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L'industrie du luxe ne sait décidément plus quoi inventer pour attirer l'attention, justifier l'exclusivité de ses produits et transformer l'innovation technologique en récit spectaculaire pour faire grimper les prix. Vous pensiez avoir tout vu en matière de mode ? Vous êtes loin du compte. La maison Giquello a en effet mis aux enchères un sac à main présenté comme étant, tenez-vous bien, en... « cuir de T. rex ». Le prix : entre 300 000 et 500 000 euros tout de même.
???? The first 'T. rex leather’ bag up for auction in Paris
Scientists and fashion brand Enfin Levé have brought the first “T. rex leather” bag to life, something sure to delight Jurassic Park fans. The unique bag will be auctioned on June 11 in Paris, with an estimated price… pic.twitter.com/lLAzFVtSkr
Pour justifier cette somme exorbitante, la maison d'enchères Drouot où se passe la vente met en avant une « prouesse scientifique » et un « objet sans précédent dans l'histoire du luxe ». Mais qu'en est-il vraiment ?
La notion de « cuir » totalement revisitée
Alors, autant le dire tout de suite, il ne s'agit aucunement d'un sac fait à partir d'une peau de dinosaure réelle. Si certaines études paléontologiques ont bien annoncé avoir retrouvé des « traces de peau » de dinosaures, il ne s'agit en rien de peau conservée au sens classique, mais uniquement d'empreintes ou de structures minéralisées d'anciens tissus mous.
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Ces découvertes sont toutefois notables puisqu'elles nous renseignent sur de nombreux détails concernant la peau des dinosaures : leur texture, la présence d'écailles ou de plumes, parfois des traces de pigmentation (indirectes)... Dans tous les cas, ces témoignages fossiles ne peuvent être utilisés pour fabriquer du cuir.
Edmontosaure dont l'un des membres antérieurs comporte encore des fragments de peau fossilisés étonnamment bien conservés. © Drumheller et al. 2022, Plos One, CC BY 4.0
D'ailleurs, le mot « cuir » a un sens bien précis. Il s'agit d'une matière obtenue par transformation de la peau d'un animal, généralement par tannage. Normalement, le cuir est donc issu d'un animal vivant. Actuellement, on parle souvent de « cuir » pour des matières synthétiques ou végétale qui imitent le cuir traditionnel. Mais dans le cas du sac « en cuir de T. rex » il s'agit encore d'autre chose. Mais ce qui est sûr, c'est qu'il ne s'agit pas de cuir au sens stricte du terme.
Du collagène fossile comme source d’inspiration
Ici, le matériau utilisé est en réalité un biomatériau cultivé en laboratoire. Des scientifiques ont fait pousser des cellules de peau grâce à des processus connus (et déjà utilisés dans d'autres domaines, notamment le médical) de culture cellulaire et d'ingénierie tissulaire. Jusque-là, rien de nouveau. Le storytelling à visé marketing autour du T. rex vient du fait que cette culture cellulaire a été réalisée en s'inspirant de fragments fossiles de collagène retrouvés dans un os de tyrannosaure.
Le collagène est une protéine structurelle essentielle, présente chez presque tous les animaux, y compris chez les dinosaures. Elle participe à la solidité, à l'élasticité et à la cohésion des tissus qui composent le corps. On en trouve ainsi un peu partout, dans les os, les tendons, les ligaments, le cartilage, les vaisseaux sanguins, et la peau bien sûr. Dans le domaine des biomatériaux, le collagène est une protéine intéressante qui sert notamment à réaliser des greffes de peau artificielle.
Fibres de collagène provenant des tissus pulmonaires d'un mammifère. © Louisa Howard, Wikimedia Commons, domaine public
En paléontologie, l'avantage du collagène est qu'il est plus résistant que d'autres protéines. Il est donc possible de le retrouver sous formes de traces partiellement dégradées dans certains fossiles. Du collagène fossile a ainsi été extrait d'un fémur de T. rex découvert dans le Montana il y a 25 ans. Il aurait servi de source d'inspiration moléculaire pour synthétiser une peau artificielle... qui n'a certainement rien à voir avec celle que portait les T. rex il y a 66 millions d'années.
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Car le collagène, ce n'est pas de l'ADN. Il ne porte aucune information génétique. En réalité, qu'il provienne d'un T. rex, d'un humain, d'une vache ou d'un extraterrestre, le collagène reste... du collagène. Si elles existent, les différences entre espèces sont en effet faibles à l'échelle fonctionnelle. Dans le cas du collagène très fragmentaire issu d'un fossile de T. rex, cela ne permet aucunement de recréer ou d'exploiter une identité biologique particulière.
Un sac en « biomatériau synthétique inspiré de données paléontologiques »
Les caractéristiques biologiques de cette soi-disant « peau de T. rex » restent donc largement hypothétiques, même si elles peuvent s'appuyer sur des études paléontologiques sérieuses.
Finalement, le sac en « cuir de T. rex » n'est rien d'autre qu'un sac en « biomatériau synthétique inspiré de données paléontologiques » (c'est bien moins vendeur) dans lequel ce dinosaure n'a probablement aucune valeur fonctionnelle réelle. Si ce sac représente certainement une belle démonstration de biotechnologie avancée, c'est aussi et surtout une opération de marketing scientifique.


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