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FIGAROVOX/TRIBUNE - Pensée pour lutter contre l’entrisme islamiste, la proposition de loi LR adoptée par le Sénat inquiète une partie du monde juridique. Plusieurs avocats, magistrats et juristes dénoncent un article 6 susceptible d’être détourné contre des associations, médias ou opposants.
Demain, émettre des réserves sur la politique migratoire, dénoncer les dangers de l’islamisme ou tout simplement critiquer la politique du gouvernement pourrait-il bloquer l’ensemble de vos comptes bancaires ? Cette inimaginable dérive anti-démocratique pourrait bien être une conséquence imprévue d’une loi contre l’entrisme islamiste actuellement discutée au Parlement.
Ce mardi 5 mai, le Sénat a voté en première lecture une proposition de loi visant à lutter contre l’entrisme islamiste, phénomène de plus en plus inquiétant. Saluons la Haute Assemblée de s’en être saisie. Mais si l’objet de cette initiative est parfaitement louable, le texte tel que formulé recèle en réalité un grave danger pour les libertés publiques. Quelques jours plus tard, en effet, le ministre de l’Intérieur défendait sur CNews un projet de loi reprenant les mêmes principes mais étendant clairement l’objet au-delà du seul entrisme islamiste.
Ainsi, l’article 6, dont l’objectif est de tarir le financement du séparatisme pourrait en réalité, dans son écriture, prévoir le gel des avoirs de citoyens ordinaires qui « soit provoquent ou contribuent par leurs agissements à la discrimination, à la haine ou à la violence envers une personne ou un groupe de personnes à raison de leur origine, de leur sexe, de leur orientation sexuelle, de leur identité de genre ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une nation, une prétendue race ou une religion déterminée, soit propagent des idées ou théories tendant à justifier ou encourager cette discrimination, cette haine ou cette violence et qui présentent une menace d’une particulière gravité pour la sécurité et l’ordre publics en raison de leur rôle dans ces actions, de leur caractère répété et de leur ampleur ».
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Si cette mesure se justifie évidemment s’agissant des avoirs qui «appartiennent à ou sont possédés, détenus ou contrôlés par des personnes physiques ou morales ou toute autre entité qui présentent, par leur forme et leur organisation militaire, le caractère de groupes de combat ou de milices privées » également ciblées par le texte, un tel article - si demain un personnage autoritaire remportait l’élection présidentielle - pourrait être utilisé comme véritable lettre de cachet moderne pour mettre à mort économiquement toute personne ou structure politiquement active dans l’opposition à la politique gouvernementale au sens large (associations, cercles de réflexions, ONG, influenceurs, activistes, etc) et sur des thèmes aussi variés et fondamentaux que la politique migratoire, la lutte contre l’islamisme ou encore la théorie du genre. Aussi est-il regrettable que le texte même de la proposition ne mentionne pas expressément la lutte contre l’entrisme islamiste, ce qui est l’objet même du texte.
La gravité de ce mécanisme découle du fait que cette sanction prévue serait une mesure de police administrative, à la discrétion des ministres, et pourrait donc être décidée arbitrairement, même en l’absence de condamnation pénale par un tribunal.
Plus généralement, enfin, cette mesure s’inscrit dans un étrange climat que certains qualifieraient d’«illibéral», entretenu par les discussions sur la vérification de l’identité sur les réseaux sociaux, sur la labellisation des médias ou encore l’alourdissement continu des obligations fiscales. Ce climat déjà délétère serait particulièrement amplifié par l’extension d’une mesure aussi attentatoire aux libertés individuelles que l’est le gel des avoirs, habituellement réservé au terrorisme ou au haut du spectre du narcotrafic.
Un pouvoir de confiscation administrative aussi flou, aussi large et emportant des conséquences aussi graves s’inscrit-il dans le cadre de l’État de droit, auquel le gouvernement se dit pourtant si attaché ? Pour perdurer et triompher, la démocratie doit mettre en œuvre la libre expression des opinions, dont la concurrence permet de faire émerger les meilleures décisions collectives. Quant aux opinions même tranchées et qui déplaisent, on ne les combat pas par la mise au pilori économique, mais dans le débat d’idées.
Les signataires :
Pierre-Marie Sève, juriste
Thibault Mercier, avocat au barreau de Paris, président du Cercle Droit & Liberté
Noëlle Lenoir, ancienne ministre, avocat au barreau de Paris
Dominique de la Garanderie, avocat, ancienne Bâtonnière de Paris
Jean-Claude Magendie, ancien premier président de la Cour d’appel de Paris
François Falletti, ancien procureur général de Paris
François-Henri Briard, avocat au Conseil d’État et à la Cour de cassation
Jérôme Turot, avocat au barreau de Paris, Maître des requêtes au Conseil d’Etat honoraire
Gilles-William Goldnadel, avocat au barreau de Paris, président d’Avocats sans frontières
Thibault de Montbrial, avocat au barreau de Paris
Brice Cotteret, avocat au barreau de Paris, membre du conseil national des barreaux
Béatrice de Beaupuis, avocate générale honoraire près la Cour de cassation
Frédéric Masquelier, avocat, Docteur en Droit, Maire de Saint-Raphaël
Pierre-Henri Conac, professeur de droit des Universités
Déborah Journo, avocat au barreau de Paris et présidente d’Actions Avocats
Bruno Thouzellier, magistrat honoraire
Stéphane Massé, avocat, ancien Bâtonnier de Nancy
François Motulsky, avocat au barreau de Bruxelles
Georges Domergue, avocat au Barreau de Grasse, ancien magistrat
Luc Fontaine, magistrat honoraire
Nathanaël Majster, ancien magistrat, avocat au barreau de Paris
Dominique-Henri Matagrin, magistrat honoraire, rédacteur en chef de la revue française de criminologie et de droit pénal
Benoît de Lapasse, avocat au barreau de Paris
André Bonnet, ancien président de tribunal, avocat au barreau de la Drôme
Stéphane Maitre, avocat au barreau de Paris, ancien 1er secrétaire de la Conférence du barreau
Stéphane Bonichot, avocat au barreau de Paris
Brigitte Lapeyronie, avocate au barreau du Val-de-Marne
Jérôme Triomphe, avocat au barreau de Paris
Philippe Prigent, avocat au barreau de Paris
René Boustany, avocat au barreau de Paris, co-fondateur du Cercle Droit & Liberté
Lara Fatimi, avocat au barreau de Paris
Alain Cornec, avocat au barreau de Paris
Geoffroy de Vries, avocat au barreau de Paris
Grégoire Belmont, avocat au barreau de Paris
Guillaume Leroy, juriste
Gregor Puppinck, docteur en droit, directeur du Centre européen pour le droit et la justice (ECLJ)
Francesco Biuso, Docteur en philosophie et chargé de cours en histoire du droit
Arthur de Dieuleveult, avocat au barreau de Paris
Caroline Wassermann, avocat au barreau de Paris
Pierre-Hugues Barré, docteur en droit, chercheur invité (Danube Institute)
Pierre Gentillet, avocat au barreau de Paris
Benoît Sévillia, avocat au barreau de Paris
Nicolas Bauer, docteur en droit, chercheur associé au Centre européen pour le droit et la justice (ECLJ)
Louis Cailliez, avocat au barreau de Paris
Ghislain Benhessa, docteur en droit, avocat au barreau de Strasbourg
Guilhem Carayon, avocat au barreau de Paris
Marc Frota, avocat au barreau de Paris
Romain Icart, avocat au barreau de Paris
Maurice Signolet, commissaire divisionnaire honoraire
Thibaud Troublaïewitch, avocat au barreau de Paris
Damien Challamel, avocat au barreau de Paris
Philippe Torre, avocat au barreau de Paris
Loïc Lerate, avocat au barreau de Paris
Marc Warnod, président de société,
Sandrine Pegand, avocat au barreau de Paris
David Meyer, avocat au barreau de Paris


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