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Depuis 10 ans, Morberg House aide à reconstruire des hommes un jour à la fois

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Il y a dix ans, la fondatrice et directrice générale de l’organisme d’aide aux personnes en situation d'itinérance St. Boniface Street Links, Marion Willis, faisait le pari d’ouvrir Morberg House pour offrir une alternative aux centres de réhabilitation traditionnels.

Nous n’avions pas d’argent, pas de véritable plan, se souvient-elle. Marion Willis a plutôt compté sur sa longue expérience dans le milieu communautaire et sur les enseignements de Faron Hall, le « héros sans-abri », dont elle était proche.

En une décennie, le pari s'est révélé gagnant. La maison de transition pour hommes aux prises avec des problèmes de dépendance et de santé mentale affiche un taux de réinsertion de 63 %, selon les chiffres de l’organisme.

À ses débuts, Morberg House accueillait principalement des hommes issus de la rue. Aujourd’hui, l'établissement accompagne également des personnes en liberté conditionnelle et, parfois, des jeunes qui quittent le système de protection de l’enfance. Leur point commun : un parcours cabossé qui les a poussés vers la toxicomanie.

Un programme novateur et un cadre familial

En dix ans, ils sont des centaines à avoir franchi le seuil de cette maison bleue du boulevard Provencher, à Winnipeg. Les résidents y séjournent au moins quatre mois, et peuvent y rester jusqu’à deux ans. Certains y trouvent une tranquillité et une sécurité qu’ils n’avaient jamais connues auparavant.

L’environnement accueillant des lieux fait d’ailleurs partie intégrante de l’approche thérapeutique. De l’extérieur, rien ne laisse deviner que cette demeure n’est pas tout à fait comme les autres. De l’intérieur non plus, à l'exception du bureau réservé à l’administration.

Une fois la porte franchie, on entre dans un salon dont les murs sont ornés de peintures autochtones réalisées par un ancien résident, puis dans la cuisine. Les lieux sont propres et rangés, agrémentés d’une télévision et d’un aquarium. Les quinze chambres se trouvent au deuxième et au troisième étage, à l'abri des regards et des caméras, pour préserver l’intimité des occupants.

L'intérieur du salon, avec des divans, une télévision et un aquarium.

À l'intérieur de la maison, le salon n'est pas vraiment différent de celui d'une maison familiale.

Photo : Alexia Boyer

À l’arrière, la cour abrite une table, des fauteuils et un potager où poussent des fleurs, du basilic et des poivrons. Ce cadre chaleureux contribue à éviter de raviver les traumatismes liés aux pensionnats pour Autochtones ou aux foyers d’accueil, contrairement aux environnements de soins plus institutionnels.

La prise en charge diffère elle aussi des cures traditionnelles. Alors que ces dernières durent généralement un mois avant de renvoyer les participants dans leur milieu d'origine, Morberg House ne fixe aucune date de sortie à l’avance.

Le programme ne met pas l'accent sur le traitement, mais bien sur le rétablissement.

Un potager avec des fleurs, des herbes aromatiques et des légumes.

«Il y a quelque chose de thérapeutique avec le jardinage», pense Marion Willis.

Photo : Alexia Boyer

Le parcours s’appuie sur la méthode RE/ACT, Recovery Education for Addictions and Complex Trauma, ou Éducation au rétablissement pour les dépendances et les traumatismes complexes. Celle-ci vise à amener les participants à comprendre les causes profondes de leur consommation, notamment en identifiant leurs traumatismes et les schémas comportementaux qui en découlent.

C'est un programme très intensif, mais il fonctionne, témoigne Matthew Murray-Raske, arrivé à Morberg House en 2019.

Il souligne toutefois que la réussite repose avant tout sur la volonté des participants de s'engager dans la démarche. Depuis cinq ans, cet ancien résident travaille d'ailleurs à Morberg House comme gestionnaire d’hébergement.

Le soutien que j'ai reçu ici est, de loin, le meilleur que j'aie jamais connu dans ma vie et que j'aie pu observer autour de moi.

Il s'agit d'un programme profondément thérapeutique, qui s'attaque véritablement à la cause profonde des raisons pour lesquelles une personne a commencé à consommer des substances, notamment en ce qui concerne les origines d'une mauvaise santé mentale et la manière dont celle-ci finit par se manifester, parfois sous la forme de troubles psychiques, explique Marion Willis.

Matthew Murray-Raske assis à son bureau, en train de travailler sur un ordinateur.

Matthew Murray-Raske est fier du chemin accompli, et s'appuie maintenant sur son expérience pour aider d'autres hommes.

Photo : Alexia Boyer

Briser le cycle de la dépendance

Dès leur arrivée, les résidents suivent une thérapie de groupe intensive, de 9 h à 11 h 30, du lundi au vendredi. Ce volet dure quatre mois, et certains le reprennent une seconde fois. Suivent deux mois de consultations individuelles axées sur les besoins spécifiques de chacun.

Tout au long du parcours, les participants peuvent également suivre une thérapie cognitivo-comportementale et participer à des séances d'art-thérapie. En parallèle, ils réapprennent les gestes du quotidien : cuisiner, faire le ménage ou entretenir le potager.

Au moment de leur départ, les résidents doivent suivre une formation, occuper un emploi ou s’engager dans le bénévolat. Selon les statistiques de l’organisme, 74 % d'entre eux quittent la maison avec un travail à temps plein.

Notre objectif est aussi de briser tous les cycles de dépendance, y compris vis-à-vis de l'aide sociale. Nous cherchons à rendre ces personnes autonomes pour qu'elles deviennent des membres actifs de la société.

Un tableau blanc avec un schéma psychologique, et des masques peints.

Le programme de Morberg House s'appuie sur une thérapie de groupe, mais aussi sur des activités comme de l'art-thérapie.

Photo : Alexia Boyer

Les anciens résidents bénéficient d’un suivi jusqu’à deux ans après leur sortie. Certains ne quittent d'ailleurs jamais vraiment l'organisme, puisqu'ils y sont embauchés.

Morberg House est devenue un véritable vivier qui forme de nombreux professionnels. Ils deviennent des modèles et des mentors qui inspirent les autres, se réjouit Marion Willis.

Plusieurs hommes accompagnés par la maison font ainsi partie de l’équipe aujourd’hui. Ils aident à leur tour des personnes qui traversent des épreuves similaires à celles qu’ils ont eux-mêmes surmontées. En mettant à profit leur connaissance du terrain et de ses codes, ils deviennent une source d'inspiration pour ceux qu’ils ont côtoyés autrefois.

Marion Willis devant une peinture autochtone.

Marion Willis souhaite faire changer la façon dont la société traite l'itinérance et la dépendance.

Photo : Alexia Boyer

Changer d’échelle

Malgré ses 72 ans, Marion Willis ne compte pas prendre sa retraite de sitôt. Elle espère voir le modèle de Morberg House faire des émules à plus grande échelle.

Je me suis engagée dans cette cause pour changer la manière dont nous abordons la santé mentale, la toxicomanie et le sans-abrisme dans cette ville, avec l'espoir que le modèle puisse être répliqué dans la province et partout au Canada.

L’organisme prévoit notamment d'adapter cette prise en charge aux femmes et aux adolescents. Il vient d’ailleurs d’acquérir un deuxième bâtiment dans le centre-ville de Winnipeg.

Pour Mme Willis, il est urgent de transformer en profondeur l'accompagnement des populations vulnérables.

Les systèmes en place ne sont pas à la hauteur des défis actuels. Ils fonctionnent par services et par compartiments étanches. Or, les gens ne vivent pas leur vie comme ça, tranche-t-elle.

Un projet porté par la communauté

L’aventure de Morberg House a commencé par un don d’importance : celui de la maison elle-même. La philanthrope Gail Morberg, cofondatrice de la compagnie aérienne Calm Air avec son mari, en a fait l’acquisition pour en faire don à St. Boniface Street Links.

Depuis dix ans, l’organisme s’appuie largement sur la générosité du public et du milieu des affaires. Outre les dons en argent, des entrepreneurs offrent gratuitement leurs services pour des travaux, tandis qu’une épicerie de quartier fournit régulièrement des denrées alimentaires.

En raison de son approche non conventionnelle, la fondatrice explique recevoir peu de subventions publiques directes réservées au milieu communautaire, bien que l’organisme qui chapeaute Morberg House touche certains financements gouvernementaux, notamment de la Ville de Winnipeg et de la province du Manitoba.

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