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Décryptage. Conditions de travail, Covid... pourquoi jamais autant de Français n'ont été en arrêt maladie

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« Le nombre des arrêts de travail a fortement augmenté » et cette hausse « n'est pas soutenable », martèle le gouvernement. Ce jeudi encore en présentant le budget 2027, il a déroulé ses chiffres : 9,1 millions d'arrêts maladie, avec un coût qui augmente d'un milliard chaque année - 18 milliards d'euros en 2025, 19 attendus en 2026, et 20 redoutés l'année prochaine.

Le vieillissement de la population n'en expliquerait que 60 %. Les autres causes ? Une « hausse des maladies chroniques », une « augmentation des affections psychiques », ou encore « des conditions de travail dégradées ». Et, enfin, « des abus ». En réponse, la durée des arrêts de travail a déjà été plafonnée, avec diminution des indemnités journalières - ce qui améliorera les comptes publics mais augmentera d'autant les dépenses des complémentaires santé et des employeurs qui « complètent ». D'autres pistes ont été présentées ce jeudi : lutte contre le « nomadisme médical », limitation à trois ans des arrêts en affection de longue durée, une augmentation des contrôles, etc.

Que disent les chiffres ?

Pour 2025, l'observatoire des arrêts de travail de l'assureur Apicil a estimé à 4,68 % le taux d'absentéisme. Un niveau jamais atteint, dépassant le « record » de 2022 - année marquée par un nombre record, également, d'infections au Covid-19. Trois « blocs » constituent le total : 57 % pour la maladie, 25 % pour les accidents du travail et les maladies professionnelles et 18 % pour les congés maternité et paternité. Le « réarmement démographique » voulu par Emmanuel Macron pourrait donc coûter cher...

Dans le détail, près de 28 % des salariés du secteur privé ont connu au moins un arrêt maladie au cours de l'année, avec 1,90 arrêt par personne en moyenne. Avec deux tendances « lourdes » : un « bond » des arrêts de très longues durée, peu nombreux mais coûteux (plus de 90 jours). Ils représentent plus de la moitié du nombre de jours d'absence, surtout portés par l'envolée des troubles psychiques et des troubles musculo-squelettiques. Les ouvriers affichent un taux d'absentéisme près de trois fois supérieur à celui des cadres, les salariés en CDI sont 2,5 fois plus absents que ceux en CDD, et les seniors deux fois plus que les moins de 30 ans. Des facteurs cumulatifs : les ouvriers de 60 ans sont six fois plus absents que les jeunes cadres.

En nombre d'arrêts, la « maladie ordinaire » reste le premier motif avec plus de 90 % des cas, mais le plus souvent pour des arrêts de courte durée, qui pèsent moins lourd sur les comptes publics. Sans surprise, le secteur de la santé affiche le plus fort absentéisme pour maladie : 7,22 % des salariés, avec la durée moyenne d'arrêt la plus longue (quatre semaines). Mais l'éducation, le bâtiment et l'industrie suivent de près.

Le travail comme cause ?

Tous les rapports indiquent, comme le gouvernement, des « conditions de travail dégradées » comme l'une des causes principales d'arrêt maladie. Les accidents du travail et maladies professionnelles, jusqu'alors en baisse régulière, sont repartis à la hausse depuis 2021. En 2025, on en a dénombré près de 700 000, contre 550 000 avant la pandémie de Covid-19.

En cinq ans, les maladies professionnelles d'origine psychique ont plus que doublé. Et depuis un an, les accidents du travail survenus dans un contexte de stress, de harcèlement ou d'épuisement professionnel ont bondi de +24 %. Les victimes sont des femmes dans deux tiers des cas, et des salariés de plus de 50 ans pour plus de la moitié.

L'angle mort du Covid...

En France, le gouvernement donne de nombreux chiffres « d'avant-Covid » ou « depuis le Covid »... mais ne fait jamais de cette affection une cause directe de la hausse des arrêts « depuis 2020 ». Et pourtant : le virus apparu fin 2019 entraîne chaque année entre trois et cinq vagues d'infection, certes bien moins meurtrières qu'au début, mais pas sans conséquences. La contagiosité reste élevée et les mesures de dépistage et de prévention rares voire inexistantes. Quant à la vaccination, calée sur celle contre la grippe, elle reste trop peu utilisée, et surtout décalée dans le temps par rapport aux infections.

Pour preuve, la France subit actuellement, comme à chaque fin d'été, une forte hausse des infections - la campagne ne débutera que le 13 octobre. Même chose en 2025, avec des niveaux élevés de contamination entre le 15 août et début octobre, bien avant l'arrivée du vaccin. Or une partie - non chiffrée par le gouvernement - des arrêts pour « maladie ordinaire » en découle nécessairement... et ce, plusieurs fois par an. En clair, en plus des affections qui existaient avant le Covid, il y a le Covid.

 ...et du Covid long

Conséquence, le nombre de patients souffrant de Covid long augmente aussi, et c'est l'autre « grand absent » des chiffres sur les arrêts de travail. Le vote - à l'unanimité - en janvier 2022 d'une loi dédiée souffre de l'absence de décrets d'application. L'affection se traduit par la persistance de symptômes plus de quatre semaines après l'infection : fatigue, maux de tête, douleurs musculaires, lésions nerveuses, douleurs articulaires et problèmes respiratoires. Environ 65 millions de personnes en souffrent à travers le monde. Une « cause majeure passée sous silence » en France, rappelle l'association Covid long France.

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Certains pays l'ont très tôt documenté - et anticipé l'impact sur leurs comptes.  Aux États-Unis, on estime que le Covid long était responsable de 15 % de 10,6 millions d’emplois vacants. Le Royaume-Uni, en pointe sur le sujet, estime à « deux millions » le nombre de malades, ce qui « multiplie les risques de rupture professionnelle ». La forte augmentation du nombre et de la durée des arrêts maladie a donc été anticipée, ainsi que les effets en cascade : jusqu'à 350 000 travailleurs ont dû interrompre toute activité. Le secteur de la santé est très touché : un médecin sur cinq atteints a dû cesser de travailler, selon une enquête menée par la British Medical Association (BMA), et près des deux tiers l'ont réduite. Moins d'un tiers des médecins exercent aujourd'hui à temps plein, contre plus de la moitié auparavant.

En France, pourtant, le Covid long n'apparaît en tant que tel dans aucun rapport consacré à l'augmentation des arrêts maladie... sinon sous le vague intitulé « hausse des maladies chroniques », voire « troubles psychiques ». Faute de décrets d'application de la loi dédiée, le ministère de la Santé a bien ouvert un espace d'information et un site d'orientation, mais sans mettre en place les plateformes de référencement et autres outils prévus par le législateur.

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