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Regrettant de ne pas avoir été consultés pour la préparation du projet de loi de finances, David Lisnard et André Laignel critiquent vivement les orientations de Sébastien Lecornu et dénoncent un recul de la décentralisation.
Les maires de France n’auront pas attendu le contenu précis du projet de loi de finances (PLF) 2027, attendu à la fin du mois de septembre, pour critiquer les axes annoncés par le premier ministre. «Difficile de faire la synthèse de tout ce qui nous est masqué», reconnaît d’emblée André Laignel. Le premier vice-président de l’Association des maires de France (AMF) établit un lien entre le flou entretenu autour de ce PLF et le calendrier des élections sénatoriales prévues dimanche prochain. Et quand on lui rappelle les engagements pris par Sébastien Lecornu à l’égard des collectivités locales à hauteur de 5 milliards d’euros, le socialiste bondit sous le regard approbateur de David Lisnard, président de l’AMF : «On nous présentera la facture après les sénatoriales. 5 milliards en plus, c’est un mensonge totalement contradictoire avec les autres déclarations. Une déclaration préélectorale qui n’a aucune chance de se retrouver dans la réalité».
Si les élus se montrent si sceptiques face aux premières esquisses du budget 2027, c’est qu’ils ont le sentiment de répéter inlassablement les mêmes alertes sans avoir le sentiment d’être entendus. En l’occurrence, ils affirment ne pas avoir été consultés «1 minute» par le gouvernement pour la préparation d’une copie budgétaire qui ne concernera pas ceux qui l’ont pensée. «On sait très bien que la situation est très difficile mais ceux qui proposent des budgets savent qu’ils ne seront aux commandes pour les appliquer», pointe David Lisnard, fustigeant une nouvelle fois la globalité d’une approche politique des territoires qu’il croit vaine et mal orientée. «Les mêmes causes produiront les mêmes effets», accuse-t-il, quand son collègue André Laignel pointe directement les deux quinquennats d’Emmanuel Macron. « Pour les collectivités locales, c’est la décennie de la décadence », tranche-t-il.
Contraint par la spirale d’une dette publique qui ne cesse d’augmenter, Sébastien Lecornu avait dévoilé au Figaro le 17 septembre, les grandes lignes d’un effort de 54 milliards d’euros. Le premier ministre avait voulu être très clair sur la gravité de la situation en pointant tour à tour le vieillissement de la population, l’inflation des dépenses de la Sécurité sociale, la charge de la dette, la hausse des taux d’intérêt et l’augmentation «spontanée» des dépenses des collectivités locales chiffrées à 7 milliards d’euros. «Au total, si ce budget ne contenait aucune mesure d’économies, le déficit 2027 tutoierait les 6,5% du PIB», prévenait le chef du gouvernement.
Sans contester la surchauffe alarmante des comptes publics, l’AMF insiste sur plusieurs points pour contester une politique de redressement qu’elle critique depuis longtemps. Car pour les maires, les coupes budgétaires impactant les communes sont contre-productives, voire néfastes.
«Erreur économique fondamentale»
Maire de Cannes, David Lisnard affirme avoir identifié 260 millions de surprélèvements de l’État dans sa seule commune. «Plus l’État recentralise et contraint, plus il crée du déficit. On est au bout du bout d’un système», insiste l’élu, qui est aussi candidat à l’élection présidentielle sous les couleurs de son mouvement, Nouvelle Énergie. En plaidant, pour la responsabilité locale qui, selon lui, est un gage de «performance publique», il fait observer que depuis 2010, le bloc communal a contribué à plus de 80 milliards d’euros sur la seule dotation globale de fonctionnement (DGF). «Où est l’argent ?», interroge encore David Lisnard. Pour lui, la communication gouvernementale «c’est un peu un détournement d’opinion». «Il faut faire de vraies économies. Il est temps que l’exécutif nous écoute», martèle-t-il avant de résumer la situation en un constat d’absurdité : «On nous impose des dépenses tout en nous disant qu’il faut réduire les dépenses». Le Cannois, hostile à la «Bercycratie» demande au pouvoir de consulter l’AMF. Il n’est pas opposé à la réduction de la dépense publique mais prévient : «Halte aux impositions et aux vases communicants… Il ne faut pas s’étonner que ça ne s’arrange pas».
Pour sa part, André Laignel assure que les maires de France ne veulent pas être dans une «acceptation dramatique» et considère que le « recul de la décentralisation» et des «libertés locales» constituent un problème politique «concret» et «central pour la société française». Lui aussi met en garde le gouvernement face au recul de « l’autofinancement » et aux « ponctions des réserves de trésorerie » des communes. «C’est une erreur économique fondamentale. Nous sommes le premier investisseur civil du pays, près de 70% », insiste le vice-président, dont le mandat arrivera à son terme fin novembre, lors du 108e congrès de l’AMF.
Pour conclure, André Laignel voit le pays se rapprocher d’une «récession». Il s’en prend à Emmanuel Macron: «Vous êtes un homme du passif», lance-t-il en direction de celui qui avait raillé les «hommes du passé». Puis, en dénonçant les «crédits baladeurs», les «fausses annonces» et les «fausses promesses», il blâme les «1.200 milliards de dette supplémentaire depuis 10 ans» et «l’addition d’une politique aveugle». Avant de prendre connaissance de toutes les subtilités de ce budget 2027, sur lequel le débat parlementaire s’engagera en séance publique le 13 octobre, l’ex-maire d’Issoudun (Indre) assume un «signal d’alarme» lancé par l’AMF sur «l’ensemble des politiques menées à l’égard des collectivités». «La France, prévient-il, ne se redressera pas sans véritable décentralisation».


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