Une soixantaine de voitures de collection ont passé près de 50 ans dans une propriété près de Niort, dans les Deux-Sèvres, sous des abris de fortune en tôle ondulée et au fond de dépendances. Parmi elles, une Ferrari 250 GT California qui avait appartenu à Alain Delon. Elle a été adjugée 14,2 millions d’euros, soit 16,3 millions avec les frais, le 6 février 2015 à Paris.
Un record mondial aux enchères pour ce modèle.
À retenir
- Une soixantaine de voitures sont restées environ 50 ans dans une propriété près de Niort.
- La Ferrari 250 GT California ex-Alain Delon a été adjugée 14,2 millions d’euros au marteau.
- La vente Rétromobile du 6 février 2015 a rapporté environ 25 millions d’euros pour 59 lots.
Sommaire
Roger Baillon, le patron de camions qui sauvait des voitures de la casse
Roger Baillon était entrepreneur de transport et de carrosserie de poids lourds, dans l’ouest de la France. À partir des années 1950, et jusqu’aux années 1970, il rassemble des automobiles sans relâche. Sa méthode tient en peu de mots : il en tirait beaucoup de la casse, avant que la presse hydraulique ne s’en charge.
Ce goût ne relevait pas du simple entassement. Baillon rêvait d’un musée, installé sur sa propriété, où seraient exposées des Ferrari, des Maserati, des Talbot-Lago ou des Hispano-Suiza. Puis l’entreprise a fait faillite. La moitié des voitures a été vendue pour éponger les dettes, et le projet de musée est resté à l’état de plan.
Le musée n’a jamais ouvert.
50 ans sous la tôle, à une encablure de Niort
Les voitures restantes sont demeurées sur place, près de Niort. Elles ont été rangées là où il y avait de la place : sous des abris en tôle ondulée montés sans prétention et dans des dépendances. Les années ont passé, puis les décennies, jusqu’à atteindre environ 50 ans d’oubli.
Ce sont les petits-enfants de Roger Baillon qui ont fini par pousser les portes. Ayant hérité de la propriété, ils ont contacté Artcurial, et Matthieu Lamoure, directeur général d’Artcurial Motorcars, ainsi que le spécialiste Pierre Novikoff. La maison de ventes a annoncé la découverte fin 2014.
Pour décrire ce qu’il a vu, Matthieu Lamoure a convoqué une référence de poids : l’ouverture du tombeau de Toutânkhamon. La comparaison peut sembler appuyée, mais elle rend compte de l’effet produit par ce spectacle, des carrosseries rares posées dans la poussière, sur un terrain que personne n’avait imaginé fouiller. Une propriété de campagne, des toits de tôle, et sous chacun d’eux des machines dont les cousines parfaitement restaurées se négocient dans des salons feutrés. Le rapport de force entre le décor et le contenu avait de quoi sidérer des professionnels qui voient passer des voitures d’exception toute l’année.
Dans les semaines qui ont suivi, l’affaire a tout de suite pris une dimension de vente événement. Le lieu était trouvé : Rétromobile, le grand rendez-vous parisien des amateurs d’anciennes.
Rétromobile, 6 février 2015 : 59 lots, environ 25 millions d’euros
Artcurial a dispersé la collection au salon Rétromobile, à Paris, en 59 lots. L’estimation avant la vente tournait autour de 16 millions d’euros pour l’ensemble. Le total final a dépassé environ 25 millions d’euros, soit un peu plus de 1,5 fois la mise de départ.
La Ferrari 250 GT California ex-Delon a tiré le tableau vers le haut. Son prix, 14,2 millions d’euros au marteau et 16,3 millions frais compris, représente à lui seul près des deux tiers du produit global de la vente.
Pour un modèle que l’on croise rarement hors des collections les plus fermées, le résultat a établi un record mondial aux enchères. Ce n’était pas une voiture rutilante sortie d’un atelier de restauration : c’était une Ferrari retrouvée sous un abri en tôle, avec ce que cela suppose de patine et de zones d’ombre. L’acheteur, lui, n’achetait pas seulement une carrosserie, mais une histoire, celle d’une voiture passée entre les mains d’un acteur devenu mythe, puis oubliée dans une propriété des Deux-Sèvres.
Derrière la star, d’autres lots ont fait tomber des plafonds. La Maserati A6G 2000 Gran Sport a atteint 2 010 000 euros, là encore un record pour le modèle. La Talbot-Lago T26 Grand Sport a trouvé preneur à 1 700 000 euros, et l’Hispano-Suiza H6B à 572 000 euros.
Ces trois prix racontent chacun une facette de la collection. La Maserati et la Talbot-Lago illustrent la diversité des marques réunies par un seul homme, la Hispano-Suiza rappelle qu’une voiture ancienne n’a pas besoin d’un cheval cabré sur le capot pour franchir le demi-million.
Ce que cette histoire change dans le regard sur les vieilles voitures
Le cas Baillon a installé dans l’imaginaire collectif l’idée que des trésors peuvent dormir à quelques kilomètres de chez soi. Un hangar de ferme, une grange, un garage fermé depuis la dernière génération : le scénario est devenu un classique, et le terme anglais de « barn find » (trouvaille de grange) désigne désormais ce genre de découverte. Rares sont les histoires, en revanche, qui atteignent cette échelle.
Pour qui hérite d’un véhicule ancien, la leçon pratique est simple : avant de brader ou de démolir, mieux vaut faire expertiser. C’est la démarche que les petits-enfants de Roger Baillon ont suivie, en s’adressant à une maison de ventes spécialisée plutôt qu’à un ferrailleur.
Les chiffres de l’affaire varient un peu selon les sources : l’annonce de la découverte évoquait environ 60 voitures, la vente en a proposé 59 lots, et le total d’environ 25 millions d’euros est donné tantôt hors frais, tantôt frais compris.
Sources : largus.fr | caradisiac.com | ibtimes.co.uk


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