Dans un couloir attenant au hall du laboratoire Clarendon, à l’université d’Oxford, une clochette tinte sans interruption depuis 1840. Le battant a heurté le métal environ 10 milliards de fois, alimenté par une pile que personne n’a jamais ouverte. Le Guinness des records l’a surnommée « la batterie la plus durable du monde ».
À retenir
- Une clochette tinte depuis 1840 dans le laboratoire Clarendon d’Oxford, actionnée par une seule pile.
- La composition exacte de la pile reste inconnue car l’ouvrir la détruirait immédiatement.
- Le mécanisme a frappé environ 10 milliards de fois en utilisant un courant si faible qu’il s’exprime en nanoampères.
Sommaire
Une expérience oubliée depuis presque deux siècles
L’appareil a été construit par les instrumentistes londoniens Watkin and Hill, avant d’être acheté par le professeur de physique révérend Robert Walker. Une étiquette écrite de sa main indique qu’il a été « set up in 1840 », même si certains éléments suggèrent une fabrication quinze ans plus tôt.
Depuis, le mécanisme n’a jamais été arrêté volontairement.
Entre les deux clochettes de laiton oscille une minuscule sphère métallique d’environ 4 millimètres de diamètre, attirée puis repoussée alternativement, à une fréquence proche de deux hertz. C’est ce battant qui frappe le métal, encore et encore, depuis près de deux siècles. Le principe repose sur une force électrostatique : elle exige une tension élevée pour créer le mouvement, mais ne transporte qu’une quantité infime de charge d’une clochette à l’autre. C’est cette faiblesse même du courant qui explique pourquoi les piles ne se sont toujours pas vidées.
Le résultat se chiffre en milliards de tintements. L’estimation officielle du laboratoire Clarendon parle de l’ordre de 10 milliards de sonneries depuis la mise en service. Un compteur qui continue d’augmenter à chaque demi-seconde qui passe.
La pile que personne n’a jamais ouverte
Personne ne connaît la composition exacte des deux piles qui alimentent le dispositif. On sait seulement qu’elles ont été recouvertes de soufre fondu pour l’isolation, et l’on pense qu’il pourrait s’agir de piles de Zamboni. Ce nom renvoie au physicien italien Giuseppe Zamboni, qui empilait des milliers de disques de papier et de feuille métallique pour produire de l’électricité statique. Mais l’hypothèse n’a jamais pu être confirmée par une analyse directe.
Ouvrir la pile la détruirait immédiatement.
En 1984, un chercheur du laboratoire Clarendon nommé A. J. Croft a consacré un article de l’European Journal of Physics à ce mystère. Il y écrivait que la nature exacte des piles restait incertaine, mais que leur revêtement extérieur était bien du soufre, scellant les cellules et l’électrolyte à l’intérieur. Une réponse partielle, qui laisse le cœur du dispositif totalement hors de portée.
Cette incertitude n’a pas empêché l’appareil de décrocher le Guinness des records comme la pile la plus durable jamais fabriquée. Un titre gagné sans qu’on sache réellement ce qui se cache sous le soufre.
La plaie encore ouverte
Au moment où vous lisez cette phrase, quelque part dans ce couloir d’Oxford, la sphère vient de heurter une clochette. Le dispositif se trouve aujourd’hui derrière deux couches de verre, et continue de sonner toutes les demi-secondes, bien qu’inaudible depuis cette vitrine. Le son ne franchit plus la protection, si bien que la sonnerie se poursuit sans que personne ne puisse l’entendre.
Une horloge invisible, entendue par personne.
La seule façon de connaître la composition exacte de la pile est donc d’attendre qu’elle cesse de fonctionner d’elle-même. L’équipe d’Oxford espère d’ailleurs pouvoir disséquer les piles une fois leur longévité épuisée, pour enfin découvrir leur composition. Le chercheur Croft avançait pourtant une autre hypothèse : le battant lui-même s’userait avant que l’énergie électrochimique ne s’épuise. Dans les deux cas, seule la panne, un jour, livrera la réponse.
Le courant produit par la pile à chaque oscillation ne dépasse plus une intensité proche du nanoampère, une valeur presque nulle, incapable d’alimenter le moindre appareil moderne. Depuis 1840, la clochette a pourtant traversé plusieurs déménagements du laboratoire et quelques interruptions dues à l’humidité, sans jamais que personne n’ait eu besoin de la recharger.
Sources : scienceabc.com | archwww.physics.ox.ac.uk


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