J’aimerais, par exemple, acheter une maison. Je ne peux pas. Et aucune banque ne va me prêter de l’argent non plus. Donc, depuis cinq ans, je n’ai pas de vie. Je vis à moitié. »
Interrogé par Le Devoir, Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) ne s’est pas prononcé sur les délais, pas plus qu’il n’a confirmé que Québec lui avait demandé de suspendre le traitement des dossiers des ex-étudiants du CSM en lien avec une possible fraude.


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