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Emmanuel Macron prononce ce lundi un discours très attendu sur une possible contribution de la dissuasion nucléaire française à la sécurité du continent européen. L’Europe cherche une alternative au parapluie américain face aux menaces russes, indépendamment aux récents événements au Moyen-Orient.
Luc Chaillot - Aujourd'hui à 07:00 - Temps de lecture :
Jusqu’où la France est-elle prête à partager l’arme atomique avec ses alliés européens ? Cette question sensible sera au cœur du discours très attendu d’Emmanuel Macron sur la contribution de la dissuasion nucléaire française à la sécurité du continent européen ce lundi sur l’île Longue à Brest, la base qui sert de port d’attache aux quatre sous-marins nucléaires lanceurs d’engins français. « Ce sera un moment important du mandat. Il y aura sans doute des bascules et des évolutions assez significatives », prévient l’Élysée.
Le débat sur l’européanisation de la dissuasion française est relancé par la menace russe et les doutes sur le parapluie américain sous Donald Trump. Les alliés européens de la France commencent à réfléchir à une alternative aux garanties qui étaient offertes par les États-Unis au sein de l’Otan. « Les intérêts vitaux de la France ont désormais une dimension européenne », déclarait déjà Emmanuel Macron en février 2020. « Pourrait-on aller plus loin, en particulier si le désengagement américain prenait corps ? Pour être efficace, la dissuasion doit rester sous contrôle national », rappelle l’amiral Bernard Rogel, ancien chef d’état-major particulier du président français, dans une note de la Fondation Robert-Schuman. Emmanuel Macron a été accusé par le Rassemblement national et La France insoumise de porter atteinte à la souveraineté nationale lorsqu’il a évoqué l’élargissement de la dissuasion française.
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« On ne peut pas mettre 27 doigts sur le bouton »
« On ne peut pas mettre 27 doigts sur le bouton mais on peut imaginer des dispositifs faisant rentrer les partenaires dans le processus décisionnel », avance Yannick Pincé, maître de conférences en histoire contemporaine à l’université Sorbonne-Nouvelle.
La France et le Royaume-Uni, les deux seules puissances nucléaires du continent, se sont déjà entendus en 2025 pour une coordination de leurs forces nucléaires si un recours à l’arme ultime s’avère nécessaire. L’arsenal britannique est très dépendant des États-Unis sur le plan matériel, contrairement à celui de la France. « Le groupe de coordination avec les Britanniques peut servir de modèle pour une entente bilatérale avec d’autres pays », estime Yannick Pincé qui s’attend à des annonces « assez timides » d’Emmanuel Macron. Le chancelier allemand Friedrich Merz a annoncé récemment avoir « entamé des discussions avec le président français au sujet de la dissuasion nucléaire européenne ». La France pourrait inviter ses alliés européens à participer aux exercices réguliers de l’armée de l’air pour simuler des frappes nucléaires aériennes.
Le retour d’une composante terrestre ?
Les 290 têtes nucléaires françaises offrent un arsenal très puissant mais leur nombre soulève parfois des interrogations. « C’est psychologique. La question d’augmenter leur nombre peut se poser pour aller vers une dimension européenne, d’autant qu’il manque dans notre arsenal des armes nucléaires de faible puissance pour riposter à une éventuelle frappe russe de 10 kilotonnes – c’est moins qu’Hiroshima – dans un territoire désert pour provoquer une sidération politique », souligne Yannick Pincé.
La France qui a consacré près de sept milliards d’euros à sa dissuasion nucléaire en 2025 (soit 12 % du budget de la défense) en a-t-elle les moyens ? « On ne fabrique plus de matière fissile depuis les années 1990 et le stock français est un secret bien gardé », souligne le spécialiste de l’histoire du nucléaire militaire. La France pourrait aussi recréer une composante terrestre après l’abandon des missiles stratégiques du plateau d’Albion et des missiles mobiles de courte portée à la fin des années 1990.
La dissuasion nucléaire repose désormais sur quatre sous-marins lanceurs d’engins en cours de renouvellement et des forces aériennes stratégiques. « Retrouver une composante terrestre mobile aurait du sens si on va vers une européanisation de l’arsenal français. Ces armes pourraient être déployées dans les pays alliés », explique Yannick Pincé.


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