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Depuis 1979, grâce à ces moules près de Dieppe on sait si la mer est polluée ou non

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Début mars 2026, des prélèvements de moules ont été réalisés à Varengeville-sur-Mer. Un geste répété depuis plus de 40 ans, pour suivre l’évolution des contaminants du littoral.

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Ifremer moule à Varengeville

Le 4 mars 2026, des techniciens de l’Ifremer ont réalisé un prélèvement de moules sur la plage de Varengeville-sur-Mer (Seine-Maritime). ©Photo fournie à la rédaction

Par Marie LEMAISTRE Publié le 21 mars 2026 à 20h32

Le 4 mars 2026, deux techniciens du laboratoire de l’Ifremer, l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer, ont pris la route depuis la station de Port-en-Bessin en direction de la plage de Varengeville-sur-Mer (Seine-Maritime). Après deux heures de trajet, ils ont procédé à un prélèvement de moules sur la plage.
Un geste répété depuis 1979, qui permet de prendre le pouls de l’état environnemental du littoral normand. Dans le cadre du réseau Rocch, le réseau d’observation de la contamination chimique du littoral, l’Ifremer assure au niveau national la surveillance de la concentration des contaminants dans les tissus de moules et d’huîtres, récoltés sur différentes stations disséminées sur l’ensemble du littoral métropolitain. Le réseau existe, sous un autre nom, depuis 1974. La surveillance a débuté en 1979.

Varengeville : l’un des plus vieux points de prélèvement

« Varengeville, c’est un de nos plus vieux points de prélèvement, puisqu’on y va depuis 1979. On a des chroniques de données très longues », précise Florence Menet, chercheuse en chimie marine et en écotoxicologie et correspondante locale du réseau Rocch pour le bassin Seine-Normandie.

La commune du bord de mer fait partie des quatre points de prélèvement du littoral normand, avec Veules-les-Roses, Yport et Antifer. « On essaie d’avoir des points répartis un peu partout, et au moins un par masse d’eau identifiée par la directive-cadre sur l’eau, pour pouvoir évaluer leur état », souligne cette dernière.

Ces prélèvements, réalisés par l’ensemble des laboratoires environnement-ressources de l’Ifremer, permettent de suivre l’évolution de la contamination des mollusques et d’évaluer le bon état écologique du milieu marin.

« Depuis les années 1980, des programmes de type Mussel Watch, surveillance des moules, ont commencé à être déclinés dans différents pays. Les bivalves filtrent l’eau de mer, de sorte qu’ils se trouvent exposés à tout ce qu’elle contient. Ils vont bioaccumuler un certain nombre de ces contaminants dans leurs tissus », détaille la chercheuse.

« Un gros effort pour tout le laboratoire »

Les fréquences de prélèvement ont évolué au fil du temps avec l’évolution des connaissances, passant d’un prélèvement par saison à un seul par an, réalisé entre mi-janvier et mi-mars. « Cette période hivernale correspond au maximum de concentration annuelle dans les mollusques. Ensuite, ils entrent dans leur période reproductive : ils vont pondre, perdre une partie de leur matière et des contaminants. C’est pour ça qu’on a choisi cette fenêtre. C’est une campagne par an et un gros effort pour tout le laboratoire », clarifie-t-elle.

Les prélèvements suivent un protocole standardisé afin d’être ensuite comparés. Au moins une trentaine de moules entre 35 et 55 mm sont collectées au pied des falaises, sur l’estran, puis placées dans des pochons plastiques et étiquetées avec l’heure de ramassage.

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Une fois de retour au laboratoire, elles sont épurées pendant 18 à 26 heures. « On les laisse dans l’eau de mer pour qu’elles puissent relarguer le contenu de leur estomac, car ce n’est pas ce qu’on cherche à mesurer. On veut savoir ce qu’elles ont assimilé dans leur chair », développe Florence Menet.

Une fois décoquillée, la chair de chaque individu est placée dans un pilulier. « On les congèle, et on envoie le tout en analyse », poursuit-elle.

Une dizaine d’huîtres de culture ont également été prélevées à Veules-les-Roses au début du mois de février. « Varengeville est dédiée aux suivis environnementaux. Veules, c’est uniquement sanitaire. Là, c’est facile : on prend directement dans les poches », sourit cette dernière.

Du mieux sur le plan environnemental

Les analyses seront réalisées dans les prochains mois et portent sur une liste de contaminants prédéfinie. Un laboratoire de l'Ifremer basé à Nantes s'occupe des métaux, tandis que l'analyse des contaminants organiques est réalisée ailleurs. " Globalement, les concentrations de plusieurs métaux ont diminué depuis les années 1980, et sont aujourd'hui bien inférieures aux seuils réglementaires. Le mercure, lui, se maintient à un niveau stable depuis les années 1990 ", développe Florence Menet, chercheuse en chimie marine et en écotoxicologie et correspondante locale du réseau Rocch pour le bassin Seine-Normandie.
Pour les contaminants organiques, la tendance est également plutôt à la baisse, notamment pour les substances interdites comme les polychlorobiphényles, les PCB. Dans cette famille de contaminants, certains polluants restent présents à des niveaux élevés, au point de déclasser des masses d'eau au titre de leur état chimique dans la directive cadre sur l'eau. " Ce sont des contaminants persistants, très peu biodégradables, qui mettront très longtemps à disparaître ", souligne Florence Menet.
S'y ajoutent des pesticides qui s'accumulent dans les chairs, des retardateurs de flamme comme les polybromodiphényléthers, ou encore le tributylétain, longtemps utilisé comme antifouling sur les coques de bateaux avant d'être interdit, qui demeure lui aussi présent dans le milieu marin.

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