Pierre angulaire du cinéma français (mais aussi de la télévision et des plateformes de streaming), le Centre national du cinéma (CNC) est au cœur des attaques de l’extrême droite. Pourtant l’institution est défendue, notamment pour son cercle vertueux autour des financements. Explications.

Thibault Liessi avec Nathalie Mauret - Hier à 20:05 | mis à jour hier à 20:06 - Temps de lecture :

Le budget du CNC est en très grande partie alimenté par des taxes spécifiques touchant le secteur de l’audiovisuel. Montage photos Sipa/Chang Martin/Syspeo Le budget du CNC est en très grande partie alimenté par des taxes spécifiques touchant le secteur de l’audiovisuel. Montage photos Sipa/Chang Martin/Syspeo

Depuis quelques années, le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) est devenu l’une des cibles de choix de l’extrême droite. Durant les débats du dernier budget à l’automne 2025, plusieurs amendements du Rassemblement national (signés Matthias Renault, député de la Somme) ont demandé la suppression du CNC. Le député soutenait que le CNC « vient automatiquement financer des projets souvent idéologiquement orientés et uniformes pour une rentabilité nulle ». Si les amendements ont été retoqués, l’institution reste dans le viseur du RN.

Pourtant, le CNC, présidé depuis l’hiver 2025 par Gaëtan Bruel, a de nombreux défenseurs dans tous les camps, y compris… à Canal+. Dimanche, lors du même événement où Maxime Saada, président du directoire de Canal+, a lancé la polémique sur les signataires de la tribune anti-Bolloré, ce dernier avait auparavant réaffirmé son soutien à l’institution : « Il n’y a pas de cinéma français tel qu’il est aujourd’hui sans le CNC. Je le défendrai publiquement, il est fondamental pour l’exception culturelle. » Même défense ardente du côté de la ministre de la Culture Catherine Pégard, dans une lettre ouverte parue peu avant Cannes : « Notre filière du cinéma et de l’image animée est l’un de nos fleurons industriels, riche de 300 000 emplois ; la France a le parc de salles de cinéma le plus dense au monde, qui fait du cinéma un puissant facteur d’équité territoriale. Tout cela, c’est en particulier au CNC que nous le devons. »

Gaëtan Bruel, président du Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) depuis l’hiver 2025. Photo Sipa/Olivier Juszczak

Gaëtan Bruel, président du Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) depuis l’hiver 2025. Photo Sipa/Olivier Juszczak

Si le CNC est un établissement public dépendant du ministère de la Culture, son fonctionnement est unique. Son budget est en très grande partie alimenté par des taxes spécifiques touchant le secteur de l’audiovisuel, notamment la taxe spéciale additionnelle (TSA), prélevée à hauteur de 10,72 % sur le montant des billets de cinéma (sur tous les films, français comme étrangers), mais aussi via des taxes sur les abonnements de télévision ou de services de streaming. Ce ne sont pas les contribuables qui sont prélevés pour financer le CNC, mais les spectateurs, ce qui n’est pas exactement la même chose.

Du Chant des forêts au Marsupilami

Le CNC a collecté 877,5 millions d’euros en 2025 pour 772,4 millions d’euros redistribués sous forme d’aides (dont 315,5 millions pour le cinéma). Des aides qui vont, entre autres, à la distribution de films, aux effets visuels ou à la création de musiques originales. Parmi les films projetés cette année à Cannes ayant été aidés, on trouve autant La Vie d’une femme (en compétition officielle) que le très attendu La Bataille de Gaulle : L’âge de fer. En dehors de Cannes, le CNC aide des films de toute taille, du documentaire vosgien Le Chant des forêts à la grosse comédie française Le Marsupilami.

Si le CNC est autant apprécié dans le milieu, c’est aussi grâce à son cercle vertueux. Quand les films et séries aidés par le CNC vont être vus, ils génèrent autant des entrées en salles obscures que de l’audience à la télé, ils vont rapporter des taxes qui vont financer les futurs projets et ainsi de suite. Et plus de personnes vont au cinéma, plus d’argent est collecté et redistribué. Dans ce but, le CNC a signé un accord juste avant Cannes avec 14 régions pour les aider à financer la diffusion de films, et pour rendre le cinéma encore plus accessible. Le CNC est indispensable au cinéma français, il veut l’être davantage pour le public français. Une manière aussi de contrecarrer les arguments de l’extrême droite.

Retour sur la polémique Ultia

Le CNC attribue des aides en commission, autant sur le cinéma que l’animation ou le jeu vidéo, avec des obligations déontologiques dans leur choix, notamment de neutralité. Quand, en avril dernier, une polémique éclate autour de la streameuse Ultia, que celle-ci ait déclaré qu’elle s’opposerait au financement de projets d’extrême droite dans le cadre d’une commission, et qu’elle serait plus encline à accorder son soutien à des personnalités qu’elle apprécie, le CNC a dû réagir. La streameuse a été démise de ses fonctions suite à cette polémique et le président du CNC Gaëtan Bruel a annoncé la suspension de toutes subventions aux créateurs de contenus YouTube et sur les réseaux sociaux. Certains ont dénoncé un cadeau fait à l’extrême droite après une polémique lancée par ce même camp. D’autres ont pris la défense du CNC, lui aussi dans le viseur de cette même extrême droite.

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