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Sculpture, table, chaise, carrousel à épices, boule de Noël; les objets de bois fabriqués par la soixantaine de membres de l’atelier de menuiserie communautaire de Saint-Léon-de-Standon sont variés et nombreux depuis sa création il y a cinq ans.
Une façon pour ces résidents de Bellechasse, des Etchemins et de la Beauce de briser l’isolement de certains par le travail intergénérationnel et le partage des connaissances, les trois aspects fondamentaux de la mission de l’organisme à but non lucratif (OBNL).

Jean-Guy Labbé est un ancien directeur d’école. Il a fondé l’atelier parce qu’il sentait qu’il y avait ce besoin dans la communauté.
Photo : Radio-Canada / Philippe Grenier
Les gens ici vont partir d'un produit, d'une image, d'une idée, et vont le fabriquer de A à Z, une fierté pour eux, explique le fondateur de l’atelier, Jean-Guy Labbé qui précise que l’atelier ne prend aucune commande et que personne n’est autorisé à y travailler pour vendre des produits par la suite.
Les gens viennent pour faire un projet, mais ils reviennent pour jaser, pour la fraternité, pour la convivialité qui s’est développée.
L’OBNL ouvre officiellement ses portes en avril 2021, après des retards causés par la pandémie. Le projet s’inspire d’un modèle existant un peu partout en Australie et présent à Rivière-du-Loup. La municipalité soutient l'initiative en payant pour le local, l’électricité et les assurances. Les machines ont été acquises par l'organisme avec l’aide de subvention précise le fondateur heureux de voir l'évolution du projet.

Le démarrage officiel en avril 2021 a été rendu possible grâce à l'ancien propriétaire du bâtiment, Grégoire Nadeau, qui a cédé son bâtiment à la municipalité à un prix avantageux.
Photo : Radio-Canada / Philippe Grenier
Briser l’isolement
Jean-Denys Turgeon est immédiatement venu sur place lorsqu’il a vu une annonce dans un journal local. Séparé, il a payé sa cotisation annuelle de 40 $ dans le but de travailler le bois, un vieux rêve de jeunesse, mais aussi de se fabriquer des amitiés durables.
Ça me brise de l'isolement, justement, ça me fait sortir, ça me fait voir toutes sortes de choses, plutôt que de rester renfermé puis essayer de vieillir à attendre la maladie, comme on dit, lance-t-il fièrement devant plusieurs de ses réalisations comme une lampe et un coffre à bijoux.

Jean-Denys Turgeon vient faire son tour fréquemment et ce n’est pas les projets qui manquent.
Photo : Radio-Canada / Philippe Grenier
Il l’avoue, ce qu’il aime par-dessus tout c’est de faire des cadeaux à ses enfants et sa famille; c’est valorisant.
Non loin de lui se trouve celui qu’on surnomme amicalement le doyen de l’atelier, l’ancien maire de Saint-Léon-de-Standon, Florian Guay. L’entrepreneur en construction à la retraite aime venir aider et passer du temps à l’atelier.
Moi, ça m'a rajeuni. Avant ça, je travaillais tout seul dans ma petite boutique. Puis la présence d'autres personnes me manquait, avance ce dernier qui aime transmettre son savoir.

Florian Guay a réalisé plusieurs objets depuis l’ouverture de l’Atelier. Le dernier député provincial de la circonscription de Dorchester aime transmettre son savoir.
Photo : Radio-Canada / Philippe Grenier
Quand ils réussissent, c’est une petite victoire pour eux autres. Ils disent : "Si je suis capable de faire ça, je suis capable de faire autre chose."
Travail intergénérationnel
Près d’un banc de scie, l’expertise de Florian Guay est demandée. L’ancien député créditiste de 84 ans sort son pied à coulisse pour mesurer l'épaisseur d’une pièce de bois travaillé par Camille Droin.
La jeune femme du Lac-Saint-Jean a découvert l'atelier lors de vacances chez son oncle Michel il y a quelques années.
Je me suis vraiment intéressée à ça, puis il a fallu juste une semaine, je suis revenue. Et j'ai payé ma petite inscription, et maintenant je suis là à chaque vacance, j’ai eu la piqûre, affirme-t-elle près de son oncle qui la guide dans son travail.

Camille Droin et son oncle Michel travaillent côte à côte à l’Atelier de menuiserie communautaire.
Photo : Radio-Canada / Philippe Grenier
Des élèves du primaire viennent même faire leur tour chaque année, tout comme des jeunes du Carrefour jeunesse-emploi. Michel Levesque, responsable de l’atelier se rappelle d’une jeune femme qui lui avait dit : Je ne touche pas aux machines, j’ai peur.
La deuxième année, elle est revenue, puis on a été capable de la faire travailler, puis elle a fait ses pièces elle-même en passant sur chacun des outils.
Partage de connaissances
Enseignant de design industriel du Cégep de Sainte-Foy à la retraite, Michel Levesque est l’un des huit bénévoles présents quelques jours chaque semaine. Ils sont là pour aider les membres à réaliser leurs projets et leur transmettre leur savoir.
J'ai apporté toute cette expertise-là pour aménager le local et puis faire de la formation auprès des personnes qui n'ont aucune connaissance sur l'outillage. Mais mon expérience en design industriel me permet d'offrir également la possibilité de faire des plans.
Tout près de lui, Francine Bernard prend un morceau de bois qui se transforme tranquillement sur le tour à bois en manche de pelle à glace. Je ne veux pas en acheter un en Chine, lance-t-elle tout sourire.

Francine Bernard a gravi les échelons rapidement à l’Atelier de menuiserie communautaire où elle forme maintenant des membres comme bénévoles.
Photo : Radio-Canada / Philippe Grenier
Membre depuis trois ans, elle partage maintenant son savoir comme bénévole avec des non-initiés au tour à bois depuis près d’un an. Elle veut aussi sensibiliser les membres à l’importance d’utiliser du bois recyclé.
Je trouve que le bois peut avoir plusieurs vies. On ne mettra rien aux poubelles, là. Les sites d'enfouissement sont pleins, ça fait qu'on essaie de récupérer, de réparer. Moi, ça m'allume, ça.
La lumière de l'atelier se ferme, puis s’ouvre rapidement. C’est le temps de la pause, s’exclame le doyen Florian Guay.
Tout le monde s’arrête, des biscuits ont été cuisinés, on jase, mais déjà les usagers pensent à leurs futurs projets.
Ils devront faire vite pour les réaliser puisque l’atelier ferme ses portes pour l’été à la Saint-Jean-Baptiste.


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