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Et si les piliers droits étaient les deuxième ligne de demain ? De Joel Merkler à Ben Tameifuna, ces colosses apportent une arme inattendue dans le rugby moderne.
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Par Clément Mazella Publié le 22 oct. 2026 à 6h00
Joel Merkler et Ben Tameifuna n’ont pas lancé une mode. Douze ans avant eux, le pilier droit rochelais Uini Atonio avait été titularisé en deuxième ligne lors d’un match de Pro D2. L’ancien joueur du XV de France (68 sélections) avait même réédité l’expérience trois fois en 2017 en Top 14, notamment lors d’une demi-finale contre Toulon. Sans oublier qu’en avril dernier, le Rochelais Aleksandre Kuntelia avait aussi glissé en deuxième ligne. Mais si cette solution n’a rien de nouveau, elle prend une autre dimension aujourd’hui : face à une hécatombe de blessés, les piliers droits peuvent-ils devenir bien plus que des deuxième ligne de dépannage ?
Une hécatombe de blessés au Stade Toulousain et l’UBB
Si Joel Merkler et Ben Tameifuna ont récemment porté le maillot floqué du n°5, c’est avant tout pour pallier une incroyable hécatombe en deuxième ligne.
Au Stade Toulousain, Clément Vergé (ligaments croisés), Emmanuel Meafou (genou) et Thibaud Flament (épaule) sont blessés et absents plusieurs mois. Du côté de l’UBB, c’est pareil : Cyril Cazeaux (ischio-jambiers), Alexander Moon (entorse cheville) et Boris Palu manquent à l’appel, alors qu’Adam Coleman (épaule) est tout juste en phase de reprise.
Pour « Big Ben », la découverte fut totale. Contre Gloucester (36-36), il évoluait pour la première fois de sa vie dans ce rôle. Il faut dire qu’il n’a pas forcément le gabarit pour, ne mesurant « que » 1,82m. Mais cela lui a beaucoup plu. « Si je dois y rester les deux ou trois prochaines semaines, je le ferai. J’ai adoré cette découverte », a-t-il dit à Midi Olympique.
Joel Merkler, lui, a l’avantage d’avoir été formé à ce poste. « Cela nous a semblé évident de le faire jouer là », avait lâché l’entraîneur Virgile Lacombe avant la victoire arrachée à Castres (7-8). C’est donc sans surprise qu’on l’a vu très à l’aise à ce poste ces dernières semaines.
Un problème pour les déplacements et la touche
Très massifs, Merkler (1,94m ; 134 kilos), Tameifuna (155 kilos) ou Kuntelia (1,97m ; 135 kilos) font perdre à leur équipe une solution en touche. « Les qualités aériennes ne sont pas chez moi », s’était marré l’Espagnol face à la presse récemment. Mais cette perte peut se compenser avec une 3e ligne plus légère et aérienne.
Le poste de deuxième ligne exige aussi davantage de déplacements, ce qui le rend « plus énergivore ». « Il y avait clairement plus de courses à faire », a reconnu Tameifuna. « La difficulté réside vraiment dans les placements et la touche », confirme Merkler.
"Le fait de ne pas connaître les choses par cœur et de ne pas avoir d'automatismes te fait réfléchir. [...] Il faut se déplacer un peu plus, on est placé un peu plus à l'extérieur donc on a des duels un peu différents à jouer. On ne doit pas couvrir que la zone proche du ruck donc il y a des courses un peu plus grandes, sur les montées défensives également."

Un vrai surplus de puissance en mêlée et sur ballon porté
Mais un pilier droit reconverti en deuxième ligne ne présente pas que des inconvénients. En effet, la masse et la puissance du pilier apporte un gros surplus de puissance dans l’exercice de la mêlée. Et ces joueurs savent aussi ce qu’attendent leur pilier droit devant eux en termes de poussée et de placement.
« J’ai essayé de donner le même impact que celui que je reçois habituellement en mêlée », dit Tameifuna. Merkler prolonge : « Quand on est droitier, on veut toujours que notre deuxième ligne soit plus collé à nous qu’au talon. Et ensuite, il faut être connecté avec le droitier, qu’il n’y ait pas de déconnexion pour taper en deux temps. Ça, c’est important aussi. Enfin, il faut essayer de ne pas faire basculer le pilier, gérer la pression ».
Aligner un troisième pilier permet aussi d’être très puissant sur ballon porté. Une recette qui a très bien fonctionné au Stade Toulousain dernièrement.
Un temps solution de dépannage, l’idée de placer un pilier droit en deuxième ligne a été transformée par les staffs en véritable option stratégique. « Le rôle de pousseur sur les mêlées et ballons portés est intéressant. Et après, le fait d’être porteur-plaqueur ou porteur-gratteur dans son cas peut être pertinent dans le jeu courant », confirme Merkler.
Une évolution dans le jeu moderne, qui demande réflexion pour les staffs et concentration pour les joueurs concernés. « À plusieurs reprises, j’ai failli me positionner en première ligne », avouait, sourire en coin, Ben Tameifuna.
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