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Comment choisir une carrière, sans savoir si cette profession existera toujours dans 5 ou 10 ans avec l'intelligence artificielle (IA)? C'est sans parler du coût bondissant des études postsecondaires dans plusieurs provinces. Voici les conseils de jeunes et de spécialistes.
Le Canada n'est pas frappé pas une vague de manifestations estudiantines, comme en France.
Néanmoins, nombre de jeunes d'ici s'inquiètent de l'instabilité du monde actuel, raconte Elnaz Enayatpour, étudiante en développement international et présidente du Syndicat étudiant à l'Université d'Ottawa.
[Quand j'ai commencé mes études], je n'avais pas peur de trouver un emploi. Mais maintenant, je regarde le monde et le monde a beaucoup changé.
L'IA, ça m'inquiète, parce que je ne sais pas comment le monde va changer, je ne sais pas c'est quoi les compétences que je dois avoir dans cette économie qui change, dit-elle.
Elnaz Enayatpour a quitté l'Alberta en 2021 pour étudier à Ottawa, attirée par le bilinguisme et la possibilité de travailler pour le gouvernement fédéral après ses études.
Mais avec la réduction de l'emploi dans la fonction publique fédérale, elle se demande si elle arrivera à s'y trouver un emploi après avoir obtenu son diplôme cette année, ou si elle devra chercher ailleurs.
Je paie pour mon loyer et mes études moi-même, raconte-t-elle, expliquant qu'elle a pris six ans pour faire son baccalauréat, afin de pouvoir travailler environ 20 heures par semaine.
Pour elle, c'était important d'avoir une diversité d'expériences [études et travail] pour avoir un bon futur.
Travailler 35 heures par semaine et étudier
Cyrielle Ngeleka, présidente de la Fédération canadienne des étudiantes et étudiants-Ontario et étudiante en économie, commerce et études internationales au Collège universitaire Glendon à Toronto, travaille souvent 35 heures par semaine pour la Fédération, en plus de ses études.
C'est difficile, mais je me débrouille, dit-elle, jonglant entre cours, travaux et ateliers le week-end pour la Fédération.

Cyrielle Ngeleka travaille 35 heures par semaine, en plus d'étudier au Collège Glendon. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Joe Fiorino
Elle a abandonné son programme initial en administration des affaires, parce que ses intérêts ont changé, dit-elle, mais aussi parce que ce programme nécessitait un stage non rémunéré. Il fallait que je sois capable d'avoir un travail rémunéré pour être capable de continuer mes études, dit-elle.
La réalité, c'est qu'il faut vraiment constamment faire des calculs [pour joindre les deux bouts], raconte-t-elle. La réforme de l'aide financière en Ontario réduit les bourses offertes à nombre d'étudiants.
Au lieu de commencer à réfléchir à ma carrière, je pense à quel genre de travail je peux avoir afin de rembourser ma dette, pour que je puisse commencer ma vie.
Après trois ans d'études et malgré son travail, elle a accumulé une dette d'au moins 10 000 $, dit-elle, mais demeure optimiste. Je sais communiquer en français, en anglais, je sais que c'est quelque chose qui est recherché par beaucoup d'organisations, dit-elle.

Maxime Huot a bon espoir de se décrocher un poste d'enseignant dès la fin de ses études.
Photo : Fournie par Maxime Huot
De son côté, Maxime Huot, étudiant en enseignement à l'Université York de Toronto, donne des cours de natation et de basketball, en plus de faire un stage à l'Alliance française.
À l'origine, il voulait étudier dans le domaine des sports et des médias, mais le programme étant contingenté, il s'est rabattu sur l'enseignement, et il est content de son choix.
Il a bon espoir de se trouver un emploi dès la fin de ses études. Ils nous ont dit qu'il n'y avait pas beaucoup d'enseignants de français [en Ontario], souligne-t-il, ce qui jouera en sa faveur.
Savoir s'adapter

Malgré l'incertitude, ces finissants du secondaire au Collège Notre-Dame à Sudbury sont optimistes quant à leur carrière. De g. à d. : Alexis Shewchuck, Elizabeth Meilleur, Zacharias Fotso et Henrik Lapointe.
Photo : Fournie par Amélie Cyr
- [Avec la réduction des bourses d'études en Ontario], c'est beaucoup plus difficile d'aller [étudier] hors de ta ville [avec le logement à payer, notamment], souligne Alexis Shewchuck, étudiante du secondaire au Collège Notre-Dame à Sudbury. Parce qu'elle veut étudier les sciences de la santé à Ottawa, elle a déjà commencé à épargner son argent. Elle sait qu'elle devra également travailler à temps partiel durant ses études postsecondaires.
- J'ai découvert qu'il y a des bourses pour les élèves francophones, renchérit sa camarade Elizabeth Meilleur, qui veut, elle aussi, étudier en sciences de la santé. Elle travaille déjà à temps partiel pour amasser des fonds.
- Il faut toujours avoir une vision vers le futur. Une différence de 5000 $-10 000 $ [...] ne changera pas beaucoup la donne [une fois que j'aurai un emploi], affirme Zacharias Fotso, qui veut étudier en mathématiques à l'Université de Waterloo. Il compte faire une maîtrise et un doctorat.
- Les gens peuvent toujours prendre une gap year [année sabbatique] et travailler pour sauver leur argent [avant de poursuivre leurs études], conseille Henrik Lapointe, qui veut devenir plombier.
On peut faire un premier parcours en collégial, travailler, puis ensuite reprendre plus tard les études, affirme François Caruano, étudiant parajuriste et représentant étudiant au Collège La Cité d'Ottawa.
Pour lui, l'IA est un outil pour libérer du temps pour des tâches qui sont un peu répétitives, plutôt qu'une menace.

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Des centaines de filles de 6e année profitent de la relâche universitaire pour s'initier à des expériences scientifiques à l'Université de l'Alberta
Photo : getty images/istockphoto / Halfpoint
L'indécision fait partie du processus
L'indécision fait partie du processus [de choix de carrière], explique Louis Cournoyer, professeur en développement et counseling de carrière à l'Université du Québec à Montréal (UQAM).
L'important pour les jeunes, dit-il, est de s'informer sur les professions qui les intéressent et de poser des questions à des personnes qui travaillent dans ces domaines. Souvent, il y a un écart entre ce qui apparaît être l'image d'une profession et sa réalité dans la pratique, note-t-il.
Il existe parfois des programmes d'expérience de stage d'une journée dans des emplois, dans des programmes d'études, ajoute-t-il.

Il est important de bien s'informer avant d'entreprendre des études postsecondaires, affirme le professeur de l'UQAM Louis Cournoyer. (Photo d'archives)
Photo : Getty Images / Andresr
Quant à l'impact de l'IA sur le marché du travail, il souligne qu'il est très difficile de prédire l'avenir.
Le marché du travail se transforme, change. C'est très difficile et risqué de prendre une décision basée sur quelque chose qui est en constant changement.
La seule variable sur laquelle un individu peut s'appuyer avec une plus grande confiance, c'est soi-même. Donc de regarder à quoi je vais être utile dans la vie, qu'est ce qui m'intéresse, conseille-t-il.
Même conseil de la part de Marcel O'Gorman, professeur d'anglais et directeur du Critical Media Lab de l'Université de Waterloo, qui étudie l'impact de la technologie sur la société.
Les jeunes ont moins d'espoir, ont beaucoup plus de difficultés de voir un futur qui est bon pour eux, raconte-t-il. Je dirais aux jeunes de suivre une passion [...] et de s'engager. En s'engageant avec les problèmes économiques, de l'IA, environnementaux, ça peut donner plus un sens de contrôle aux jeunes.


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