Sébastien Lecornu a annoncé mercredi mettre à disposition 10 millions de barils de gazole, issus des stocks stratégiques français, pour faire baisser le prix à la pompe de novembre à janvier. Le gouvernement doit acter avec les distributeurs les modalités pratiques de cette opération.

Élodie Bécu - Aujourd'hui à 06:30 | mis à jour aujourd'hui à 09:16 - Temps de lecture :

Digiteka PlaceHolder

Objectif : diminuer la facture à la pompe. Mercredi soir, le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé mettre sur le marché 10 millions de barils des stocks stratégiques de la France pour faire baisser « les prix du litre de diesel de l’ordre de 12 à 18 centimes d’euros ».

Depuis le choc pétrolier de 1973, 32 pays, dont la France, se sont engagés à garder toujours à disposition trois mois de consommation de carburants. Ces stocks constitués de brut, de diesel, d’essence, de fioul… proportionnellement à la consommation de chaque carburant, sont répartis dans des dépôts à travers toute la France. Ils appartiennent au domaine réservé de l’État, et sont destinés à être utilisés en cas d’urgence, pour éviter une rupture d’approvisionnement par exemple. L’initiative de débloquer les stocks stratégiques s’inscrit dans une démarche coordonnée avec le G7. Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, l’Agence internationale de l’énergie a promis de débloquer 400 millions de barils. « L’Europe a peu utilisé son stock jusqu’à présent contrairement à la Chine ou au Japon », observe-t-on à l’Union française des industries pétrolières (Ufip).

« D’ordinaire, le gouvernement libère des stocks pour jouer sur les volumes. Cette fois, l’exécutif envisage une cession pour jouer sur les prix. Les barils mis sur le marché seront cédés au prix d’achat, soit beaucoup moins cher que le prix actuel, avec un engagement des distributeurs à répercuter cette baisse sur le prix de vente », analyse l’Ufip.

Quel volume de diesel cela représente ?

« Ces 10 millions de barils, issus des stocks stratégiques français, représenteront une partie significative des 54 millions de barils consommés sur trois mois », note le gouvernement. « Dix millions de barils représentent 1,6 milliard de litres sur trois mois, soit 20 % environ des huit milliards de litres de gazole que consomment les Français sur cette période », calcule-t-on à l’Ufip.

Quel impact sur les prix ?

« Ils seront mis à disposition des distributeurs à leur prix d’acquisition avant crise, permettant mécaniquement de baisser les prix à la pompe, dans un ordre de grandeur évalué entre 12 et 18 centimes par litre de gazole, et ce pendant trois mois », promet le gouvernement. Nicolas Goldberg, expert énergie chez Colombus consulting, est moins affirmatif. « L’impact est incertain sur le prix. Les volumes sont vendus sur le marché à un prix plus bas. Comment vont réagir les marchés ? Comment les autres paramètres qui fixent le prix vont jouer ? Comment les opérateurs vont-ils répercuter ? », interroge l’expert.

Les prix bas porteront sur environ 20 % des volumes mis sur le marché pendant trois mois : comment la diminution sera répartie sur l’ensemble du diesel vendu pendant cette période ? Le calcul du gouvernement « est une moyenne nationale : la baisse constatée pourra donc varier d’une station-service à l’autre », précise l’exécutif. « Tout va dépendre des modalités pratiques : avec quelle temporalité seront libérés les stocks ? À partir de quand ? Quel pourcentage sera attribué à chaque distributeur ? », estime l’Ufip. Une réunion est prévue lundi entre les distributeurs et le gouvernement pour organiser concrètement, et juridiquement, la cession des stocks stratégiques. Avec comme calendrier une mise en place de novembre à janvier.

Quelle part des stocks cela représente-t-il et existe-t-il un risque de pénurie ?

« Les 10 millions de barils mobilisés représentent environ 10 % de l’ensemble de nos réserves stratégiques. Nous ne puisons donc que dans une fraction de nos stocks, tout en conservant des réserves importantes pour garantir notre sécurité d’approvisionnement. Ces volumes seront progressivement reconstitués ultérieurement », précise l’entourage de Maud Bregeon, ministre déléguée chargée de l'Énergie.

Articles les plus lusÉconomie