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Dans nos départements. Sécheresse : des restrictions pour l'usage de l'eau déjà en place, et ça n'est peut-être pas fini

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Le cycle de l'eau est étonnant. Même lorsque sa première partie se passe plutôt bien, il suffit d'une météo extrême en bout de course pour que tout bascule.

Celui de 2025-2026 en est un bel exemple. Pendant la période de recharge des nappes souterraine, de septembre à mars, les conditions ont été presque idéales. Les fortes pluies de février ont même permis un remplissage exceptionnel. Un déluge comme on n'en avait pas vu depuis 1959, qui a certes entraîné des inondations mais qui a été très bénéfique pour les sols.

Avril a hélas impulsé une nouvelle tendance. Des précipitations quasi-absentes et une grande douceur ont accentué l'effet de vidange, qui commence généralement à ce stade du cycle. Mai et juin n'ont pas fait mieux. Pire, la vague de chaleur précoce et l'épisode caniculaire ont rendu la situation plus délicate. Notamment dans nos départements. Mais tous ne sont pas logés à la même enseigne. On fait le point, territoire par territoire.

Photo illustration Pixabay

Petit lexique hydrologique

Nappe phréatique : non, il ne s'agit pas d'un « lac » souterrain. C'est en fait une partie du sol saturé en eau : les interstices entre les grains solides en sont entièrement remplis.

Aquifère : se dit d'une roche réservoir contenant de l'eau. Ces formations géologiques sont assez perméables et poreuses (ou fissurées) pour stocker l'eau et la laisser circuler.

Nappe réactive : elle peut se recharger rapidement lors de fortes pluies mais est également très sensible à la sécheresse. Du coup, son taux de remplissage peut varier très rapidement sur une même saison. On retrouve ce type de nappes dans des aquifères de sables, graviers, calcaires karstiques...

Nappe inertielle : elle réagit lentement et nécessite une longue période pour se recharger ou se vidanger. On retrouve ce type de nappe dans des aquifères de craie, calcaire non-karstique et grès.

Recharge : c'est la période où les nappes se remplissent. Elle se déroule, en général, à partir de septembre-octobre jusqu'à mars-avril, lorsque les températures baissent et que l'activité des plantes ralentit. L'infiltration des eaux de pluie est la plus efficace.

Vidange : c'est la période comprenant le printemps et l'été, au moment où les températures grimpent et la végétation se réactive. L'infiltration des eaux de pluie est limitée.

Dans le Jura, la situation s'est rapidement dégradée

Le débit de la Loue a baissé. Photo Bruno David

Le débit de la Loue a baissé. Photo Bruno David

De par sa configuration, le Jura est particulièrement tributaire de la météo. La faute à ses nappes phréatiques qui ne constituent pas de gros stocks et à sa dépendance aux eaux de surface, par essence, très réactives aux aléas climatiques. De fortes précipitations et ces dernières se rechargent rapidement. Plus de dix jours sans et les niveaux baissent tout autant. Une situation encore plus délicate dans le sud-est du département, qui dépend exlusivement des eaux superficielles pour s'alimenter.

Cas d'école cette année. Au printemps, les nappes souterraines affichaient des niveaux particulièrement hauts, malgré un mois de mars déficitaire en pluie. Les débits des cours d'eau, eux, étaient bons. Mais la vague de chaleur de mai, puis l'épisode caniculaire de juin ont eu un sérieux impact sur rivières et ruisseaux. Une majeur partie atteignant ou dépassant localement les seuils d'alerte. Un phénomène heureusement beaucoup moins prononcé, en sous-sol. Dès le 25 juin, ces constatations ont poussé la préfecture à placer l'ensemble du territoire en alerte renforcée. Avec pour conséquence, des restrictions d'usage qui pourraient être affinées dans le courant de la semaine prochaine pour les industriels et exploitants agricoles.

Dans l'Ain, les cours d'eau déjà sous tension

Les débits poursuivent leur baisse dans les cours d'eau de la plaine. Photo Amandine Eymes

Les débits poursuivent leur baisse dans les cours d'eau de la plaine. Photo Amandine Eymes

Ces trois derniers mois, l'Ain a connu une pluviométrie légèrement en-dessous des normales et des températures 1°C au-dessus... En moyenne, car, sous l'effet de la vague de chaleur, mais surtout du long épisode caniculaire de juin, les records ont explosé : plus de 3°C au-dessus des normales.

Mauvais pour ce département qui, depuis 6 ans, peine à redresser la barre. Et dont les réserves d'eau sont très fragilisées. Le dernier coup de chaud a ainsi entraîné la dégradation de sa situation hydrologique. Les débits des cours d'eau ont nettement diminué, surtout dans le Pays de Gex et le Bugey, qui ont été placés en alerte.

En plaine, bien que ruisseaux et rivières baissent, ils demeurent en vigilance. Côté sous-sol, les nappes affichent globalement un niveau modérément bas. Sauf celle de Dombes-Sud, largement déficitaire. Depuis mi-juin, tous ces secteurs sont placés à des degrés différents d'alerte sécheresse.

En Haute-Loire, ça chauffe

Photo illustration Pierre-Yves Royet

Photo illustration Pierre-Yves Royet

Lors de l'épisode caniculaire, la Haute-Loire a échappé à l'effet « sèche-cheveux » de justesse. Mais la douceur de ces derniers mois, la pluviométrie à peine au niveau des normales combinées à ce coup de chaud, ont eu des effets néfastes sur les stocks d'eau.

Les nappes phréatiques affichent globalement des niveaux bas à très bas. Parallèlement, le débit des cours d'eau est en baisse sur l'ensemble du territoire. A tel point que, dès la mi-juin, le département était placé en vigilance. Fin juin, les bassins de l'Alagnon, au nord-ouest, et de la Dore, au nord, ont été placés en alerte sécheresse, avec des restrictions d'usage, à la clé, pour les particuliers. Si l'absence de précipitations venait à se poursuivre, de nouvelles mesures pourraient être prises.

Dans la Loire, la sécheresse s'aggrave

 Photo archives 2023 Yves Salvat

 Photo archives 2023 Yves Salvat

La situation ne tenait qu'à un fil. Le long épisode caniculaire l'a fait basculer du mauvais côté. Les niveaux des cours d'eau baissent à vue d'oeil depuis plusieurs semaines dans le département. Globalement, ils sont modérément bas, avec des zones plus particulièrement touchées.

Le 24 juin, celles de La Mare (au sud-ouest du Forez) et du Rhin-Sortin (au nord-ouest du Roannais) passaient en état d'alerte. Cinq jours plus tard, c'était les secteurs de Loire Amont (du côté de Saint-Galmier) et d'Aix (vers Saint-Just-en-Chevalet) qui les rejoignaient, plaçant la moitié du territoire sous restrictions : fini le remplissage des piscines ou le lavage de voiture.

Les précipitations et les températures des semaines à venir seront déterminantes pour l'évolution de la situation. La Loire a la particularité de disposer de très peu de réserves souterraines. L'essentiel du territoire dépend des eaux superficielles pour s'alimenter.

Le Rhône, le moins mal loti

La vague de chaleur de mai et l'épisode caniculaire ont poussé les autorités à placer le département et la Métropole en vigilance. Photo Norbert Grisay

La vague de chaleur de mai et l'épisode caniculaire ont poussé les autorités à placer le département et la Métropole en vigilance. Photo Norbert Grisay

Finalement, c'est le département du Rhône et la Métropole de Lyon qui s'en sortent pour l'instant le mieux. Les pluies régulières pendant la période hivernale et une pluviométrie correcte au printemps ont permis de bien recharger les nappes phréatiques et de soutenir le débit des cours d'eau.

Il a fallu attendre la vague de chaleur de mai, et surtout, la canicule de juin, pour que les eaux superficielles du territoire  soit placées en vigilance, le 23 juin. Un statut qui n'entraîne aucune restriction mais qui sensibilise les utilisateurs à la modération. La situation hydrologique de surface a été mise à rude épreuve par ces dix jours de chaleur extrême. Elle est à présent déficitaire. Pas encore au point d'être placée en alerte. Là encore, la météo sera décisive.

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