La France a une carte à jouer en Arabie saoudite alors que les États-Unis refusent d’intervenir directement contre les Houthis qui frappent quotidiennement le royaume. L’armée française a déployé des « effectifs » et du matériel militaire sur place. En contrepartie, la France sécurise ses approvisionnements en carburants.

Luc Chaillot - Aujourd'hui à 20:35 - Temps de lecture :

Emmanuel Macron a rencontré Mohammed ben Salmane (MBS), prince héritier et dirigeant de facto de l’Arabie saoudite, lors de sa visite éclair à Riyad qui n’était pas inscrite au programme officiel. Photo Sipa/Saudi Press Agency apaimages Emmanuel Macron a rencontré Mohammed ben Salmane (MBS), prince héritier et dirigeant de facto de l’Arabie saoudite, lors de sa visite éclair à Riyad qui n’était pas inscrite au programme officiel. Photo Sipa/Saudi Press Agency apaimages

L’étape surprise d’Emmanuel Macron en Arabie saoudite au dernier jour de sa tournée dans les pays du Golfe a été tenue secrète jusqu’à la dernière minute. Le président français était le premier chef d’État occidental à se rendre dans le royaume saoudien depuis qu’il est visé par des attaques des Houthis du Yémen. Les frappes de ces alliés de l’Iran ciblent notamment les installations pétrolières de l’Arabie saoudite et les aéroports civils, dont celui de Riyad, la capitale.

Incapable de se défendre seul, le régime saoudien a été en partie lâché par Donald Trump, qui refuse d’intervenir directement contre les Houthis malgré un partenariat pétrole contre sécurité remontant à 1945. Le président américain « voit les Saoudiens comme des losers [des perdants, NDLR] », explique Frédéric Encel, professeur à Sciences Po Paris. « L’Arabie saoudite est incapable d’utiliser des matériels militaires parmi les plus performants au monde qui coûtent des dizaines de milliards de dollars », ajoute le géopolitologue auteur de La guerre mondiale n’aura pas lieu (Odile Jacob).

« Une épée de Damoclès »

Monopolisés par le détroit d’Ormuz, les États-Unis sont aussi confrontés à un manque de matériel militaire. « L’Arabie saoudite aurait consommé 86 % de ses intercepteurs de drones et de missiles lors des frappes iraniennes mais le problème concerne également les Américains, qui veulent préserver leur stock disponible dans la perspective d’une nouvelle opération de haute intensité contre l’Iran qui prend forme pour après les élections de mi-mandat aux États-Unis », explique David Rigoulet-Roze, chercheur à l’Institut français d’analyse stratégique (Ifas). « Donald Trump fait peser une épée de Damoclès sur l’Arabie saoudite, qui se tourne vers d’autres pays. La France a une carte à jouer après avoir démontré qu’elle soutenait le royaume sans faillir », estime Frédéric Encel. « Des contrats militaires vont suivre. Les tensions vont prévaloir dans la région tant que le régime iranien sera en place », ajoute-t-il.

Emmanuel Macron a annoncé en septembre le déploiement « de soldats, de radars et de systèmes de défense » français pour protéger le terminal pétrolier de Yanbu. Ce port sur la mer Rouge est le débouché de l’oléoduc permettant à l’Arabie saoudite de contourner le détroit d’Ormuz. Le président français a confirmé l’arrivée sur place « d’effectifs » et de « capacités » militaires depuis huit jours, dans une logique strictement défensive.

Le GIGN en 1979

En 1979, la France était déjà venue au secours de l’Arabie saoudite, qui ne l’a pas oublié. Cinq gendarmes du GIGN avaient aidé le royaume à reprendre le contrôle de la grande mosquée de La Mecque où des fondamentalistes saoudiens avaient pris en otages des pèlerins lors d’une insurrection qui aurait fait des milliers de victimes.

En contrepartie de son soutien militaire, la France espère vendre de l’armement mais aussi sécuriser ses approvisionnements en carburants. « La confiance entre la France et ses partenaires du Golfe lui permet de s’assurer des volumes d’hydrocarbures indispensables à son économie, notamment pour le gazole », souligne David Rigoulet-Roze. Emmanuel Macron est reparti de Riyad avec l’engagement de l’Arabie saoudite de prolonger « aussi longtemps que nécessaire » les 95 000 tonnes de gazole par mois promis pour octobre et novembre. Ces volumes s’ajoutent aux 200 000 tonnes par mois pour lesquels les Émirats arabes unis et Bahreïn se sont engagés lors de la visite d’Emmanuel Macron.

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