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Quatre artistes asiatiques installés en Saskatchewan affirment avoir traversé continents et ruptures culturelles en portant avec eux des éléments de leur histoire personnelle parfois cachés, réprimés ou interdits. Aujourd’hui exposés à la galerie Gordon Snelgrove de l’Université de la Saskatchewan, leurs parcours témoignent d’une transformation identitaire profonde liée à l’exil et à la création artistique.
Qiming Sezava Sun avait 17 ans lorsqu’il a quitté l’est de l’Himalaya pour le Canada. Il dit avoir quitté sa région d’origine, Panzhihua, marquée par la répression politique, sans emporter grand-chose, mais avec un héritage lourd : les savoirs spirituels transmis par son grand-père, liés au chamanisme himalayen, au paganisme et à l’occultisme.
J’appelle toujours mon défunt grand-père, avec affection, un sorcier caché, raconte-t-il.
Selon lui, ces connaissances ont dû être dissimulées dans des pratiques du quotidien, comme la cuisine ou les remèdes traditionnels. Aujourd’hui, il les réinterprète à travers la peinture, la céramique et les installations artistiques. Il affirme avoir trouvé en Saskatchewan un espace de liberté pour explorer sa spiritualité, sa sexualité et des thèmes artistiques longtemps interdits.

Aldeneil Española Jr. dit que son travail porte avant tout sur le processus de « devenir ». Il aime utiliser des objets qui peuvent sembler dépassés pour montrer qu’ils peuvent être transformés et conserver leur valeur, comme les pages de magazines froissées dans cette installation artistique.
Photo : Radio-Canada / Aishwarya Dudha
L’exil, l’identité et la troisième culture
Arrivé des Philippines à l’âge de 12 ans, Aldeneil Española décrit une identité fragmentée entre deux mondes.
Je ne suis pas assez Canadien. Ou pas assez Philippin , dit-il, évoquant ce qu’il appelle une troisième culture , un espace entre les identités où son art devient un point de rencontre.
Il travaille à partir d’objets jugés obsolètes ou inutiles, qu’il transforme pour leur redonner une valeur symbolique. Certaines de ses œuvres intègrent même des matériaux issus de performances personnelles, comme des lingettes démaquillantes ou des pages de magazines récupérées.
Son objectif : montrer que les objets comme les identités peuvent évoluer et se transformer.

Les peintures de Qiming Sezava Sun sont principalement à base d’huile. Elles sont denses et superposées. Les sujets abordés tournent autour de la mort, de l’occultisme et du cycle de la vie.
Photo : Radio-Canada / Aishwarya Dudha
Faire vivre la langue et les racines à travers l’art
Également originaire des Philippines, Abraham Galman a grandi entre North Battleford et Saskatoon après son arrivée au Canada à l’âge de neuf ans.
Formé en théâtre, il intègre désormais la scénographie et le costume à sa pratique des arts visuels. Il donne à ses œuvres des titres en tagalog, afin de maintenir un lien avec sa langue d’origine.
Pour lui, chaque mot contient une histoire, une mémoire culturelle qu’il cherche à préserver à travers son travail.
Il dit avoir choisi de rester à Saskatoon plutôt que de rejoindre une grande métropole, estimant que la vitalité artistique dépend aussi de ceux qui choisissent d’y rester et d’y créer.

Abraham Galman dit qu’il utilise l’art pour explorer et apprendre sa culture. Il explique qu’il trouve, à travers son travail, une façon de s’y connecter ainsi qu’à sa famille, notamment dans cette peinture représentant sa mère et lui-même en sirène.
Photo : Radio-Canada / Aishwarya Dudha
Entre mémoire, tradition et création contemporaine
Originaire de Kolkata en Inde, Atrayee Basu vit en Saskatchewan depuis plus de 15 ans. Elle travaille avec l’argile, les textiles et les matériaux du quotidien, inspirée par les traditions artisanales de son pays natal.
Lors d’un retour en Inde, elle a participé à la fabrication des idoles de Durga Puja, une expérience qu’elle décrit comme profondément immersive.
Quand on est dans la création, toute notre énergie y est, explique-t-elle.
Elle intègre aussi des éléments sensoriels, comme les épices dans ses installations artistiques, créant une expérience qui précède même la perception visuelle.

Atrayee Basu dit qu’elle aime intégrer dans son art sa culture de Kolkata, en Inde, ainsi que son héritage bengali, à travers les tissus, les épices, les matériaux et les concepts.
Photo : Radio-Canada / Aishwarya Dudha
La Saskatchewan comme espace de transformation
Malgré des parcours marqués par l’exil et la distance culturelle, les quatre artistes affirment avoir trouvé en Saskatchewan un espace d’expression et de liberté.
Leurs œuvres explorent les thèmes de l’identité, de la mémoire, de la spiritualité et de la transformation, et traduisent une même idée : celle d’un enracinement possible loin du lieu d’origine.
Pour eux, le Canada ne représente pas seulement un lieu d’accueil, mais un espace où ils ont pu redéfinir qui ils sont et comment ils créent.
Avec les informations d'Aishwarya Dudha


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