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Des chercheurs du Centre de cancérologie Princess Margaret, à Toronto, mènent actuellement un vaste essai clinique visant à déterminer si un test sanguin permet de détecter de minuscules quantités de cellules cancéreuses résiduelles après le traitement des patients.
La chercheuse principale, le Dre Lillian Siu, explique que des études à plus petite échelle menées à travers le monde ont montré que l’ADN cancéreux pouvait être présent dans le sang en quantités trop faibles pour être détectées par tomodensitométrie.
Cependant, des études à grande échelle sont nécessaires pour le prouver. C'est pourquoi le Dr Siu et son équipe recrutent 7000 patients ayant terminé leur radiothérapie, leur chimiothérapie ou tout autre traitement anticancéreux, et analysent leur sang afin de détecter des quantités microscopiques d'ADN tumoral.

Le Centre de cancérologie Princess Margaret, où sont basés les chercheurs. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Michael Wilson
Si le test — également appelé biopsie liquide — s’avère positif, ces patients pourraient bénéficier de traitements expérimentaux supplémentaires, tels que de nouvelles immunothérapies, afin d’essayer d’empêcher la réapparition du cancer.
Si le test est négatif, Mme Siu explique que cela pourrait indiquer que le cancer a bel et bien disparu et que les séances supplémentaires de chimiothérapie ou de radiothérapie pourraient être interrompues afin de minimiser les effets secondaires liés à des traitements inutiles.
L’essai SHERLOCK
Mme Siu précise que l’essai — baptisé SHERLOCK — vise également à déterminer si l’efficacité du test sanguin varie selon les différents types de cancer.
Depuis une dizaine d’années, les cliniciens et les chercheurs s’intéressent aux biopsies liquides pour détecter les minuscules traces de cancer restantes après le traitement — ce que l’on appelle la maladie résiduelle moléculaire —, a-t-elle expliqué.
Après avoir prélevé des échantillons sanguins et les avoir mis en corrélation avec la réapparition effective ou non du cancer chez les patients, on dispose désormais d’une quantité substantielle de données montrant que chez les personnes présentant une maladie résiduelle moléculaire positive, le risque de récidive du cancer est très élevé, a déclaré Mme Siu, responsable scientifique au Centre Peter Gilgan de recherche sur le dépistage précoce du cancer de l’hôpital.
Elle a toutefois souligné que, bien que prometteuses, les analyses sanguines visant à prédire la récidive du cancer ne constituent pas encore la norme de soins à ce stade et que SHERLOCK ainsi que d’autres essais cliniques doivent être menés à bien.
Un essai pendant cinq ans
Les chercheurs prévoient de suivre les patients pendant au moins cinq ans, a précisé la Dre Siu : Il faut un suivi à long terme pour savoir si le test permet réellement de prédire les résultats à long terme, a-t-elle expliqué. S’arrêter après un an ne sera donc pas suffisant en termes de suivi.
Mme Siu espère que l’essai SHERLOCK contribuera à rassembler les données nécessaires pour apaiser l’une des plus grandes craintes des patients atteints d’un cancer : celle de voir leur cancer réapparaître.
Chez la plupart des patients, même après un traitement curatif, chaque fois qu’ils reviennent à la clinique pour un suivi, je peux voir la peur dans leurs yeux.

Les patients craignent souvent le retour du cancer, explique la Dre Siu.
Photo : iStock
Beaucoup poussent un soupir de soulagement lorsque leurs tomodensitométries ne révèlent rien d’anormal, a-t-elle ajouté, mais l’angoisse refait alors surface lors de leur examen suivant: (ils se demandent): quand serai-je enfin libéré de cette crainte que le cancer réapparaisse?
Gillian Vandekerkhove, professeure adjointe à l’Université de Colombie-Britannique qui étudie le cancer de la vessie et les biopsies liquides, a indiqué que de nombreuses recherches dans ce domaine se sont concentrées sur des types spécifiques de cancers.
Elle a salué l’approche globale de l’essai SHERLOCK, qui porte sur plusieurs types de cancers.
Cela va fournir une mine d’informations et d’échantillons de biobanque que les chercheurs pourront continuer à explorer, a commenté Mme Vandekerkhove, qui ne participe pas à l’étude. Le fait qu’il s’agisse d’une initiative menée par des Canadiens est vraiment formidable pour les chercheurs canadiens.
Un essai clinique qui présente des limites
Je pense qu’il est important de reconnaître qu’il s’agit d’une étude observationnelle. Elle va nous aider à mieux comprendre la technologie et ses meilleurs cas d’utilisation, mais d’autres essais seront nécessaires, a énoncé Mme Vandekerkhove. Ce n’est pas quelque chose que nous sommes prêts à mettre en pratique en milieu clinique.
Pourtant, Paul Lonergan, un Torontois de 68 ans chez qui un cancer de la gorge a été diagnostiqué il y a environ trois ans, estime que cette recherche a déjà porté ses fruits pour lui.
Passionné de hockey, M. Lonergan a expliqué que son médecin de famille avait d’abord pensé qu’il s’agissait d’un virus — mais qu’il avait fini par cracher du sang sur la glace.
Après avoir consulté un ORL, il a été orienté vers le Centre de cancérologie Princess Margaret, et a suivi une radiothérapie et une chimiothérapie.

Paul Lonergan, qui souffrait d'un cancer, a participé à l'étude.
Photo : Radio-Canada / Alba Noemi Giasson Alonso
M. Lonergan a également participé à un autre essai clinique, appelé l’étude MERIDIAN, qui visait à détecter la présence de cellules cancéreuses résiduelles dans le sang de patients ayant été traités pour des cancers de la tête et du cou.
Le médecin m’a dit : "J’ai une bonne nouvelle et une petite mauvaise nouvelle. La tumeur a disparu. Il reste des fragments de cancer dans votre sang, ce qui est la mauvaise nouvelle, mais nous disposons d’un médicament expérimental qui pourra probablement vous aider", a-t-il raconté.
M. Lonergan a été traité pendant plusieurs mois supplémentaires avec un nouveau médicament d’immunothérapie dans le cadre de cette étude.
Ça a carrément marché, a-t-il déclaré. J’ai passé trois bilans de santé tous les six mois, je viens de terminer le troisième et ils m’ont dit que tout allait bien.
M. Lonergan a encore du mal à avaler et boit des smoothies au lieu de manger des aliments solides —mais il a pu remonter sur la glace à mesure qu’il se rétablit lentement.
Je me fiche désormais de faire partie des meilleurs joueurs ou non. Je vais simplement sur la glace pour m’amuser et faire de l’exercice, et ça fait du bien d’être dehors et de faire ça, a-t-il assuré.
L’étude SHERLOCK est financée par un don de 50 millions $ de la Fondation Peter Gilgan.


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