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L'Alberta connaît une croissance rapide du secteur des centres de données. Or, plusieurs projets d’envergure échappent aux processus d'évaluation d'impact environnemental (EIE), malgré une consommation d'eau importante pour le refroidissement et le recours au gaz naturel pour leur alimentation énergétique.
Au début du mois d’avril, CBC/Radio-Canada apprenait que la province avait permis au projet Wonder Valley, le centre de données consacré à l’intelligence artificielle (IA) du célèbre investisseur Kevin O'Leary, d’éviter l’évaluation d'impact environnemental
En mars, le journal The Albertan affirmait que deux autres projets ne seraient pas tenus de réaliser des évaluations d'impact formelles : les centres de données de Synapse, à Olds, ainsi que le projet Mihta Askiy, mené par la Première Nation Crie de Woodland.
Ce que nous observons, c'est un nouveau secteur très gourmand en ressources, notamment en ce qui concerne la production d'électricité et la consommation d'eau, affirme David Wright, professeur agrégé à la Faculté de droit de l'Université de Calgary. Pourtant, il remarque que les gouvernements, tant en Alberta qu'au fédéral, font marche arrière et s'en remettent à la foi pour que tout se passe bien.
Ce secteur s'inscrit dans un paysage juridique où il n'existe pas de cadre clairement adapté pour le gérer.
L’approbation sans évaluation d'impact environnemental s'explique en partie par un changement de stratégie visant à accélérer le développement d'infrastructures, observe David Wright. Pour répondre aux pressions économiques mondiales, [les gouvernements] ont choisi de simplifier et de raccourcir les évaluations environnementales, en passant par des lois comme le la Loi visant à bâtir le Canada ou de protocoles d'entente.
Une centrale au gaz naturel dans sa cour
Bek MacIntosh habite à Olds, où Synapse prévoit de construire un campus conçu pour consommer jusqu'à 12 gigawatts (GW), soit l'équivalent de la demande énergétique moyenne de la ville d'Edmonton.
Pour alimenter le complexe, une centrale thermique au gaz naturel serait construite sur le site même, selon la demande déposée auprès de l'Alberta Utilities Commission (AUC).
Ce projet suscite une opposition locale en raison de sa proximité avec les habitations.
Même si le gaz naturel est une technologie que [nos autorités réglementaires] maîtrisent, il y a une raison pour laquelle on n'installe pas ce genre d'infrastructure à côté des habitations, explique Bek MacIntosh. Personne ne construit de centrales au gaz naturel à proximité des maisons. Pourtant, chaque centre de données d'envergure va nécessiter une centrale au gaz.

Synapse Data Center prévoit de rendre disponible à ses clients 100 mégawatts de puissance de ses serveurs dès juin 2026 et d'accroître la livraison de puissance chaque mois.
Photo : Synapse Data Center
Actuellement, les centres de données sont traités comme des centrales électriques en vertu de la loi, selon Darren Bourget, gestionnaire de l'assurance réglementaire du ministère.
Lors d'un conseil municipal à Olds, il a dit : La centrale électrique en soi n'aura rien d'inhabituel pour nous, et la puissance de secours ne sera pas non plus si inhabituelle.
Il a tout de même ajouté : Je l'avoue , je suis un vieux de la vieille, alors je ne sais pas trop en quoi consiste tout ce truc de l'IA.
Pour Bek MacIntosh, qui est aussi mère de famille, les inquiétudes demeurent. Les composantes qui accompagnent ce projet génèrent des émissions polluantes. L'impact sonore va également être un problème colossal.

Bek MacIntosh s'est présentée à l'assemblée publique sur les centres de données avec la peluche de sa fille.
Photo : Gracieuseté de Bek MacIntosh
Le juriste David Wright soutient pour sa part que les évaluations environnementales ne sont pas un obstacle bureaucratique, mais un outil d'optimisation. Cet aspect semble parfois lent et inefficace. Pourtant, à long terme, cela renforce l'acceptabilité sociale et réduit les risques de litiges.
Même lorsqu'une EIE n'est pas déclenchée, les promoteurs doivent tout de même obtenir tous les permis requis, fournir des évaluations techniques détaillées sur les impacts sur l'air, la terre et l'eau, et démontrer que le projet peut être construit et exploité en toute sécurité, précise pour sa part le porte-parole du ministère de l'Environnement et des Aires protégées, Ryan Fournier.
Pour ce qui est du projet Mihta Askiy, avant l'entrée en vigueur de l’accord entre l'Alberta et le Canada, qui permet d'accélérer le processus réglementaire, l’Agence fédérale d'évaluation d'impact du Canada a conclu que le projet ne nécessitait aucune évaluation supplémentaire, estimant que les impacts seraient gérés par les cadres législatifs existants, tels que la Loi sur les pêches ou la Loi sur les espèces en péril.
Avec les informations de Rukhsar Ali


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