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De plus en plus de défunts sans funérailles

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Le personnel de la Coopérative funéraire du Bas-Saint-Laurent est témoin d’un changement de coutumes majeur dans le domaine des funérailles. Les rituels religieux cèdent de plus en plus la place à des célébrations personnalisées ou, dans bien des cas, à aucune cérémonie du tout.

Les familles ont délaissé l’idée de faire leur deuil de façon religieuse, remarque la directrice générale adjointe et thanatologue Annick St-Amand.

La population se dit : "Je n’ai besoin de rien parce que je ne suis pas religieuse". Mais la réalité, et on le voit dans des décès qui sont plus tragiques, c’est que les gens ont besoin d'aller chercher notre aide, puis de commémorer la personne au salon funéraire, a-t-elle mentionné au micro de L’Après-midi est à nous, mardi.

Annick St-Amand sourit pour la photo.

Annick St-Amand est directrice générale adjointe de la Coopérative funéraire du Bas-Saint-Laurent et thanatologue.

Photo : Radio-Canada / Monika Bourgeois / Coopérative funéraire du Bas-Saint-Laurent

Quand il y en a, les cérémonies sont plus souvent animées par un civil au cours de laquelle on rend hommage à la personne.

On personnifie les funérailles en valorisant les montages photo, les objets commémoratifs. On se rappelle des beaux souvenirs pour nous aider à traverser ce deuil et nous dire que cette personne-là, elle n’a pas existé pour rien, qu’elle m'a laissé une empreinte, explique-t-elle.

Mme St-Amand explique qu'elle prend de plus en plus de temps avec les familles pour discuter de ce qu’elles veulent, pour être à leur écoute.

On met tout en œuvre pour s'assurer que la famille soit contente, et qu’on soit capable de faire un bel évènement avec tout ça. C'est d'écouter la famille, de poser des bonnes questions et de ne pas avoir de pensées ou de prédispositions face à comment ça devrait se passer.

Elle raconte qu'on lui a déjà demandé s'il était possible d’entrer en quatre roues dans le salon funéraire. On a dit oui, parce que pour cette personne, c’est important. On s'est dit qu’on ne s'arrêterait pas au fait qu’on a des tapis, par exemple.

L’argent, une partie de l’équation

Si l'aspect financier pèse assurément dans la balance, c'est d'abord le désengagement religieux qui motive la hausse des crémations et la disparition graduelle des rites funéraires, estime Annick St-Amand.

Beaucoup d’individus font des préarrangements funéraires pour éviter des frais à leurs proches. Pour les moins nantis, elle explique que l'aide sociale peut payer jusqu'à 2500 $ pour aider à couvrir les frais funéraires. Il y a aussi la Régie des rentes qui donne jusqu'à 2500 $.

Des aînés tenant des urnes.

Il y a quelques jours, l'Ébénisterie communautaire de Rimouski a remis cinq urnes funéraires en bois à son organisme afin d'aider les familles à faible revenu qui doivent faire face au décès d'un proche et à tous les coûts que cela engendre. (Photo d'archives)

Photo : Ébénisterie communautaire de Rimouski

C'est sûr qu'on s'adapte face à ça et on essaie de voir avec les gens pour leur permettre de faire quelque chose qui respecte leur budget.

Le coordonnateur d’Action populaire Rimouski-Neigette, Michel Dubé, affirmait sur les ondes de Radio-Canada lundi que des personnes se privent de cérémonie funéraire à cause de leurs coûts astronomiques.

Depuis 28 ans, le gouvernement du Québec n'a pas revu les montants accordés aux familles. Ça fait partie d'un lot de revendications qu'on a plus largement pour l'assistance sociale ou pour les personnes en situation de pauvreté. Il faut revoir les montants accordés.

Disposer des cendres

La thanatologue Annick St-Amand explique que la loi permet encore aux familles de disperser les cendres aux quatre vents, dans la nature.

La seule chose qu'on n'a pas le droit de faire, selon la loi, c'est d'enterrer un contenant avec des cendres sur un terrain privé ou public. Ça doit être fait absolument dans un cimetière. Cependant, vous pouvez garder l'urne d'un proche à la maison; ça, c'est encore possible, souligne-t-elle en ajoutant que ces options permettent aussi de réduire les coûts.

Une femme en train de disperser des cendres au bord de l'eau.

La loi permet encore aux familles de disperser les cendres d'un proche aux quatre vents, dans la nature. (Photo d'archives)

Photo : getty images/istockphoto / Des Green

Bien que le rejet des cadres religieux semble simplifier les procédures, le défi pour les thanatologues reste de répondre au besoin universel de commémoration. Comme le souligne Annick St-Amand, l'absence de rituel peut laisser un vide, particulièrement lors de deuils brutaux.

Entre la volonté de ne rien faire par conviction laïque et la nécessité psychologique de souligner le départ d'un proche, les familles cherchent encore le juste équilibre pour faire leurs adieux.

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