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Le financement des organismes communautaires pourrait faire partie des enjeux de la campagne électorale québécoise de l’automne. Portés par le mouvement « Le communautaire à boutte », près de 2000 organismes espèrent que le prochain gouvernement prendra les choses en main et agira pour mettre fin à la précarité d’emploi, de salaire et de services à laquelle le milieu est confronté.
Mercredi matin, 8 h, quelques personnes s’affairent dans le sous-sol de l’ancien presbytère près de l’église de L'Assomption, à Shawinigan. C’est là que se trouvent les bureaux du Centre d’action bénévole (CAB) Trait d’union, dont Émilie Marchand est l’agente aux communications.
Présentement, on a l’équipe de préparation des sacs, parce que le mercredi, au Centre d’action bénévole, c’est la livraison de la popote, explique-t-elle, à voix basse pour ne pas déranger les opérations.
Ce matin, ce sont environ 150 repas que d’autres bénévoles devront livrer à des dizaines de résidents de la région.
Il y en a beaucoup que c’est pas mal leur seule visite de la semaine, confie Claude, en mettant un des mets préparés dans un sac identifié. Il cumule plus de 40 ans de bénévolat au CAB Trait d’union, dont quelques années comme livreur.
Il est catégorique : la livraison de popote, c’est bien plus qu’un soutien alimentaire. J’en ai frappé, chez des messieurs et des mesdames, à 100 ans, lance-t-il.
Il confie qu’un jour, en livrant une boîte à lunch, il a trouvé le bénéficiaire, un homme âgé, décédé dans la solitude. Il se souvient aussi de cette aînée couchée sur le sol depuis deux jours, incapable de se relever après une chute.

Claude est bénévole au Centre d'action bénévole Trait d'union de Shawinigan depuis 40 ans. Il est membre de l'équipe qui prépare les boîtes à lunch du service de livraison de repas de l'organisme.
Photo : Radio-Canada / Marie-Christine Bouillon
À boutte
Le CAB Trait d’union est à l’origine du mouvement Le communautaire à boutte, dont Émilie Marchand est aussi responsable des communications.
Le plus beau, dans ce mouvement-là, c’est que le "nous" collectif est devenu plus grand que la peur de chacun des groupes de sortir, de s’exprimer et de dire ce qu’ils vivaient dans leur réalité.
Elle se souvient avec émotion de la grande mobilisation nationale qui a culminé en avril par une manifestation devant l’Assemblée nationale à Québec, à laquelle quelque 10 000 personnes ont pris part.
L’action communautaire prenait sa place au Québec. Les organismes, on osait dire à quel point c’est important, qu’on en faisait beaucoup, que c’est utile et qu’on ne pourrait pas se passer de ce filet social là non plus.
On ne veut pas que les organismes et les services ferment, parce qu’après ça, il va y avoir quoi? Rien. On le fait entre autres pour la clientèle qu’on sert à la base, lance-t-elle avant de faire une pause.
Puis, des sanglots dans la voix, elle ajoute : On se bat pour vrai, tu sais. On est fatigués.
Selon le Guichet-Emplois du gouvernement du Canada, en 2025, les travailleuses et travailleurs des organismes communautaires au Québec gagnaient entre 19 et 36 dollars de l’heure. En comparaison, le taux horaire moyen de tous les travailleurs québécois pour la même année était de 35 dollars de l’heure.

Manifestantes et manifestants du milieu communautaire se sont fait entendre à Québec le 2 avril.
Photo : Radio-Canada / Sébastien Vachon
Des revendications répétées
Selon la professeure au Département de travail social de l’Université du Québec en Outaouais Mylène Fauvel, le mouvement Le communautaire à boutte s’inscrit dans la continuité des luttes précédentes du milieu communautaire québécois.
Au départ, dans les années 1960 et 1970, ces organismes misaient surtout sur l’éducation populaire, la conscientisation et la défense collective des droits. On a eu ce moment de transformation sociale, où on a eu des comités citoyens qui ont été mis en place, explique-t-elle.
L'idée, ce n’était pas simplement de répondre ponctuellement à des besoins, mais de transformer la société, de répondre aux causes structurelles, sociales, autour de la pauvreté.
Par la suite, dans les années 1980, ces mêmes organismes ont établi des relations avec les gouvernements et fait partie de réflexions autour du système de santé, notamment avec la commission Rochon. Déjà, le milieu communautaire se revendiquait d’une autonomie par rapport à l’État.
Puis, en 2001, Québec a créé la Politique de reconnaissance et de soutien de l'action communautaire, qui reconnaît l’expertise et l’autonomie du milieu. Ces organismes devenaient donc complémentaires au système public.
Ce n’est pas seulement des services, précise la professeure Fauvel, mais c’est aussi une approche d’intervention, une manière de faire qui vise la transformation sociale.
L'idée, ce n’est pas qu’on veuille que l’État vienne répondre à ces besoins-là. Le communautaire sait comment le faire! Donner le financement au communautaire va permettre de maintenir cette approche qui est particulière.
Le communautaire à boutte succède à une autre campagne de mobilisation nationale qui s’est déroulée de 2015 à 2025, portée principalement par le Réseau québécois de l'action communautaire autonome.
Le 15 septembre, le regroupement Le communautaire à boutte tiendra une deuxième manifestation nationale, cette fois, à Trois-Rivières.


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