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À douze jours de l’élection provinciale, Amnistie Internationale Canada francophone (AICF) a émis un communiqué de presse accusant le PQ de « dérive autoritaire » parce que des militants et responsables du parti ont porté plainte au Collège des médecins contre la psychiatre Marie-Eve Cotton, une militante de gauche très active sur les réseaux sociaux. AICF conclut que ses droits à la liberté d’expression, à la liberté académique et de défendre les droits humains de la docteure ont été bafoués; que le PQ a tenté de la faire taire et de lui nuire.
En quoi le fait qu’une simple citoyenne critique un parti politique sur les réseaux sociaux est-il problématique? En fait, ce qui se trouve au cœur de la controverse, c’est qu’elle intervient parfois en mettant de l’avant sa qualité de psychiatre.
À noter que les plaintes déposées au Collège des médecins du Québec contre Marie-Eve Cotton (et qui, selon AIFC, démontrent une manœuvre de harcèlement orchestrée par le PQ) étaient de nature déontologique. Elles ne visaient pas des actes médicaux auprès de patients, mais ses publications politiques sur les réseaux sociaux (notamment sur Facebook).
En 2023, l’ancien chef du PQ Jean-François Lisée a déposé une première plainte, affirmant que Cotton l’avait qualifié de « raciste », « transphobe » et « homophobe » et qu’elle avait écrit qu’il souffrait d’une « grave insécurité personnelle » et devait faire un « gros travail psychologique ». Selon Lisée, le problème n’était pas qu’elle l’ait critiqué politiquement suite à une chronique sur « l’éducation à la sexualité et au genre », mais qu’elle l’ait fait en tant que psychiatre, en formulant ce qu’il considère comme des diagnostics psychologiques à distance. En bout de ligne, la plainte a été rejetée. Lisée a demandé une révision de la décision, en vain.
Est ensuite venue, en décembre 2025, une plainte de 106 pages provenant de la directrice générale du PQ, Génifère Legrand. La plainte inclut environ 90 pages de captures d’écran des publications de Cotton qui visent personnellement Paul St-Pierre Plamondon et sa famille, associent PSPP à Donald Trump et les positions du PQ à l’extrême droite. Le Collège des médecins a conclu qu’il n’y avait pas de manquement déontologique et l’a rejetée. Legrand a demandé une révision, qui a également été rejetée.
En 2026, la comédienne Isabelle Blais et son conjoint Pierre-Luc Brillant, tous les deux candidats péquistes, ont déposé une plainte commune. Le point de départ était une publication Facebook relayée par Isabelle Blais que Cotton a interprétée comme étant associée à « la théorie du grand remplacement ». En réaction au texte partagé, Cotton a écrit que « ça résulte dans la même haine, les mêmes Alexandre Bissonnette, la même détérioration de la cohésion sociale ». Brillant a réagi, suite à quoi Cotton a publié un autre statut Facebook visant à dénoncer ses commentaires.
Blais et Brillant ont estimé que les propos de Cotton les associant à l’attentat de la mosquée de Québec en 2017 portaient atteinte à leur réputation. Comme les deux précédentes, cette plainte a été rejetée par le Collège des médecins. Leur demande de révision a aussi été rejetée.
Reste une autre plainte, déposée par un collègue médecin de Cotton dont le nom a été caviardé. Elle portait sur une publication Facebook dans laquelle Cotton laissait entendre que Paul St-Pierre Plamondon était « trop fragile » et manquait « trop d’humilité pour être un chef d’État ».
La personne plaignante a expliqué: « Je m’inquiète que de tels propos, provenant d’une psychiatre connue, puissent nuire à la crédibilité de notre profession et créer l’impression qu’un diagnostic ou une évaluation clinique est posé dans l’espace public à des fins de débat politique ». Le Collège a également rejeté cette plainte.
Si on récapitule, AICF a pris l’initiative d’émettre un communiqué pour dénoncer quatre plaintes qui n’ont entraîné aucune sanction – accusant du même coup le PQ de « dérive autoritaire ». Si Marie-Eve Cotton a le droit à sa liberté d’expression, des personnes associées de près ou de loin au Parti québécois ont parfaitement le droit de porter plainte. Ensuite, on peut arguer qu’il serait beaucoup plus judicieux d’ignorer Cotton et de la laisser entretenir sa chambre à écho néo-progressiste que de lui accorder ce surcroît d’attention.
Si le Collège des médecins avait retenu des manquements, Cotton n’aurait pas automatiquement perdu son droit de pratique. Dans un dossier qui concerne des propos tenus sur Facebook et non un acte médical envers un patient, le scénario le plus réaliste aurait été une mesure éducative ou une réprimande plutôt qu’une radiation. Par contre, si le syndic avait estimé qu’il y avait une véritable infraction déontologique, il aurait pu décider d’acheminer une plainte devant le conseil de discipline. Et si elle avait été reconnue coupable, elle aurait pu faire l’objet des sanctions prévues au Code des professions, allant de la réprimande et de l’amende – de 2,500 $ à 62,500 $ par infraction – jusqu’à la radiation, à la limitation ou à la suspension de son droit d’exercer, voire à la révocation de son permis ou de son certificat de spécialiste.
Ce qu’il faut retenir, c’est que les plaintes ne constituaient pas elles-mêmes une sanction contre Cotton. Elles déclenchaient potentiellement une enquête – rien de plus. Et si elles avaient donné lieu à des sanctions, celles-ci auraient été imposées par le Conseil de discipline du Collège des médecins, et non par le Parti Québécois.
Cette affaire est d’autant plus ironique à l’époque de la « culture de l’annulation » (de l’anglais : cancel culture), pratiquée par cette frange de la gauche à laquelle appartient Marie-Eve Cotton, et qui cherche à exclure « ceux qui pensent mal » de l’espace public et à les faire congédier. AICF se soucie-t-il des personnes à sensibilité conservatrice ou « de droite » qui subissent l’intimidation et les tentatives d’ostracisme de la part des militants de gauche?
Pour beaucoup de gens s’identifiant à la droite nationaliste, le PQ reste un parti de centre gauche trop mou sur les questions identitaires et pas suffisamment conservateur. Son rapprochement avec « l’extrême droite », sa « dérive autoritaire » décriée par AICF, ça n’existe que dans la lubie de la gauche radicale.
Le véritable scandale n’est-il pas l’ingérence d’un OSBL dans la campagne électorale pour nuire au parti qui mène dans les sondages? Amnistie internationale espère peut-être que sa notoriété l’aidera a impacter l’opinion publique. Si cette affaire expose quelque chose, ce n’est pas une quelconque dérive autoritaire du PQ, mais qu’Amnistie Internationale est davantage une ONG militante de gauche radicale qu’un organisme de défense des droits humains.


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