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De René Simard à Estelle Ste-Croix : la quête de la chanson olympique idéale

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En 1976, un concours pour trouver la chanson d’adieu des Jeux olympiques est lancé. Les dix chansons retenues seront interprétées sur les ondes de Radio-Canada avant de couronner le gagnant ou la gagnante. Retour sur cette compétition qui a été instaurée pour remédier à une controverse.

Une chanson olympique qui ne fait pas l’unanimité

Durant l’été 1975, le Comité d’organisation des Jeux olympiques (COJO) approche René Simard pour interpréter la chanson thème de l'événement, Bienvenue à Montréal. Commandée directement sans appel de concours par le maire Jean Drapeau, cette décision provoque immédiatement une vague de protestations dans le milieu artistique. Bien que le jeune chanteur de 15 ans soit alors populaire au Canada comme à l’étranger, l'œuvre est boudée par la presse et la radio. René Simard reviendra d'ailleurs sur cet épisode lors d'une entrevue en 1996.

En réponse à cet accueil glacial, un grand concours pour la chanson d’adieu des Jeux olympiques sera mis sur pied au printemps suivant.

Le lancement du concours de la chanson d’adieu

À cette époque, l'impact culturel d'un hymne olympique n'est plus à prouver. Les éditions de Rome en 1960 et de Tokyo en 1964 avaient vu naître des thèmes musicaux au succès planétaire. C'est avec l'ambition de recréer un tel engouement populaire qu'en mars 1976, un concours de la chanson d'adieu des Jeux olympiques de Montréal est annoncé. La direction en est confiée à Stéphane Venne, qui avait soumis un projet similaire deux ans plus tôt.

Lancé officiellement en avril, le concours est ouvert à tous les auteurs-compositeurs-interprètes canadiens, francophones comme anglophones. L'appel suscite un engouement massif : plus de 300 créateurs transmettent leur proposition avant la date limite du 23 mai 1976.

Les exigences de participation s'avèrent toutefois strictes. Comme le stipulaient les règlements de l'époque, les candidats devaient acheminer une maquette enregistrée sur bande magnétoscopique, obtenir le parrainage d’un éditeur et ne présenter aucun conflit d’intérêts avec les 16 membres du jury.

De grands noms ont tenté leur chance, comme Luc Plamondon, Pierre Létourneau, François Dompierre, Pierre Bourgault et François Cousineau.

Les chansons en lice diffusées à Radio-Canada

Parmi les centaines de pièces envoyées, dix chansons finalistes sont sélectionnées et endisquées. Appelez-moi Lise, diffusée quotidiennement durant la période des Jeux olympiques, présentera chaque jour une des chansons finalistes, accompagnée de l’orchestre de l’émission.

L'animatrice Lise Payette assise à un bureau sur le plateau de son émission « Appelez-moi Lise » durant la période olympique de 1976.

L'émission « Appelez-moi Lise » a diffusé les prestations des finalistes du concours de la chanson d'adieu des Jeux olympiques de 1976.

Photo : Radio-Canada

Le 19 juillet 1976, Dorothée Berryman interprète la chanson Souviens-toi de Montréal, une œuvre composée par François Dompierre sur des paroles de Mark Bradley.

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Extrait de la chanson « Souviens-toi de Montréal », interprétée par Dorothée Berryman.

Imaginée comme un message universel de paix et de mémoire, la pièce s'adresse directement aux athlètes et aux visiteurs venus des quatre coins du globe :

Et demain chacun sur Terre, en faisant la paix, pourra dire à son frère, souviens-toi de Montréal.

Dorothée Berryman incarne ce texte avec une profondeur émotionnelle. Son interprétation s'appuie sur une voix puissante et expressive qui donne tout son relief au message d'adieu.

Quelques jours plus tard, le 23 juillet, Pierre Lalonde interprète la chanson Revenez à Montréal, sur des paroles de Robert Gauthier et une musique de François Dompierre.

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Extrait de la chanson « Revenez à Montréal », interprétée par Pierre Lalonde.

Contrairement aux pièces plus mélancoliques de la sélection, celle-ci offre un message d'accueil dynamique. Elle incite explicitement les gens à revisiter la métropole :

Revenez nous voir à Montréal, venez faire un tour en ami. Revenez nous voir à Montréal, venez faire un tour par ici.

Pierre Lalonde déploie sa voix de crooner et utilise tout son charisme. Sa présence apporte une touche pop et décontractée.

Le 25 juillet, à peine trois jours avant le dévoilement de la chanson gagnante, Hervé Brousseau présente Prends mon cœur.

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Extrait de la chanson « Prends mon cœur », interprétée par Hervé Brousseau.

Cette pièce met en lumière la polyvalence de l'artiste, qui en signe à la fois les paroles, la musique et l'interprétation vocale. L'œuvre utilise la métaphore du don de soi et de l'ouverture aux autres pour illustrer l'hospitalité québécoise envers les athlètes internationaux :

Prends mon cœur. Prends mon cœur. Prends mon cœur, emmène-le dans ton pays.

Connu pour sa carrière de chansonnier, Hervé Brousseau interprète sa chanson avec une gestuelle dynamique et théâtrale, vêtu d’une chemise portant un cœur brodé.

Un enfant parmi les concurrents

Un jeune garçon fait partie des chanteurs. En effet, Yanick Létourneau est l’interprète de la chanson À bientôt, écrite par son père Pierre Létourneau et composée par Germain Gauthier.

Un jeune garçon portant des lunettes rondes chante une chanson en tenant un micro dans sa main.

Le jeune Yanick Létourneau interprète « À bientôt », écrit par son père, sur le plateau de l'émission « Appelez-moi Lise » dans le cadre du concours de la chanson d'adieu des Jeux olympiques de 1976.

Photo : Radio-Canada

Arborant des cheveux longs et des lunettes rondes, l’adolescent a touché le public avec sa voix douce et angélique.

Cette ballade nostalgique prend la forme d’une lettre d’adieu qui invite à des retrouvailles aux quatre coins du monde.

Deux interprètes anglophones parmi les finalistes

Deux des chansons retenues en anglais ont été présentées durant la période olympique. Sur le plateau de l’émission de Lise Payette, Charles Linton chantait la chanson Friends le 21 juillet, et June Wallack interprétait For Humanity le 26 juillet.

Un homme aux cheveux frisés chante en tenant un micro dans sa main.

Charles Linton interprète « Friends », une chanson finaliste du concours de la chanson d'adieu des Jeux olympiques de Montréal de 1976.

Photo : Radio-Canada

Une femme chante une chanson en tenant un micro dans ses mains.

June Wallack interprète « For Humanity » sur le plateau de l'émission « Appelez-moi Lise » dans le cadre du concours de la chanson d'adieu des Jeux olympiques de Montréal de 1976.

Photo : Radio-Canada

Chacune de ces chansons a également été traduite en français.

Les chansons présentées :

  • À bientôt de Pierre Létourneau et Germain Gauthier (interprétée par Yanick Létourneau)
  • For Humanity de Bob Edwards et Fred Napoli (interprétée par June Wallack)
  • Friends de Charles Linton
  • Je t’aime de Jean Robitaille et Christian St-Roch (interprétée par Estelle Ste- Croix)
  • Les oiseaux d’Athènes de Jean-Pierre Guay et Marc Lepage
  • L'or, l’argent, le bronze de Pierre Bourgault et Pierre Vyvial (interprétée par Philippe Vyvial)
  • Mon pays c'est le monde de Luc Plamondon et François Cousineau (interprétée par une chorale)
  • Prends mon coeur d’Hervé Brousseau
  • Revenez à Montréal de Robert Gauthier et François Dompierre (interprétée par Pierre Lalonde)
  • Souviens-toi de Montréal de Mark Bradley et François Dompierre (interprétée par Dorothée Berryman)

Le choix de la chanson gagnante

Le 28 juillet 1976, le dévoilement de la chanson gagnante du concours olympique coïncide avec le lancement du microsillon des dix finalistes. La pièce Je t’aime, composée par Christian Saint-Roch et écrite par Jean Robitaille, remporte les honneurs.

Interprétée dès le 18 juillet par Estelle Ste-Croix sur le plateau d’Appelez-moi Lise, cette œuvre intègre l'expression Je t’aime en 26 langues.

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Estelle Ste-Croix interprète la chanson « Je t’aime ».

Sur le plan musical, la voix feutrée de la chanteuse de 21 ans se marie bien avec l’habillage sonore cosmique des arrangements.

Cette œuvre intime à la portée universelle semblait alignée pour un adieu olympique rempli d’amour.

Le parolier et le compositeur se partagèrent le prix de 20 000 $, tandis que l’interprète ne toucha qu’un mince 100 $ (les autres chansons finalistes ayant reçu 1000 $ chacune).

Bien que la chanson devait être présentée en direct lors du dernier jour des Jeux, c’est l’enregistrement de la chanson gagnante qui a été diffusé le 1er août à la fin de la cérémonie de fermeture, à l’intérieur du Stade olympique de Montréal, au moment où la foule quittait les lieux.

Heureusement, le 45 tours a connu un succès populaire, trônant au palmarès durant plusieurs semaines.

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