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L'industrie forestière n'est pas au bout de ses peines. Des coups durs sont encore à venir, particulièrement dans la région, estiment des entrepreneurs. Quelque 300 acteurs du milieu se sont réunis vendredi matin dans un colloque forestier, à Dolbeau-Mistassini, pour faire le point sur la situation.
Avec les tarifs douaniers et une surtaxe qui peuvent atteindre 45 %, la crise dans l’industrie forestière frappe durement la région, qui n’a pas fini d’en subir les contrecoups. C'est du moins la conclusion des acteurs qui étaient présents au colloque au Complexe immobilier St-Jean.
À ce jour, Joyce Dionne se considère chanceux de pouvoir continuer à faire travailler ses 15 employés. Son entreprise de Saint-Honoré, BRM Dionne, n'a jamais eu à fermer ses portes depuis le début de la crise forestière.

Joyce Dionne possède BRM Dionne à St-Honoré.
Photo : Radio-Canada / Johanie Bilodeau
On a adopté un genre de plan à long terme avec Boisaco pour avoir un plan de survie. C'est dur aussi parce que le prix du bois est pareil, même si tu le vends au Canada ou aux États-Unis, explique M. Dionne.
Un marché imprévisible
Fermetures sporadiques, difficulté de rétention de main-d'œuvre : plusieurs entreprises subissent toutefois de plein fouet les répercussions des tensions commerciales. C'est le cas de Forestière R.B.E. Lasalle dans Lanaudière.
J'ai travaillé, dans la dernière année, 20 semaines sur une possibilité moyenne habituelle de 35 à 40 semaines. Une grosse baisse de production. On ne sait jamais ce qui va arriver, ce qui nous pend au bout du nez dans le fond, déplore Benoît Lasalle, propriétaire de Forestière R.B.E. Lasalle et président de l’Association québécoise des entrepreneurs forestiers.

Benoît Lasalle est président de l'Association québécoise des entrepreneurs forestiers.
Photo : Radio-Canada / Johanie Bilodeau
Pour ces entrepreneurs, le principal enjeu est l'imprévisibilité du marché.
Avec le prix du diesel, avec tout ce qui s'annonce, la guerre qui dure, c'est incertain. C'est l'incertitude qui est le pire en ce moment pour tout le monde.
Même si son entreprise n’a pas eu à fermer temporairement pour survivre, M. Dionne est conscient que les conditions du marché pourraient le forcer à prendre une décision difficile dans les prochaines semaines.
On ne passera pas à côté aussi, nous autres. Il va sûrement avoir des arrêts, laisse-t-il tomber.
Une crise artificielle
Pour le président du Conseil de l'industrie forestière du Québec, Michel Vincent, la crise qui sévit est particulière, puisqu'elle est artificielle. Il souligne que les tensions commerciales et le protectionnisme américain sont en cause.
Vous êtes, ici, dans le nord du Lac-Saint-Jean, extrêmement frappé. La région est menacée de fermetures d'usines, que ce soit dans la pâte et papier, que ce soit dans le sciage, énumère M. Vincent.

Michel Vincent est président du Conseil de l’industrie forestière du Québec.
Photo : Radio-Canada / Johanie Bilodeau
À ses yeux, quelques signes sont malgré tout encourageants et permettent d'envisager une reprise graduelle du marché de bois. Il cite notamment la croissance de la demande pour les constructions dans le secteur de l'habitation.
Par exemple, poursuit-il, en 2008, c'était une crise économique et c'était l'effondrement du marché d'habitation. On n'avait plus besoin de deux par quatre. Tandis que, présentement, la demande pour la construction est encore là.
La fin de la crise ne se pointe cependant pas à l'horizon, indiquent les entrepreneurs. Ils demandent au gouvernement de prioriser la forêt et d'offrir des programmes d'aide aux entrepreneurs.
Lors du dépôt de son plus récent budget, la Coalition avenir Québec (CAQ) a prévu d'injecter 365 millions de dollars sur cinq ans aux industries forestières pour leur donner un peu d'oxygène. La mesure avait été accueillie favorablement par les acteurs de l'industrie, qui s'attendent toutefois à plus.
D'ici la fin de la crise, les entrepreneurs peuvent au moins s'accrocher à une chose : l'espoir.
Je pense que l'entrepreneur forestier a un gros défaut, c'est d'être optimiste, tranche Benoit Lasalle.


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