Une pierre venue du ciel un jour de novembre 1492, que l’on peut encore aller voir à Ensisheim, en Alsace. Elle pesait 127 kg à la chute, et le phénomène a été perçu jusqu’à 150 km à la ronde.
À retenir
- Une pierre de 127 kg est tombée du ciel le 7 novembre 1492 près d’Ensisheim, creusant un trou d’un mètre dans un champ de blé.
- Le magistrat local a sauvé la météorite de la destruction en la transférant en ville avant l’arrivée du roi Maximilien.
- Fragments dispersés dans 150 musées mondiaux, le bloc d’Ensisheim ne pèse plus que 56 kg avec sa croûte de fusion vitrifiée intacte.
Sommaire
Un fracas vers midi, un trou d’un mètre dans un champ de blé
Les chroniques situent l’événement entre 11 h et midi, le 7 novembre 1492. Une boule de feu traverse le ciel du Rhin supérieur, l’explosion s’entend à des dizaines de lieues, et la pierre s’enfonce d’environ 1 m dans un champ de blé hors de l’enceinte d’Ensisheim. Les spécialistes la classent aujourd’hui parmi les chondrites ordinaires, de type LL6. Un jeune garçon, seul témoin direct selon plusieurs récits, aurait guidé les habitants jusqu’au trou.
Les curieux ont aussitôt commencé à en détacher des éclats.
Un magistrat d’Ensisheim a mis fin au prélèvement et fait porter le bloc en ville. Il attendait l’arrivée de Maximilien, fils de l’empereur Frédéric III, qui approchait avec son armée. Selon l’historienne Ursula Marvin, la survie de la pierre a donc tenu à cette décision d’un seul homme.
Du ciel à la propagande
À Bâle, des feuilles volantes imprimées circulent dans les semaines qui suivent, en latin et en vers allemands. Leur auteur est Sebastian Brant, le poète de La Nef des fous. Il y présente la pierre comme un présage de victoire et presse Maximilien de faire la guerre aux Français sans tarder.
Le roi y voit un signe de faveur divine et ordonne de conserver la pierre dans l’église paroissiale d’Ensisheim. Quand il remporte la bataille attendue, la réputation du bloc grandit encore. Avec les années, des détails étranges s’ajoutent aux récits, au point qu’une vieille inscription attachée à la pierre, rapporte-t-on, constatait que tout le monde en avait parlé sans que personne en dise assez.
La Chronique de Nuremberg, imprimée en 1493, en garde une image.
Cinq siècles plus tard, ce qu’il reste du bloc
La pierre est restée dans l’église jusqu’en 1793. Les révolutionnaires français l’ont alors transférée dans un nouveau musée national, à Colmar. Là, de nombreux morceaux ont été prélevés. Des fragments se retrouvent aujourd’hui dans plus de 150 musées à travers le monde, d’après une étude consacrée à la météorite.
Le bloc exposé à Ensisheim n’a donc plus rien d’un monolithe de 127 kg. L’étude de Marvin, publiée en 1992 dans la revue Meteoritics, évoque un spécimen de 56 kg, avec de larges plages de croûte de fusion, cette fine couche vitrifiée que la chaleur de la traversée de l’atmosphère forme à la surface.
Des analyses ont aussi été menées à Paris et à Berlin.
Pour situer l’ancienneté de l’objet, Ursula Marvin la décrit comme la plus ancienne chute de météorite observée en Occident dont des morceaux ont été conservés. Elle est tombée quelques semaines après le premier voyage de Christophe Colomb.
Ensisheim se trouve à environ 25 km au sud de Colmar. Le 7 novembre prochain, la chute aura 534 ans. Mieux vaut vérifier les horaires d’ouverture avant le déplacement.
Sources : onlinelibrary.wiley.com | medium.com


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