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Dans une forêt de l’Aisne dorment depuis 1944 les 22 blockhaus d’un quartier général bâti pour Hitler, qui n’y est venu qu’une seule fois

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Dans les bois qui séparent Soissons de Laon, à une dizaine de kilomètres de la première, dorment depuis 1944 les 22 blockhaus d’un quartier général que l’Occupation a bâti pour Hitler. Le Führer n’y a séjourné que les 16 et 17 juin 1944, le temps d’une réunion de crise. La notice Mérimée du ministère de la Culture le désigne comme le « seul quartier général du Führer encore intact lors de la capitulation de la Wehrmacht en mai 1945 ».

Une seule visite, pour un chantier lancé en 1942.

À retenir

  • Le site a été construit entre 1942 et 1944 à Margival, dans l’Aisne.
  • Hitler n’y a séjourné que les 16 et 17 juin 1944.
  • Seuls 22 des 38 ouvrages de l’enceinte datent de la Seconde Guerre mondiale.
  • Le site a servi à l’OTAN et à l’armée française avant d’être pillé dans les années 1990.

Sommaire

  1. Un tunnel réquisitionné, une ligne de train coupée
  2. 38 ouvrages, dont 22 seulement datent de la guerre
  3. Les 16 et 17 juin 1944, une réunion sous les bombes
  4. De l’OTAN aux commandos, puis au pillage

Un tunnel réquisitionné, une ligne de train coupée

Tout commence par un tunnel. Selon le dossier de l’Inventaire général de Picardie, issu d’une enquête menée en 2005, celui de Vauxaillon est réquisitionné en février 1942 et la ligne Paris-Laon par Soissons se retrouve interrompue. Dès mars 1942, le préfet de l’Aisne parle du « chantier de Soissons ».

Pour acheminer le matériel, l’occupant étend le réseau ferré existant avec des voies Decauville de 60 cm de large, celles que l’on emploie d’ordinaire pour les campagnes betteravières. Soixante centimètres, c’est à peu près la profondeur d’un plan de travail de cuisine : des rails de jouet, posés au service d’un chantier de béton. Ciment, gravier, sable, acier et matériaux de second œuvre arrivent de cette façon jusqu’au pied des ouvrages. Le Führerhauptquartier de Margival est construit entre 1942 et 1944.

Le site porte le nom de code Wolfsschlucht II, le « ravin du loup », et la notice Mérimée l’enregistre sous l’intitulé « Camp fortifié dit Wolfschlucht 2 ou W 2 ». L’Inventaire le situe à égale distance de Dunkerque et de Caen. Cette position semble indiquer qu’il a été conçu pour coordonner la riposte à un débarquement allié devenu, au fil de 1944, de plus en plus probable.

38 ouvrages, dont 22 seulement datent de la guerre

Le périmètre intérieur se compose, selon la notice, d’un ensemble de 38 ouvrages. Seuls les numéros 1 à 22 remontent à la Seconde Guerre mondiale, ce qui veut dire que les 16 autres n’ont pas été construits pour le Reich.

Cette nuance change la manière de compter. Quand on parle du QG d’Hitler à Margival, il s’agit donc des 22 blockhaus d’origine, pas des 38 ouvrages que contient l’enceinte aujourd’hui. Le site se divise en deux zones, que les documents nomment Sperrkreis I et Sperrkreis II. La notice le qualifie enfin de « deuxième plus grand dispositif de ce type », une formule du ministère que l’on reprend telle quelle.

Le 5 février 2014, un arrêté inscrit les blockhaus aux monuments historiques.

Les 16 et 17 juin 1944, une réunion sous les bombes

Dix jours après le Débarquement, Hitler arrive à Margival. Il y retrouve Rommel et von Rundstedt, deux maréchaux dont les troupes tiennent la Normandie sous la pression alliée. Ces faits sont rapportés par les historiens J. Holland (Normandy ’44, 2019) et A. Beevor (D-Day, 2014), que cite Wikipédia en anglais.

Un raid aérien interrompt la discussion. Les participants doivent la poursuivre dans un abri, au lieu des salles prévues pour recevoir le maître du Reich.

Autre incident, relevé par les mêmes ouvrages : un V1 défaillant retombe à quelques miles du site, c’est-à-dire à quelques kilomètres. Ce missile de croisière, l’Allemagne le lance alors contre l’Angleterre en espérant renverser le cours du conflit. Hitler quitte les lieux à l’issue de ces deux journées.

Il n’y reviendra jamais.

De l’OTAN aux commandos, puis au pillage

Après la guerre, le site change de main sans quitter le giron militaire. L’OTAN l’utilise jusqu’en 1966 ou 1967 selon les sources, une hésitation d’un an qui tient au retrait de la France du commandement intégré de l’Alliance, daté de 1966-1967. Le béton allemand sert alors à des états-majors occidentaux.

L’armée française prend ensuite le relais et y forme des commandos, jusqu’en 1993 d’après l’agence Photo12. Entre l’OTAN et l’armée, cela représente environ un quart de siècle d’usage militaire, soit le double du temps qu’a duré le IIIe Reich.

Dans les années 1990, le site est cédé aux communes. Il est alors livré au pillage, selon l’association ASW2, dont le témoignage a été rapporté par L’Union et repris par Slate en 2013. Le vol de ferrailles et de matériel a donc touché un lieu que l’État ne classera, au sens d’une protection, que vingt ans plus tard.

Reste un détail juridique qui dit beaucoup. L’arrêté de 2014, dont la notice a été mise à jour le 28 novembre 2025, vise les blockhaus 1 à 22 et les sols jusqu’aux clôtures, sur les communes de Laffaux, Neuville-sur-Margival et Margival. Les 16 autres ouvrages de l’enceinte n’apparaissent pas dans cette désignation.

Sources : relecture.patrimoine.bzh | ravinduloup2.wixsite.com

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