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Bien manger, bouger, éviter de s'isoler... Ces recommandations pour lutter contre la dégradation des capacités cognitives, vous les connaissez bien. Elles ont fait l'objet de multiples travaux scientifiques et sont aujourd'hui diffusées largement. Mais pour diminuer le risque de démence ou retarder le plus possible son apparition, faut-il compter uniquement sur sa volonté individuelle ?
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Non, à en croire l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Dans une mise à jour de son Plan d'action mondial sur la réponse de santé publique à la démence (2017-2025), l'institution propose plusieurs axes d'action dont la mise en œuvre implique aussi une réorganisation des services de santé et une volonté politique forte.
Près de 1 cas de démence sur 2 attribuable à des facteurs modifiables
À l'échelle mondiale, la démence touche plus de 57 millions de personnes. Sous l'effet de divers facteurs, ce chiffre augmente chaque année, en particulier dans les pays à revenu faible ou intermédiaire.
« Alors que le monde continue de chercher un remède contre la démence, nous savons déjà que jusqu'à 45 % du risque de démence peut être attribué à des facteurs de risque modifiables, dont beaucoup sont communs aux maladies non transmissibles, déclare en introduction Dévora Kestel, la directrice du département des maladies non transmissibles et de la santé mentale à l'OMS. Grâce à des systèmes de santé solides et centrés sur la personne, les pays peuvent mieux prévenir, détecter et prendre en charge la démence et ses facteurs de risque au fil du temps, tout en répondant aux besoins changeants des individus à mesure qu'ils vieillissent. »
Ces lignes directrices, actualisées avec les derniers résultats des études, proposent des mesures pratiques « fondées sur des données probantes » pour réduire le risque de démence et favoriser la santé cérébrale. Plusieurs axes d'actions sont abordés.
Particules fines, monoxyde de carbone, dioxydes d’azote… L’exposition à la pollution de l’air, un facteur de risque majeur de démence contre laquelle il est urgent d’agir. © carballo, Adobe Stock
Les bonnes habitudes à prendre, mais pas que…
Le premier concerne - on ne pouvait pas y couper ! - « les bonnes habitudes » pour protéger son cerveau. L'OMS y apporte quelques nouveautés et mises à jour, comme l'encouragement à participer à des activités de stimulation cognitive (jeux de société, puzzles, activités de groupe, lecture, médias radio et TV, pratique d'un instrument de musique...) ou à sociabiliser (activités de groupe, implication dans des associations...).
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Concernant l'alimentation, elle abandonne les recommandations concernant la complémentation (vitamines B et E, oméga-3 ou multivitamines et minéraux) pour donner davantage de poids aux régimes qui ont fait leurs preuves (régime méditerranéen, régime DASH) et qui sont riches en vitamines, minéraux, anti-inflammatoires et antioxydants, bonnes graisses, mais pauvres en sucre et en graisses saturées, etc.
Le deuxième axe encourage à mieux diagnostiquer, traiter, soigner et soutenir les personnes affectées par un certain nombre de maladies ou problèmes de santé. On y retrouve l'obésité qui affecte aujourd'hui 16 % de la population mondiale, la perte auditive, dont une meilleure prise en charge pourrait permettre de prévenir 7 % des cas de démence, ou encore la perte de vue qui contribuerait à 2 % des cas de démence.
La pollution de l’air, nouveau levier d’action
Grande nouveauté du rapport : l'ajout, dans le troisième axe, de la pollution de l’air. 99 % de la population mondiale y serait exposée, selon l'OMS. En cause : le trafic routier, notamment des véhicules diesel et essence, les industries manufacturières, le chauffage au bois, au fioul et au gaz, les carrières, etc., qui libèrent dans l'air des particules (PM10) et particules fines (PM2,5), des NOx (oxydes d'azote), du monoxyde de carbone (CO), etc.
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On sait par exemple que les particules fines sont capables de traverser la barrière hématoencéphalique et de déclencher une neuro-inflammation et un stress oxydatif, deux voies impliquées dans la neurodégénérescence.
Selon l'OMS, « si la pollution atmosphérique était totalement éliminée au niveau de la population, on estime qu'environ 3 % des cas de démence pourraient être évités ». Garantir un air pur relève en effet d'une responsabilité sociétale plutôt qu'individuelle. Or on sait aujourd'hui que les interventions visant à réduire l'exposition à la pollution de l’air (amélioration de l'urbanisme, contrôle des émissions liées au trafic, politiques en faveur des énergies propres...) peuvent avoir un impact considérable.
Davantage d’interventions « multidomaines »
Le quatrième et dernier axe concerne la prise en compte des facteurs de risque de démence dans une perspective globale, car « de multiples risques coexistent souvent et s'accumulent tout au long de la vie ». Il s'agirait de promouvoir les interventions « multidomaines » qui ont fait la preuve de leur efficacité pour prévenir le déclin cognitif : l’activité physique, l'entraînement et les activités cognitives, la prise en charge de la dépression, une alimentation saine, le suivi des risques métaboliques et vasculaires, les activités sociales et le sevrage tabagique.
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« Les personnes atteintes de troubles cognitifs légers (TCL) sont celles susceptibles de tirer le plus grand profit des interventions multidomaines, peut-on lire dans le rapport. Bien que les bénéfices soient modestes, ces interventions peuvent ralentir le déclin cognitif et aider les individus à préserver leur autonomie plus longtemps. »
Un message d'espoir, donc. Gageons maintenant que les États s'emparent de ces recommandations, car si la vie moderne a sapé nos capacités cognitives, une action volontariste pour réellement renverser la vapeur.


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